Normandie-Alsace, Alsace-Normandie

Commémoration du débarquement en Normandie : quatre Malgré-Nous invités, tout un symbole

Article paru dans les Dernières Nouvelles d’Alsace du 3.6.2014 et transmis par Yves Scheeg

mardi 3 juin 2014 par Nicolas Mengus

Pour la première fois, quatre incorporés de force alsaciens participeront officiellement aux commémorations du D-Day, vendredi.

Il aura fallu l’insistance d’un couple normand, Jean et Nicole Bézard qui se démènent depuis des années afin que leurs concitoyens reconnaissent le drame des malgré-nous, pour que des incorporés de force puissent officiellement assister aux commémorations prévues à Ouistreham pour les 70 ans du débarquement. Des centaines d’Alsaciens et Mosellans ont été contraints de se battre dans les rangs de la Wehrmacht ou de la Waffen SS. On estime à 150 au moins le nombre de malgré-nous qui se sont évadés lors des combats, avec l’aide des habitants. Fondateurs d’une association Solidarité Normandie aux incorporés de force d’Alsace-Moselle , Jean et Nicole Bézard ont rassemblé des témoignages de ces Normands qui ont facilité les évasions et de ces Alsaciens qui, au péril de leur vie et de celles de leur famille, ont tourné le dos à la barbarie.
Organisateur du voyage des quatre malgré-nous en Normandie avec l’ADEIF (association des déserteurs, évadés et incorporés de force) du Bas-Rhin, Gérard Michel, président de l’Opnam (orphelins de pères malgré-nous d’Alsace-Moselle) a d’ailleurs prévu un détour au lendemain des cérémonies du 6 juin, par la tombe de l’Alsacien inconnu, fusillé dans l’Eure pour désertion par les nazis. « Ce soldat, comme beaucoup d’autres, est resté inconnu pour éviter des représailles contre sa famille. On ne peut mieux illustrer le drame des malgré-nous. »
Les vétérans quitteront l’Alsace mercredi et, après la cérémonie de commémoration, profiteront de leur séjour pour visiter les sites de la bataille de Normandie.

Daniel Fischer

Invité aux célébrations du D-Day vendredi, le Mulhousien Daniel Fischer, enrôlé de force dans les Waffen SS à l’âge de 17 ans et demi se rappelle ces années de guerre mais surtout les années qui ont suivi… « Beaucoup ne comprenaient pas notre statut d’incorporé de force. On nous a soupçonnés d’être des nazis », tempête ce retraité.
À 88 ans, l’un des derniers survivants des malgré-nous de la classe 26, incorporés en 1944 dans la tristement célèbre « Division SS Das Reich », ne veut pas que cette histoire tombe dans l’oubli. Alors lorsqu’il a reçu ce petit carton blanc avec un cachet de la République française sur lequel était écrit « Monsieur Hollande, président de la République, prie M. Daniel Fischer, de bien vouloir assister à la cérémonie officielle internationale du 70e anniversaire du débarquement de Normandie à Ouistreham, le 6 juin », il a pris cela comme un honneur. « Je ne cherche pas la Légion d’honneur, mais c’est une manière de faire comprendre aux gens de vieille France que l’Alsace n’était pas l’Allemagne. L’Alsace, c’était les patriotes français ! ». En effet, il y a 70 ans, le 11 février 1944, il avait été incorporé de force avec 950 autres jeunes Alsaciens. Comme la plupart de ces malgré-nous, il avait été envoyé dans cette division SS en cours de reconstitution après les lourdes pertes au front russe. Lui avoue ne pas avoir connu la Russie et c’est d’ailleurs toute sa chance. « J’étais du côté de Toulouse, hospitalisé. Je n’ai rejoint ma division en Normandie que plus tard. Et comme j’étais malade, je n’ai pas fait non plus partie de ceux qui ont été envoyés à Oradour. 700 de ces jeunes Alsaciens ont été tués lors des combats de la fin de guerre. Ceux qui en sont revenus ont eu la vie sauve parce qu’ils ont déserté ou se sont rendus aux Alliés en signalant qu’ils étaient des « Français enrôlés de force ». C’était le cas du Panzer-Grenadier Daniel Fischer.

René Gall

« Quand on m’a refusé la médaille des évadés au prétexte que j’étais un déserteur de l’armée allemande, j’ai pleuré pendant trois jours ». Mais après cette période d’abattement, le caractère combatif de René Gall reprend le dessus et c’est jusqu’en justice que le malgré-nous réclame la distinction. Il finira par l’obtenir et aujourd’hui à 88 ans dans sa maison de Nordhouse, il la montre agrafée au côté d’une dizaine d’autres (Légion d’honneur, croix du combattant,…). Originaire de Fegersheim, il a été enrôlé dans la Wehrmacht à l’âge de 17 ans, après avoir été formé dans un camp « de redressement » SS où il avait été envoyé pour avoir accidentellement blessé un jeune de la Hitlerjugend à Strasbourg. Ballotté de ci, de là, à patrouiller en Pologne, à la frontière hollandaise, en Russie, il revient en mai 1944 en Allemagne pour un « stage antichar » de trois semaines. Son groupe est ensuite mis dans un train et ce n’est qu’en voyant un panneau « Haguenau » lors d’un passage dans une gare qu’il comprend qu’il est de retour en France. Mais sans savoir que les Alliés ont débarqué en Normandie… Dès leur arrivée dans la région de Nancy, ils sont bombardés. La retraite est ordonnée mais lui est envoyé en reconnaissance en avant, seul. Il croise alors une jeune fille à Barbonville et lui demande des vêtements civils. Ainsi débarrassé de son uniforme allemand, il rejoint des habitants qui s’abritent des bombardements dans une cave. Il est mal reçu mais se porte volontaire pour combattre un feu de maison ce qui lui vaudra la reconnaissance des habitants. Lors de la contre-attaque des Allemands, il rejoint les FFI et la 1re armée et met à profit ses connaissances antichar pour déminer le terrain avant de pouvoir rejoindre l’Alsace.

