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DES BORDS DU RHIN AUX RIVES DU CHER

DES MALGRÉ EUX AUX MALGRÉ- NOUS LE DRAME DES RÉFUGIÉS ALSACIENS-MOSELLANS 1939-1945

jeudi 29 mars 2012 par Nicolas Mengus

Des Malgré-eux aux Malgré-nous. Ces malgré-eux sont les 750 000 Alsaciens-Mosellans évacués de la Moselle et de l’Alsace à partir du 3 septembre 1939, date officielle. Mais, pour certains d’entre eux, cette date est comprise entre le 26 août et le 3 septembre 1939. Tous ces évacués vont devenir pour la majorité des réfugiés, à partir du 3 septembre 1939. Certains vont retourner en Alsace ou en Moselle à partir du mois d’août 1940 et vont intégrer, contraints et forcés, le système national-socialiste, suite à la conférence de Winitza.

À partir du 25 août 1942 pour l’Alsace et du 29 août pour la Moselle, l’incorporation de force dans l’armée allemande se met en place. Des réfugiés ayant séjourné à Vierzon ou dans ses environs seront concernés par les mesures prises dans les régions annexées.

Cette page de l’histoire volontairement bien souvent oubliée, fait partie intégrante du passé historique de Vierzon et de l’Alsace et de la Moselle. Malheureusement, comme dans beaucoup de villes de France au moment de la Libération, les nouveaux responsables ont participés à une certaine forme d’épuration au travers des documents administratifs et privés : du 26 août 1939 au du 20 juin 1941, les archives sont épurées de bien des éléments. Grâce à l’ouverture des archives officielles allemandes et françaises et dans certains cas privées (correspondance d’un militaire Allemand en poste à Vierzon de 1940 à 1943 ; cahier très personnel d’un commissaire de police en poste à Vierzon durant cette époque ; correspondance entre une personne tenant un débit de boissons le long du canal à Vierzon - établissement très fréquenté par les troupes d’occupation et autres, etc.), j’ai pu accéder a certaines informations. Il ne s’agit pas, à travers cette publication, de porter un jugement sur quelque personne que ce soit, mais simplement de présenter des faits et des témoignages sur l’époque afin de ne pas oublier ces Alsaciens et ces Mosellans, aussi Français que les Français « de l’intérieur ». L’action de la Résistance et la Libération de Vierzon ne sont pas évoquées. Ce sont là des sujets dignes d’intérêt et qui méritent d’être traités à part.

Un proverbe alsacien dit ceci :

« Erscht wenn de baum g’fàlle esch, siejt m’r wir gross er esch ».

« Ce n’est que lorsque l’arbre est tombé qu’on se rend compte de sa grande taille ».

Cela rappelle que le drame des Alsaciens et des Mosellans est bien plus grand que les écrits et les dires de certains. Bien des années après, certaines vérités sortent de l’oubli. Il aura fallu attendre 67 ans pour que l’on puisse soulever une partie du voile.

* Pour plus de documents et d’informations : www.tampow3945.com

Pour ces Alsaciens et ces Mosellans qui, au gré de l’histoire et des faveurs
politiciennes, ont vécu sous deux nationalités, sans oublier leurs racines alsaciennes ou mosellanes, les années liées à cette dernière guerre sont l’aboutissement d’un long processus malheureux qui a aura, au moins, permis de bâtir une certaine Europe.

À Vierzon, où certains sont passés, il ne reste que des images, de vagues souvenirs. Certains, à leur retour dès 1940 en Alsace ou en Moselle, furent contraints et forcés de servir sous l’uniforme vert de gris : « des plaines de Russie pour les uns, les sables brûlants des déserts pour d’autres, ou encore l’écume des océans, ou le ciel des rêves à partager », ils furent 130000 dont 40000 ne revinrent pas.

Si certains sont rentrés de ces voyages faits de haine et de sang, d’autres sont restés couchés sans revoir les vallons de Waldersbach ou les bords du Rhin, les coteaux de Moselle. Ils n’ont plus non plus entendu le son des cloches de leur village, ni le chant du ramoneur. Le rire d’un enfant, le regard d’un père, d’une mère ont quitté leur mémoire.

Et il y a les autres, les bannis par les mots, par les regards, ceux ou celles qui, par le sens du travail, celui de traduire par les mots ou l’écriture les contraintes de l’occupant, ont servi celui-ci pour mieux servir une certaine France au risque de tout perdre.

Il ne faut pas oublier ces Alsaciens et Mosellans réfugiés à Oradour, à Tulle ou autres lieux, qui ont partagé avec d’autres la douleur et les larmes et qui reposent à jamais loin de chez eux.

Il y a aussi ceux qui, par leur différence de religion, de culture, ont fait partie de cette histoire.

Sans oublier ceux qui, sans uniforme, ont regardé au-delà des promesses
pour qu’une image de l’Alsace ou de la Moselle ne soit pas absente de la Victoire.

Dans certaines villes on a gardé des liens ; dans d’autres on a préféré les oublier.

Chacun y trouve son compte.

Il reste que, dans le sens de l’histoire, à leur façon, ils ont écrit eux aussi une page qui ne peut s’oublier.

Charles Bohnert

* Des bords du Rhin au rives du Cher, Bulletin du Cercle Historique du Pays de Vierzon n°65, mars 2012, est vendu au prix de 11 euros, frais de port compris. Les personnes intéressées peuvent contacter Charles Bohnert au 02 48 71 48 32 ou au 06 83 65 18 11.

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