Normandie 1944

ADAM Georges : un déserteur en Normandie

mercredi 30 novembre 2011 par Nicolas Mengus

LE RECIT DE BERNARD LE BOIS

J’avais 16 ans en juillet 1944. J’étais chez ma mère à Montabot, près de Percy, et nous étions occupés par les Allemands. Or, un matin, ils sont partis pour le front à Saint-Georges Montcoq et en sont revenus très peu nombreux. C’est alors qu’un de ces soldats, nommé Georges Adam, nous a dit être français, alsacien, et qu’il en avait marre, nous demandant de lui donner des habits civils (ceux de mon père alors récemment décédé).

A la nuit, il a enterré ses vêtements militaires et son fusil dans le plan de pommiers. Ensuite, les mitraillages et les bombardements devenant trop fréquents, il nous a conseillé d’évacuer, ce qui nous a conduit, avec jument et carriole, jusqu’à Saint-Aubin-des-Bois (Calvados).

A l’arrivée des Américains, il a eu trop hâte de leur signaler qu’il était auparavant dans l’armée allemande et a été embarqué dans un camion pour le camp de Tourlaville.

Nous n’avons plus jamais eu de ses nouvelles et nous serions très heureux d’en obtenir, malgré toutes ces années passées.

Bernard LEBOIS, Tessy-sur-Vire

LA DÉSERTION DE GEORGES ADAM

La désertion de Georges Adam eut lieu début juillet 1944, avec la complicité d’un Normand de 16 ans, Bernard LE BOIS, au lieu-dit : « LA HERBINIÉRE » sur la commune de MONTABOT, dans le département de la Manche.

Ce vendredi 25 novembre 2011, nous nous sommes rendus, dans le département de la Manche à Tessy-sur-Vire, ville située à une vingtaine de km de Notre-Dame-de-Cénilly. Nous avons fait la connaissance de Bernard LE BOIS, le sauveur de Georges ADAM. Bernard et son épouse Marie-Jo sont des gens charmants et ils savent recevoir !

Les lieux de la désertion de Georges ADAM ont été filmés, photographiés. Ce lieu, sur la commune de MONTABOT est appelé « LA HERBINIÉRE ». Une compagnie de la Waffen-SS avait pris possession de la ferme des parents de Bernard. La cuisine de cette unité était installée dans une des dépendances de la ferme, le long d’un chemin très creux à l’époque ; aujourd’hui, il a été rehaussé de plus d’un mètre. Les arbres bordaient le chemin et faisaient comme une tonnelle. Les soldats ne pouvaient donc pas être vus par l’aviation alliée. Les gradés de cette unité logeaient dans un fournil aujourd’hui ruiné. La végétation roncière recouvre les restes de l’édifice. Le four ne devait pas être un four banal, mais probablement celui de la ferme.

Les gradés de cette compagnie tenaient leurs réunions dans la demeure même de la famille. Pour cela, la famille devait sortir et laisser toute entière la maison à disposition. Lors de ces réunions, les gradé,s de passage ou non, mangeaient de la crème fouettée en quantités étonnantes.

La troupe était répartie dans les locaux, étable, écurie, grenier etc., etc. La famille Le BOIS conservait l’intégralité de ses pièces d’habitation. Ni Georges, ni sa mère, ni sa grand-mère, ne savaient que dans cette unité un soldat était français. Pour eux, ils étaient tous allemands.

Un soir, la compagnie est allée au front près de Saint-Lô, à Saint Georges-de-Moncocq. Bernard entendit les soldats exaltés dire : « Tommies kaput ». Le lendemain, au retour, sur l’effectif de la compagnie (environ 150 soldats), il ne restait qu’une petite dizaine de survivants. Ils avaient combattu contre les Américains et non contre les Anglais.

C’est ce jour que Georges ADAM vint trouver la famille LE BOIS et dit : « Je ne veux pas me battre pour les Allemands, j’en ai marre, je suis français d’Alsace, je veux déserter ». D’autres arguments furent évidemment apportés à Bernard et à sa famille. Le temps écoulé ne permet pas de les rapporter avec précision. Et comme, il n’est pas permis de déformer la moindre page d’histoire, aucun détail ne peut être donné.

