Céré­mo­nie du 25.8.2017 à Stras­bourg – Discours du colo­nel Aziz MELIANI

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Place de la Répu­blique. Monu­ment aux morts. 75 e anni­ver­saire de l’or­don­nance du 25 août 1942 pour l’in­cor­po­ra­tion de force des Alsa­ciens-Mosel­lans dans l’ar­mée alle­mande. Photo F. Maigrot

 

 

[Salu­ta­tions aux auto­ri­tés présentes]

 

Il y a 75 ans, le 25 août 1942, le Gaulei­ter alle­mand Wagner, chef de l’Ad­mi­nis­tra­tion civile en Alsace, instaura l’in­cor­po­ra­tion de force sous contrainte envers les familles, dans la Wehr­macht. Ce fut un des épisodes les plus drama­tiques de l’his­toire de l’Al­sace.

En 1940, l’Al­sace vécut une annexion de fait. La popu­la­tion fut enrô­lée dans les orga­ni­sa­tions nazies. Les adultes dans le Service du travail du Reich en 1941 ; l’an­née suivante vint le tour des plus jeunes de 10 à 18 ans obli­gés d’adhé­rer aux Jeunesses hitlé­riennes. Mais la pire des souf­frances fut celle qui a été la plus occul­tée.

Je veux parler du silence qui s’est abattu sur votre drame et qui n’a fait qu’ajou­ter à la douleur parce que ce silence, vous l’avez vécu comme un terrible et injuste soupçon.

A partir de 1942, les Alsa­ciens et Mosel­lans furent envoyés se battre pour une cause qui n’était pas la leur et qu’ils haïs­saient. On les força à agir contre leur patrie, contre leur serment, contre leur conscience.

 

Ils furent quelque 130 000 (100 000 Alsa­ciens et 30 000 Mosel­lans). Quelque 30 000 sont morts au combat (dont 20 000 Alsa­ciens) ; 10 000 portés dispa­rus.

 

A la suite du discours solen­nel du président de la Répu­blique Nico­las Sarkozy à Colmar le 10 mai 2010, j’af­firme à mon tour que les « Incor­po­rés de force » ne furent pas des traitres : les terribles menaces qui pesaient sur leurs familles ne leur lais­saient aucun choix.

Les « Incor­po­rés de force » furent des victimes du nazisme.

Les « Incor­po­rés de force » furent victimes du pire régime d’op­pres­sion que l’His­toire ait jamais connu.

Oui, les « Incor­po­rés de force » furent les victimes d’un véri­table crime de guerre voire un crime contre l’hu­main.

 

Chers prési­dents du Comité des Asso­cia­tions mémo­rielles, chers derniers survi­vants  et derniers témoins de la barba­rie nazie, je veux, au nom du maire de Stras­bourg Roland Ries, que j’ai l’hon­neur et le plai­sir de repré­sen­ter, vous dire que notre ville de Stras­bourg, capi­tale euro­péenne de la récon­ci­lia­tion franco-alle­mande, de la Paix et de la Paix des Mémoires, s’as­so­cie aujourd’­hui à votre recueille­ment et à l’hom­mage que vous rendez à la mémoire de tous vos frères sacri­fiés à l’au­tel de la barba­rie nazie.

 

Vous avez été victimes de l’His­toire.

 

Le 10 mai 2010, le président de la Répu­blique Nico­las Sarkozy, parlant au nom de la France, avait raison de décla­rer, je cite : « Je suis venu répa­rer une injus­tice ». Aujourd’­hui, le président de la Répu­blique Emma­nuel Macron vient, je cite : « De vous assu­rer de sa volonté de pour­suivre l’oeuvre de Mémoire ».

 

Chers amis « Incor­po­rés de force », je veux à mon tour, en charge notam­ment de la Mémoire de notre cité, ajou­ter qu’il est plus que temps, 75 ans après, et pour répa­rer cette injus­tice, que la Mémoire des Incor­po­rés de force intègre notre récit natio­nal.

Assu­ré­ment, la Mémoire des Incor­po­rés de force est partie inté­grante de notre Mémoire natio­nale.

 

CONCLUSION

 

Chers amis « Incor­po­rés de force », je voudrais pour conclure adres­ser aussi à notre jeunesse d’Al­sace et de France ces quelques paroles que vous connais­sez certai­ne­ment par coeur. Je cite :

 

« Nous avions 18 ans, ou un peu plus

Nous aimions la vie, le bruit et même un peu plus

Nous aimions notre maison, notre village et même un peu plus

Nous aimions nos pères, nos mères et beau­coup plus

Nous aimions les filles, leurs sourires et beau­coup plus

Mais ils nous ont cassé nos rêves, nos espoirs et beau­coup plus

Ils nous ont pris nos joies, nos espé­rances et beau­coup plus ».

 

Enfant d’Al­gé­rie et fils de France ayant vécu, comme vous, le drame de l’aban­don de la mère Patrie, vous compren­drez combien je sais le profond trau­ma­tisme que vous avez subi. Un trau­ma­tisme ingué­ris­sable. Pas même avec le temps. Vous compren­drez aussi combien, je me sens proche de vous.

Honneur à vous et respect.

Je vous remer­cie de votre aimable atten­tion.

 

[Remer­cie­ments chaleu­reux adressé au chef du Proto­cole, Bernard Rohfritsch, « pour son ardente impli­ca­tion dans l’or­ga­ni­sa­tion de ces céré­mo­nies du 75e anni­ver­saire]

 

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