Oradour-sur-Glane et les incorporés de force

Oradour : les « malgré-nous » condamnés à l’oubli

par José Meidinger sur « Boulevard Voltaire »

lundi 9 septembre 2013 par Nicolas Mengus

Je vous écris d’une île grecque, Kefalonia, où les Allemands ont massacré il y a soixante ans, en septembre 1943, plus de 5.000 soldats italiens de la division « Acqui », lesquels, après la chute de Mussolini, voulurent rendre les armes et sympathiser avec les partisans grecs. Sur mon iPad défilent les images poignantes de France 2 en direct de la visite « historique » d’un président allemand et de son homologue français, au village martyr d’Oradour-sur-Glane. Ce village de Haute-Vienne fut brûlé avec 642 de ses habitants en juin 1944 par la division « Das Reich » qui remontait vers la Normandie… Alors que sur mon île seul un modeste monument témoigne de la barbarie nazie envers leurs « alliés » italiens, dans le Limousin plus nanti, un Centre de la mémoire rappelle ce que fut le plus grand massacre de civils perpétré en France durant la Seconde Guerre mondiale...

José Meidinger

  • Marcel Steinmetz nous a transmis ses réflexions suite à la lecture de l’article de José Meidinger  :

" L’incorporation de force des conscrits d’une région annexée de force (ou vassalisée) dans l’armée du pays vainqueur est un drame odieux, mais les imitateurs nazis n’avaient rien inventé et n’ont malheureusement pas le monopole de ce crime de guerre.

Sous le joug napoléonien, des centaines de milliers d’Allemands furent incorporés de force dans la « Grande Armée » tant honnie et furent contraints de participer à l’invasion de la Russie. Même la Prusse occupée dut mobiliser ses enfants pour l’occupant sous peine de représailles (idem pour l’Autriche et pour la soi-disant ’Confédération Germanique’ à la botte de l’Empereur ). De la chair à canon qui mourut lamentablement dans la désastreuse retraite de Russie. Ils tentèrent de déserter en masse, ou de passer du côté russe, au péril de leurs vies. Allez expliquer aux cosaques qui vous chargent que vous êtes un malgré-nous Allemand incorporé de force dans la Grande Armée...

Les Hollandais, les Flamands, les Catalans, les Rhénans, les Luxembourgeois, et même les Hambourgeois et les Lubeckois furent carrément annexés contre leur gré au ’Gross Frankreich’ et mobilisés en masse comme s’il s’agissait de ressortissants Français. Ils durent même se battre sous l’uniforme français, sous l’uniforme de l’occupant et du bourreau qui multiplia les Oradour dans toute l’Europe.

Je pense par exemple aux habitants de Saragosse massacrés à la baïonnette maison par maison, dans une orgie de sang : hommes, femmes et enfants !

Mais il y a tellement d’autres exemples...

Je me souviens d’une directive du général Bonaparte dès la campagne d’Italie, qui disait qu’au moindre acte de résistance de la population italienne, comme par exemple sonner le tocsin à l’arrivée des troupes françaises, il fallait se rendre au village le plus proche, y rassembler une dizaine de notables au hasard et les fusiller sur la place publique en guise d’avertissement. Etc...

Voila des méthodes qui en appelleront d’autres...

Les Italiens vassalisés deviendront eux-aussi des malgré-nous incorporés de force dans la Grande Armée pour aller se faire tuer à la Bérézina, tout comme les Suisses neutres qui n’avaient rien demandé.

Tous ces pauvres malgré-nous rescapés rentrèrent chez eux en 1814 avec l’étiquette de « traîtres » marquée au fer rouge sur leurs fronts.

Certes, il y avait aussi quelques collabos et saligauds parmi eux, mais la plupart répugnèrent à servir l’occupant français. Les chiffres des désertions et des ralliements aux armées Alliées en atteste.

Si excuses il y a de la part de l’Allemagne, elles doivent être réciproques.
La France doit elle-aussi s’excuser pour ce crime antérieur, commis contre ses « Beutedeutsche ».

Et je ne parle pas des coloniaux africains et indochinois incorporés de force comme ’supplétifs" dans l’Armée Française lors des deux guerres mondiales pour aller libérer le pays colonisateur qui les avait attaqué et envahi...

Quant à l’odieux Massacre d’Oradour (env. 600 morts), il n’est malheureusement pas orphelin :

Massacres de Sétif en 1945 : de 5.000 (chiffre français avoué !) à 30.000 morts, tous des civils !!!

Massacre de Madagascar en 1947 : de 40.000 à 80.000 morts (chiffres français avoués !), tous des civils !!!

Massacres du Cameroun en 1954-60, occultés par la guerre d’Algérie, plus de 200.000 morts, tous des civils !!!

etc.

L’Alsace qui a la mémoire courte et sélective fut jadis elle-même victime de multiples Oradours de la part des troupes françaises.

Dans « Une histoire de l’Alsace, autrement », on retrouve les noms exotiques d’une dizaine de villages alsaciens qui furent définitivement rayés de la carte par la terrible soldatesque de Louis XIV, sans compter tout ceux qui furent systématiquement incendiés (Haguenau et Wissembourg plusieurs fois). Idem au Palatinat.

Et je ne remonterai pas jusqu’au duc de Lorraine qui extermina traîtreusement toute la population de Saverne (16.000) après la rédition de la ville.

A ma connaissance, aucun monument à Saverne ne commémore ce crime génocidaire. Ah, si les méchants boches en avaient été les auteurs, nous aurions droit à un splendide monument vengeur à l’entrée de la ville et le Préfet viendrait tous les ans y déposer une gerbe, avec tambours et prise d’arme, en soulignant avec des trémolos dans la voix le caractère odieux de ce crime, symbole d’une férocité et d’une cruauté toute germanique...

Mais les Lorrains ne sont pas des Allemands, alors çà change tout...".


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 404 / 1532202

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Actualité  Suivre la vie du site Billet d’humeur   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.17 + AHUNTSIC

Creative Commons License

Visiteurs connectés : 10