Prisonnier français

Paulin DERELLE

lundi 21 septembre 2015 par Nicolas Mengus

Je fais des recherches sur mon oncle, Paulin Derelle, prisonnier français en Tchécoslovaquie à Eger. Il a été tué lors du bombardement de l’usine d’aviation où il travaillait le 25 mars 1945.

Il logeait dans des bâtiments appelés « RAD ».

D’après son copain de cette époque, Jean Forcet, il aurait rencontré sur place une jeune fille avec qui il aurait eu un enfant . Mais nous n’avons pas de nom, ni de prénom. Ce pourrait être une jeune fille du RAD ou KHD.

Il semblerait que la secrétaire du camp était alsacienne. Elle pourrait avoir des infos précieuses.

Je joins un récit plus détaillé, une photo de Paulin (marqué d’une croix), de son ami Forcet avec sa copine (qui est la jeune femme qui a pris la photo et dont voit le sac à main posé dans l’herbe ?) ainsi qu’une photo prise dans l’usine d’aviation d’Eger où l’on voit des hommes et des femmes travaillant ensemble sur un He 177.

Des « Malgré-Elles » qui auraient travaillé à Eger pourraient peut-être se souvenir de quelque chose concernant mon grand-oncle ?

Merci d’avance de toute l’aide qui pourra m’être apportée.

Bernard Derelle

La captivité de Paulin Derelle

Paulin Derelle dépendait du STALAG XIII B de Weiden au nord ouest de Nuremberg, à une vingtaine de kilomètres de la Tchécoslovaquie actuelle dans les Sudètes annexées par Hitler dès octobre 1938.
Après un bref séjour au camp central, les prisonniers français sont dirigés vers divers Kommandos. Paulin arrivé au Stalag le 17 septembre 1940, est d’abord envoyé dans une ferme à Krondorf.
Cette ferme est tenue par la famille Hermann Fritsch. Un autre prisonnier y travaille, mais c’est un polonais. Paulin retourne au stalag.

Après quelques mois au stalag à Weiden, Paulin s’aperçoit qu’il ne sera pas relevé. Il accepte la transformation de prisonnier à civil. Il est affecté à Eger.
Il arrive à Eger, 30 rue Grabenstrasse dans une entreprise : Fischer-fabrik. Avant la guerre, c’était une entreprise de fabrication de matériel agricole. En 1942 elle a été reconvertie pour produire des munitions. Andreas Bachmann, bien que serrurier de formation en est le gardien. Il habite avec sa famille, dont une jeune fille dans le bâtiment des bureaux. Une quarantaine de prisonniers français est employée dans cette usine, dont quelques officiers forts courtois. Les prisonniers habitent dans des bâtiments à proximité, ils sont libres de leurs mouvements. En 1943, lorsque l’usine d’aviation ( la Flug ) est terminée à proximité, quelque uns se portèrent volontaires pour y travailler.
Paulin s’est donc porté volontaire, c’est là qu’il a rencontré Jean Forcet de Châteauroux, STO arrivé le 14/06/43. Ils vont devenir les meilleurs amis et le resteront tout au long de cette très longue captivité. Ils puiseront dans cette amitié pour tenir, loin de leurs familles, pour résister aux injures, aux menaces, pour travailler dans la crainte des représailles et de la Gestapo.
Paulin ne pense pas qu’il travaille directement à l’effort de guerre allemand, mais a-t-il vraiment le choix ? Son frère Maurice lui a écrit plusieurs fois pour le mettre en garde contre les risques de bombardement.

Les bombardements

A partir de février 1945, les avions américains commencent à bombarder, visant les usines d’aviation, faisant des centaines de victimes. Le bombardement du 14 février 1945 a causé peu de dégâts à l’usine car un seul avion a lâché des bombes.
Le matin du 25 mars 1945, dimanche des Rameaux, Jean Forcet propose à Paulin d’aller avec lui par ce temps magnifique, récolter des pissenlits. Paulin se sent fatigué, il préfère rester tranquillement à proximité du camp ; Jean part seul.

A midi, six groupes de bombardiers américains lancent une attaque sur Eger, afin de détruire à nouveau l’usine Heinkel. Une partie de la ville est atteinte et l’usine est entièrement détruite, une partie du camp l’est également par des bombes grenades. Du fait du temps magnifique, la majorité des prisonniers est en pleine nature à proximité des pistes ou sur le chemin des abris situés à quelques centaines de mètres du camp. Sur 420 hommes, 73 sont tués, auxquels il faut ajouter un nombre important de blessés. Paulin est malheureusement du nombre des tués, un éclat de bombe l’ayant touché en pleine poitrine. Son ami Jean Forcet est sain et sauf.
Le père Joseph Garnier, qui disait la messe à Altkinsberg est arrivé à grandes enjambées (il avait l’habitude de faire 40 Km à pied le dimanche pour dire les messes dans la région de Eger appelée Kontrol-Bezirk), il part en direction des pistes, jonchées de corps des blessés et des mourants pour apporter communion ou absolution et fermer les yeux des décédés. Des bombes à retardement sont encore sur le sol. Ernest Prudhomme (prisonnier transformé, possesseur des listes des travailleurs du camp Oberschön 1), malgré une blessure aux jambes, va organiser les secours, faire hospitaliser les blessés et obtenir une sépulture décente au cimetière de la ville. (Témoignage des anciens prisonniers non transformés)

Les survivants vont enterrer leurs amis, leurs camarades dans une grande tombe commune de 50 m de long située dans la section 18 au sud du cimetière. Les corps sont déposés sur un lit de branchages de sapin. Tous ont une plaque d’identité et leur position dans la tombe a été notée par Marc Allaire de Roudelaix 23700 Auzances, qui a établi le plan de la sépulture. Il travaillait à l’atelier de peinture (au pistolet) de la Flug.

Le mercredi 28 mars, une cérémonie a lieu au cimetière, Le père Joseph Garnier et les survivants prononcent les homélies et chantent « ce n’est qu’un au revoir mes fières ». Le dimanche après Pâques, le 8 avril puis le 10, d’autres bombardements détruiront totalement la gare et le noeud ferroviaire.

C’est Jean Forcet qui annoncera le décès de Paulin à Maurice Derelle, mon père, lors de son retour en France. Il lui parlera également de cet enfant né de cette rencontre avec une jeune femme sur place.
Nous apprendrons plus tard que la secrétaire du camp était alsacienne. Elle devrait avoir des informations intéressantes pour notre recherche.


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