Georges ADAM, le soir même, vêtu des habits du père de Bernard, décédé en 1939, enterrait son fusil et ses habits dans le plant de pommiers. Il brûla ses papiers militaires. Georges était dans la crainte que l’on devine. Il conseilla vivement, et ce à cause des bombardements et mitraillages, de partir sur les routes de l’exode. Ce qu’ils firent, une journée avant toute la population de la commune. La jument attelée sur la carriole vite remplie de l’indispensable, ils quittèrent « LA HERBINIÉRE ». La grand-mère, la maman de Bernard, Bernard, son petit frère et Georges grossirent les cohortes de réfugiés. Ont-ils parcouru plus de 30 km ? Guère plus ! Ils parvinrent en un lieu situé dans le département du Calvados, entre Saint-Aubin-des-Bois et Sept Frères. Ils s’installèrent chez des personnes de connaissance.

Le 3 août au soir, ils étaient libérés. Georges alla se rendre aux Américains. Il déclara être déserteur de l’armée allemande et avoir brûlé ses papiers. Il faillit être abattu, sauvé par des Français, il fut emprisonné au camp à Tourlaville, près de Cherbourg.

Pour Bernard Le Bois, l’évasion de Georges prend fin le 4 août 1944. Il avait déserté dans la première quinzaine de juillet. L’histoire s’arrête là, car Georges ne donna jamais de nouvelles. Bernard se souvient : Georges lui avait dit qu’il était originaire de la région de Saverne. Des liens d’amitié naquirent entre eux. Bernard regrette de n’avoir jamais eu de nouvelles de Georges. Il aurait tant aimé pourtant.

Dans toutes les désertions, effectuées avec des Normands, il y a quelque chose de constant. Est-ce symptomatique ? Jamais, les personnes qui aidèrent des Français d’Alsace à déserter n’en parlèrent à leur famille ou à leurs voisins. Dans le cas présent, Bernard LE BOIS vient de tout révéler à son ami et ancien voisin, devenu depuis plusieurs décennies, le beau-père d’un de ses fils. Une telle discrétion ne serait-elle pas le reflet de la modestie, de la retenue, de ces humbles ayant accompli des actes de bravoure ?
Il est permis de le regretter, car en effet, cela est certain, de nombreux Alsaciens furent aidés par des Normands. Mais comment le savoir ? Il ne serait sans doute pas mauvais d’obtenir l’autorisation de faire paraître, un article dans les bulletins municipaux des communes où des désertions sont confirmées. Nous allons tenter d’obtenir satisfaction, en proposant un texte historique sur l’Alsace annexée illégalement, suivi de la narration des désertions et des suites.

Après la conférence du 8 août 2011 à Agon-Coutainville, organisée pour rendre hommage au Docteur Guillard, nous avons été contactés par différentes personnes. Toutes et à des titres différents sont concernées ou intéressées par les drames de l’Alsace qui leur ont été dissimulés. Parmi ces personnes, évidemment Bernard LE BOIS. Dans le journal « LA MANCHE LIBRE » est paru un article sur les « Malgré-Nous ». Notre adresse obtenue, Bernard LE BOIS, nous a dit vouloir rechercher Georges Adam, un Français incorporé de force dans la Waffen SS.De là, nous avons contacté le journal « LES DERNIERES NOUVELLES D’ALSACE ». Un article est paru : des neveux et nièces de Georges ADAM, de ses amis et aussi des personnes ayant connu des homonymes nous ont contactés avec des lettres très émouvantes et nous ont remerciés de leur rendre leur HONNEUR. Je prends la liberté de le dire : lorsque, sur les photos reçues, il y a quelques jours Bernard a reconnu Georges , il n’a pas pu retenir ses larmes… !

Georges a été retrouvé. Hélas, il est décédé en 1990, il était né en 1913. Bernard LE BOIS, ce garçon normand, âgé de 16 ans en 1944 a ressenti une peine sincère. Le sauveur et le sauvé prirent de très grands risques avant de se séparer à jamais le 3 ou 4 août 1944.

Des précisions sont absolument nécessaires, pour porter à la connaissance de ceux qui ne savent pas : ce que fut le drame de ces Français Alsaciens et Mosellans, incorporés de force, dans la Wehrmacht ou dans la Waffen SS. Ils sont venus en Normandie ou sont allés sur tous les fronts à partir du 25 août 1942.

Jean BÉZARD, Saint-Aubin-sur-Mer


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