DEPOT D’UNE REQUETE DEVANT LA COUR EUROPEENNE DES DROITS DE L’HOMME

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64 membres de l’As­so­cia­tion des Orphe­lins de Pères « Malgré-Nous » d’Al­sace-Moselle (OPMNAM) viennent de dépo­ser ce 19 mars 2008, par l’in­ter­mé­diaire de Maître Arnaud Frie­de­rich, avocat au cabi­net Alexandre-Levy- Kahn, une requête devant la Cour Euro­péenne des Droits de l’Homme à Stras­bourg, contre l’Al­le­magne, pour l’in­dem­ni­sa­tion des préju­dices subis, d’ordre moral, psycho­lo­gique et écono­mique.

Cette annonce a été faite par France 3 Alsace, le mercredi 19 mars dans le jour­nal télé­visé à 19h, immé­dia­te­ment après l’in­ter­view de M. Jean-Marie Bockel, le tout nouveau Secré­taire d’Etat à la défense, chargé des Anciens Combat­tants.

Cette requête fait suite à la déci­sion défi­ni­tive du Bundes­tag, suite à plusieurs demandes, rejets, pour­vois en appels, sur 2006 et 2007, de s’as­so­cier à notre projet d’un Mur des Noms, un lieu de recueille­ment et de témoi­gnage en mémoire des victimes civiles et mili­taires de la Seconde Guerre mondiale, dont nos pères et 40 000 de leurs cama­rades d’in­for­tune ; un devoir moral pour l’Al­le­magne qui ne nous a jamais rendu les corps de nos pères pour faire notre deuil.

Nous tendions la main, pas la sébile, puisque ce projet devenu commun, avec le recen­se­ment de l’en­semble des victimes de 1939 à 1945 (dont les milliers de morts dans les camps russes, y compris après guerre), a été adopté par les Prési­dents et les collec­ti­vi­tés terri­to­riales du Bas-Rhin, du Haut -Rhin, de la Moselle et de la Région Alsace.

Nous avions égale­ment des projets de rési­dences et maisons de retraite, voire une aide aux plus dému­nis, anciens « Malgré-Nous » et veuves (plus de 80 ans) ou orphe­lins (62 à 80 ans) pour leur témoi­gner une soli­da­rité trop long­temps absente.

Le Bundes­tag a égale­ment refusé toute indem­ni­sa­tion pour les orphe­lins, nous jetant à la figure des millions de DM (qui ne nous ont jamais concer­nés), dont ceux octroyés à la FEFA (Fonda­tion « Entente franco-alle­mande »), soit 1387€ pour les anciens « Malgré-Nous » ou une obole à parta­ger entre les veuves et les orphe­lins.

Cette somme ne peut en aucun cas nous être oppo­sée au titre de l’in­dem­ni­sa­tion des orphe­lins de « Malgré-Nous », telle­ment elle est hors de propos avec les préju­dices subis, d’ordre moral, psycho­lo­gique et écono­mique, liés à la perte de l’af­fec­tion et du soutien d’un père notre vie durant, du fait des multiples trau­ma­tismes causés par l’Al­le­magne natio­nale-socia­liste, par la dépor­ta­tion et l’in­cor­po­ra­tion de force dans l’ar­mée barbare d’un pays ennemi.

Le manque cruel de ressources, norma­le­ment assu­rées par le chef de famille, la faillite, la dispa­ri­tion, la spolia­tion de l’en­tre­prise, du commerce, de l’ex­ploi­ta­tion agri­cole, voire l’évic­tion de la maison fami­liale, côté père comme côté mère, ont obligé la grande majo­rité d’entre nous à aban­don­ner les études ou forma­tions quali­fiantes, à travailler très jeunes, à occu­per des postes subal­ternes.

On ne peut décem­ment, sauf à se livrer à une impos­ture, mettre sur un pied d’éga­lité ces 1387€ avec le destin de ceux à qui l’ Alle­magne natio­nale-socia­liste a ôté la vie et mis en grave péril leurs familles.

Pour para­phra­ser le président de la Répu­bique Française, Nico­las Sarkozy, à propos de l’exo­né­ra­tion des droits de succes­sion : « Nos pères n’ont pas eu l’op­por­tu­nité de nous trans­mettre les fruits du travail d’une vie ».

Jamais un mot, une lettre, une invi­ta­tion à une commé­mo­ra­tion, une aide, une bourse d’étu­des…, rien, comme si nous n’exis­tions pas, comme si nos pères n’avaient jamais existé. « Sag warum« …

Le refus de recon­nais­sance, le refus de tout dialogue, de ces chan­ce­liers, prési­dents, dépu­tés, dont aucun n’ a jamais daigné para­pher la moindre ligne, nous font penser en ces fêtes pascales à Ponce Pilat frappé par la mala­die d’Alz­hei­mer.

Au-delà d’une juste indem­ni­sa­tion, nous condam­nons très sévè­re­ment l’at­ti­tude irres­pon­sable de l’an­cienne Répu­blique Fédé­rale d’Al­le­magne qui nous a conduit devant la Cour Euro­péenne pour faire respec­ter les droits d’hommes et de femmes meur­tris par tant d’injus­tices.

C’est aussi un cri de colère contre l’in­dif­fé­rence et le mépris mani­festé depuis plus de 62 ans par les auteurs du crime de guerre de l’in­cor­po­ra­tion de force et des crimes contre l’hu­ma­nité, envers les familles prises en otages par la Sippen­haft(1943), une loi de respon­sa­bi­lité des membres du clan fami­lial, sous peine de confis­ca­tion des biens et de dépor­ta­tions, en cas d’in­sou­mis­sion ou d’éva­sion de leurs fils, des crimes impres­crip­tibles aux yeux de la loi inter­na­tio­nale !

« Nous promet­tons, jamais nous n’ou­blie­rons les victimes! » (le chan­ce­lier Gerhard Schrö­der à Caen, le 6 juin 2004). Mais, fina­le­ment, qu’at­tendent-ils, sinon leur dispa­ri­tion défi­ni­tive ?

Bernard Erne­wein, président et fonda­teur de l’OPMNAM, orphe­lin d’un crime de guerre

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