Maurice Stotz

Maurice Stotz appartient à cette classe maudite, celle de 1926, qui sera en grande partie versée dans les Waffen SS. Celui qui avait démarré un apprentissage de mécanicien auto à Mulhouse quitte sa ville natale en février 1944 et se retrouve près de Koenigsberg où il suit une intense préparation militaire. Il revient en France où il atterrit dans une unité de transport et de maintenance rattachée à la division Das Reich. Sa section suit le gros des troupes puis fonce vers la Normandie après le débarquement. « Mon unité arrivait sur les lieux quelques jours après les massacres. Dans les environs de Tulle, ma chenillette a été visée par les FFI. Il y avait une bonne vingtaine d’impacts de balles sur le blindage mais je n’ai pas été blessé ! »
En Normandie, Maurice découvre une région en pleine guerre. « Toutes les nuits, nous avancions afin de récupérer les blessés, les morts, les véhicules endommagés. J’attendais le bon moment pour déserter mais il fallait faire attention car la sanction, en cas de capture, était immédiate : on était fusillé ».
Avec un autre incorporé de force, Maurice échappe à la vigilance des SS, au sud de Rouen, à Oissel. Les deux hommes trouvent refuge dans une famille de résistants qui les cache et les habille. Maurice rejoint ensuite les FFI et prend part à la libération de quelques villages avant d’enfiler un uniforme américain, en avril 1945, après son engagement au sein de la 4e division marocaine de montagne.
Celui qui obtiendra la croix de guerre, la médaille des évadés et celle des combattants de la Résistance retournera ensuite à ses premiers amours, la mécanique.

Armand Klein

Armand Klein, 90 ans, assistera aux cérémonies du débarquement, le 6 juin, à Ouistreham. Lui, l’ancien incorporé de force dans la Wehrmacht qui a réussi à s’enfuir, en Belgique, le 5 septembre 1944.
« J’ai voulu m’enfuir plus d’une vingtaine de fois, mais ce n’était pas si facile que ça », assure Armand Klein, 90 ans, habitant de Jetterswiller (près de Saverne).
« J’ai été incorporé de force dans la Wehrmacht le 22 mai 1943. ». Il avait 19 ans. « J’ai été affecté à la 116e division, dans l’infanterie motorisée. J’ai combattu sur le front russe. » Blessé par balle à l’épaule, il se rétablit en Alsace avant d’être envoyé en Normandie, en mai 1944. Après avoir combattu dans cette région, son unité se rend en Belgique. Là, il parvient à fuir l’armée allemande, le 5 septembre 1944. « J’avais déjà essayé de m’enfuir par le passé. » Des occasions manquées. « Quand on me voyait arriver avec mon uniforme allemand, les gens prenaient peur. Ils se détendaient un peu quand je leur parlais français. Et puis c’était dangereux. Si les Allemands m’avaient attrapé, ils m’auraient tué. » Le 5 septembre 1944, il profite du repli de son unité pour lui fausser compagnie. Et rentre chez lui, à Jetterswiller, fin novembre 1944.
Le 6 juin, Armand Klein assistera, depuis la tribune officielle, aux cérémonies du Débarquement, à Ouistreham. Un retour attendu. Même s’il est déjà retourné en Normandie, il y a quelques années, avec l’une de ses filles.

Persona non grata en 2004

Il y a dix ans, André Bord, alors président de l’Union des anciens combattants du Bas-Rhin, écrivait à Hamlaoui Mekachera, ministre délégué aux Anciens combattants, pour s’étonner du refus d’inviter plusieurs incorporés de force aux cérémonies commémoratives du 60e anniversaire du débarquement. Changement de ton dix ans plus tard. Mais il a fallu cette fois l’opiniâtreté de Nicole et Jean Bézard pour pousser les associations d’incorporés de force à renouveler cette demande. Charles Buttner, président du conseil général du Haut-Rhin, a écrit à Kader Arif, ministre délégué aux Anciens combattants afin d’appuyer cette initiative. Cette fois, l’accord a été donné. « En 1945, le général de Gaulle a décidé d’attribuer la mention “mort pour la France” aux combattants alsaciens-mosellans tombés sous uniforme allemand. Par cette décision il décidait d’intégrer les combattants alsaciens mosellans dans la mémoire française », indique les services de Kader Arif. « En acceptant la présence des anciens combattants incorporés de force aux cérémonies du 6 juin, Kader Arif se situe dans le prolongement de cette décision du général de Gaulle ».


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DNA du 3.6.14

3 juin 2014
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