Incorporation de force et résistance

Le « Malgré nous » préchacais Raymond Dittlo

Dossier transmis par Jean-Michel TENEZ - Association Les Amis de la Cité de Bazas

jeudi 26 février 2015 par Nicolas Mengus

Raymond Dittlo a connu une aventure extraordinaire. Incorporé en mars 1944 à Préchac (33), il déserte dès la fin du mois. A la suite d’un très long périple en Aquitaine et son engagement dans la résistance, il va se marier et se fixer définitivement à Préchac où il demeure encore, âgé de 90 ans.

Raymond Dittlo est né le 22 avril 1926, à Ilkirch-Graffenstaden, dans le département du Bas-Rhin. Apprenti dans une usine de fabrication de locomotives, il est convoqué le 15 janvier 1944 devant le conseil de révision. Ayant ignoré cette convocation, il y est conduit de force par la Feldgendarmerie. Son frère aîné, Pierre, se trouve déjà sur le front russe. Déclaré apte, Raymond Dittlo part en train, le 8 février 1944, pour Bordeaux afin d’être incorporé au camp de Souge. Il se souvient parfaitement de ces soldats hindous (Légion indienne Azad Hind) qui le gardaient. Après quelques jours d’attente dans les baraquements, toujours en tenue civile, il embarque dans un camion bâché, avec une quinzaine d’autres recrues, pour une destination inconnue. Il arrive à Préchac, devant le château Boyreau. Il est logé dans une grande salle chez Dartigolles, boucher et hôtelier. Après avoir reçu son paquetage, il a ordre de rendre sa valise qui sera renvoyée à ses parents.

Envisageant déjà sa désertion, il prend soin, avec son camarade Charles Degerman, de garder et cacher l’essentiel de ses effets civils. Seule une écharpe de laine effectuera le voyage retour vers l’Alsace, dans la valise.

Désigné comme chauffeur, Raymond Dittlo effectue ses classes. Lors d’une transaction d’achat d’un veau, alors que son copain Charles sert d’interprète aux Allemands, il fait connaissance de Madame Duron qui prend conscience de leur vie difficile d’enrôlés de force. Elle invite secrètement les deux compères qui n’hésiteront pas, maintes fois, à faire « le mur » pour partager des repas somptueux, à leurs yeux, en regard de l’ordinaire du soldat allemand. Au cours de ces soirées, ils prennent la décision de déserter ; ils font aussi connaissance d’Yvonne Chevassier qui épousera Raymond Dittlo après la Libération.

Portrait de Charles Degerman.

C’est dans la nuit du 31 mars 1944 que Raymond Dittlo et son ami Charles désertent. Accompagnés de leur passeur, Monsieur Labesque, ils sont conduits à vélo, de nuit, jusqu’à Saint-Michel-de-Calstelnau. Cachés dans une ferme landaise, ils échappent de justesse aux Allemands qui mènent une opération contre les maquisards. Ils fuient alors à pieds, vers le sud, sans soutien ni nourriture, avec l’espoir de passer en Espagne, puis en Afrique du Nord. Mais leur français approximatif marqué d’un fort accent alsacien les pénalise dans leur quête de ravitaillement et aussi d’aide pour éviter de tomber aux mains des Allemands. Après une longue fuite dans les Landes et les Pyrénées-Atlantiques, ils entrent en relation avec des gendarmes acquis à la Résistance. C’est à Arsague qu’ils sont hébergés et travaillent dans une ferme. Raymond Dittlo et son ami Charles participent à la libération des Landes, puis de la Gironde, au sein du 1er corps franc des Landes.

Le 27 février 1945, après la libération de l’Alsace, Raymond Dittlo retourne chez ses parents. Il y retrouve son jeune frère, Bernard, puis Pierre, qui rentre en mai 1945. Amputé de ses orteils gelés, il a échappé à la captivité de l’Armée Rouge. Raymond Dittlo veut continuer la lutte, mais ne peut s’engager dans la 1re Armée française, car il n’a pas l’âge requis.

La guerre terminée, Raymond Dittlo s’engage dans l’Armée de l’air et rejoint la base aérienne de Mont-de-Marsan. Il revient à Préchac où il revoit Yvonne Chevassier et l’épouse. Son beau-père lui propose de travailler avec lui dans le garage familial. Plus tard, il reprend la suite de l’affaire et se fixe définitivement à Préchac, avec son épouse devenue institutrice. Ils y habitent encore.
Tous les ans, dans les derniers jours du mois de mars, il écoute avec émotion le chant du coucou lui rappelant le début de l’aventure du « Malgré Nous » qui a pu échapper au sinistre destin de la 2e Panzerdivision SS Das Reich.


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 322 / 1533903

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Avis de recherche  Suivre la vie du site Liste des avis de recherche   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.17 + AHUNTSIC

Creative Commons License

Visiteurs connectés : 35