Hommage à Altorf (Bas-Rhin)

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« Parce qu’ils ont le plus souf­fert, parce qu’ils ont été à la pointe du combat, les Alsa­ciens et les Lorrains n’ont jamais été plus au cœur de la Nation » … ainsi s’ex­prima le Géné­ral de GAULLE au lende­main de la
Seconde Guerre mondiale.

Recru­tés de force par les Auto­ri­tés nazies, ils sont partis, la peur au ventre, la mort dans l’âme, sous un uniforme qu’ils n’avaient pas choisi et dans une armée qui n’était pas la leur !

Ils sont partis, contraints et forcés, se sacri­fiant pour préser­ver les membres de leurs familles, pour nous préser­ver, des terribles repré­sailles perpé­trées en cas d’in­sou­mis­sion de leur part !

Dépor­tés à des milliers de kilo­mètres en terres loin­taines, ils ont vécu l’en­fer sur le front de l’Est, des jours, des semaines, des mois, des années durant !

130 000 Alsa­ciens Mosel­lans ont été incor­po­rés de force dans la Wehr­macht, dont 64 000 Bas-Rhinois, soit 21 classes d’âge – de la classe 1928 à la classe 1908.

40 000 d’entre eux ne rentre­ront jamais ! Où sont-ils ?

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Lais­sés morts au bord du chemin, aban­don­nés en pâture aux bêtes sauvages, jetés dans des fosses communes, au mieux, ense­ve­lis sommai­re­ment et dans la hâte …

Pour la plupart d’entre eux, aucune sépul­ture ne leur assure le repos éter­nel !

ALTORF, paisible village agri­cole, riche de quelque 800 âmes, a payé un lourd tribut dans cette tragé­die : une tren­taine de jeunes gens dans la fleur de l’âge, dont un père de famille, mon père, notre père !

Trois d’entre eux auront la chance de reve­nir, mais meur­tris dans leur chair et trau­ma­ti­sés à vie par l’en­fer vécu sur terre !

Les autres, morts ou dispa­rus, seront perdus à jamais pour leurs familles, qui pour­tant espèrent et attendent leur retour !

• Sont-ils morts au front ?

• Sont-ils morts d’épui­se­ment sur le lourd et inter­mi­nable chemin vers les camps de prison­niers ?

• Sont-ils morts dans les horribles camps sovié­tiques de sinistre répu­ta­tion, érein­tés par le travail forcé, tenaillés par le froid, par la faim, affai­blis par la malnu­tri­tion, tarau­dés par l’iso­le­ment psycho­lo­gique, ache­vés par les mauvais trai­te­ments, les mala­dies ?

• Sont-ils morts sur un trop long et trop éprou­vant parcours vers le retour ???

Qui pour nous le dire ?

Qui pour nous assis­ter dans nos recherches de leurs traces ?

Rassem­blés devant le Monu­ment aux Morts, nous rendons hommage à toutes les victimes mili­taires qui ont sacri­fié leurs vies pour la Nation. Lieu de recueille­ment, ce Monu­ment arbore leurs noms, leurs iden­ti­tés afin que personne n’ou­blie leur dévoue­ment extrême.

jpg_Altorf-2.jpg Aujourd’­hui, nous célé­brons le souve­nir de la libé­ra­tion de notre village. ALTORF a été libéré, il y a 65 ans, le 25 novembre 1944.

La guerre n’était alors pas termi­née, mais l’es­poir renais­sait ; l’at­tente obsé­dante de nos proches, de notre père, nous enva­hit !

Quelle date plus oppor­tune que celle de la libé­ra­tion de notre village, pour voir, gravés dans la pierre, les noms des 9 conci­toyens portés dispa­rus lors de la Seconde Guerre mondiale !

Au delà du devoir de Mémoire, au-delà du devoir de Recon­nais­sance, ces noms gravés dans la pierre, à tout jamais, symbo­lisent le retour de nos proches, de notre père, dans leur terre natale, auprès de nous, parmi nous, nous qui ne les avons jamais oubliés, nous qui recher­chons éper­du­ment leurs traces…

Enfin, voir l’hon­neur qui leur est ainsi rendu, voir la place qu’ils intègrent doré­na­vant dans la commu­nauté villa­geoise, nous aidera sûre­ment à entre­prendre un travail de deuil jusque là impos­sible.

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Au nom des familles, au nom de ma sœur et en mon nom person­nel, je tiens à expri­mer à la Muni­ci­pa­lité d’ALTORF nos remer­cie­ments les plus chaleu­reux d’avoir entendu notre souf­france et d’avoir accédé à notre demande de voir enfin les noms de nos proches, de notre père, gravés dans la pierre aux côtés de leurs autres compa­gnons d’in­for­tune.

Merci à toutes les person­na­li­tés poli­tiques, civiles et mili­taires, venues nous accom­pa­gner. Leur présence parfait la solen­nité de la céré­mo­nie.

Merci aux repré­sen­tants du Monde Combat­tant. Qui mieux que les Anciens Combat­tants pour­raient comprendre notre émoi ?

Merci aux repré­sen­tants du Monde Asso­cia­tif dont la soli­da­rité vient au secours de chacun.

Merci à tous.

Elisa­beth SCHMITT–GUCKERT

 Cour­riel : elisa­beth.guckert@­wa­na­doo.fr

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