Tambov et camps assimilés

« Pèlerinage Tambov » en Russie en août 2016 - Cinq jeunes d’Oradour-sur-Glane feront partie du groupe de jeunes

Par Marie Goerg-Lieby - Photos Claude Diringer

lundi 30 mai 2016 par Nicolas Mengus

L’assemblée générale de l’association « Pèlerinage Tambov » qui s’est tenue dimanche à Sessenheim a évoqué le départ de 45 pèlerins pour un séjour en Russie du 20 au 27 aout. Précédé par la réhabilitation du site d’inhumation par 15 jeunes Alsaciens et Lorrains (Stéphane et David) avec en plus, grande nouveauté, cinq jeunes venant d’Oradour-sur-Glane.

C’était un très ancien souhait de Charles Gantzer, un des fondateurs de l’association dans les années 90. Lui, l’ancien Malgré-Nous, avait voulu qu’après la réconciliation avec les Russes, l’association puisse contribuer à une réconciliation franco-française. Elle l’avait fait en se rendant sur place à Pâques 1997, facilitant la venue de Roland Ries comme maire de Strasbourg lors de la commémoration de juin de la même année.« Nous les jeunes, on est au delà des rancœurs des années 50. On en va pas refaire le procès de Bordeaux ! » a affirmé Éric Seyfried, responsable du groupe des jeunes avec Thomas Eckart.

Sauvegarder ce lieu de mémoire aussi lointain soit-il.

Du camp soviétique de Tambov, à 500 km environ de Moscou, il ne reste rien. Rien des barques semi-enterrées ou des autres bâtiments, infirmerie, morgue... Une forêt de bouleaux qui poussent sur les 55 tombes collectives contenant chacune les restes de 25 soldats français d’Alsace et de Moselle, faits prisonniers alors qu’ils portaient sous la contrainte l’uniforme allemand. Mais depuis que l’association a décidé il y a plus de 20 ans de réhabiliter le site d’inhumation d’environ 2000 morts Alsaciens-Mosellans, la forêt est tenue à distance de ce paysage marqué par des traces symboliques de ce lieu de souffrance. Fils ou pères de famille partis parce qu’ils voulaient éviter que les représailles de la Sippenhaft (mesures répressives allant jusqu’à la déportation) ne soit infligées à leurs proches... Les efforts de l’association sont faits « pour que le sacrifice de nos pères ne tombe pas dans l’oubli ».
Une volonté, parfaitement comprise par les partenaires russes, municipalités et guides et traducteurs qui apprécient les Franzouskis. Parmi les stèles, celle inaugurée par l’ancien secrétaire d’Etat aux anciens combattants Jean Paul Masseret en 1998 en présence de Philippe Richert, des croix et des plaques nominatives placée à l’instigation de l’association par les familles...

La réunion a été émaillée de films dont l’un sur la reconstitution du camp en 3D faite par l’association luxembourgeoise des incorporés de force et un sur la libération des 1500 et l’échange de prisonniers russes faits par les Allemands en France. Une partie des quelque 150 membres étaient là ainsi que des invités dont Anne Sanders, députée européenne, le colonel Dominique Jagot représentant le Souvenir français et Robert Metz, maire de Sessenheim, commune qui perdit 23 hommes incorporés de force. Le maire rendit hommage à Georges Ruffenach, un des nombreux Malgré-Nous de la commune et le dernier prisonnier du camp de Tambov à être rentré en 1947. Alphonse Troestler, ancien délégué à la mémoire de la Région Alsace, cita du Mur des Noms qui listera toutes les victimes alsaciennes.

Régis Baty a tenu un stand pour proposer son livre « Tambov, camp soviétique 1942-1946 » , paru en 2011 suite à sa thèse sur « les prisonniers français en URSS entre 1940 et 1945 » et qui continue d’intéresser des lecteurs. Quant à Claude Herold, le chercheur a été félicité par Marlène Dietrich et Charles Sandrock, trésorier, pour ses recherches bénévoles sur les parcours d’incorporés de force à la demande des familles. Claude Herold a profité de la présence d’Alphonse Troestler pour lui poser la question des engagés volontaires dans la Wehrmacht : « J’ai le cas de deux jeunes dont le père était pro-nazi et qui n’étaient pas eux de vrais volontaires. Leurs noms ne seront pas sur le Mur des Noms ? » L’ancien délégué à la Mémoire de la région Alsace a répondu que seuls les Alsaciens ayant la mention « Mort pour la France » sont recensés par le Ministère de la Défense et donc retenus pour le futur Mur des Noms au Mémorial de l’Alsace Moselle à Schirmeck sur lesquels ne seront gravés que les noms des victimes. Alphonse Troestler, sans rentrer dans ce débat, a toutefois reconnu que « 70 ans après il faudrait recenser toutes les banques de données car il y a des incorporés de force qui sont décédés durant la guerre et leurs parents aussi, ce qui fait que personne n’avait demandé l’ouverture d’un dossier « Mort pour la France »...

En matinée, la réunion avait été introduite par un culte œcuménique mis en valeur par la chorale Sainte-Cécile de la paroisse. La présidente Marlène Dietrich qui participera une nouvelle fois au pèlerinage à Tambov, Kirsanov et Morshansk s’est réjouie. Car « cette année encore la relève est assurée ! » L’été 2014, les jeunes avaient même du tronçonner des arbres pour que le site soit accessible et digne de la ferveur des pèlerins. Deux participants du séjour de travail de l’été 2016 étaient à Sessenheim, Vincent et Caroline. Pour la jeune femme de 35 ans, « c’est en mémoire de mon grand-oncle, frère de mon grand-père et parrain de mon papa, mort à Tambov, que j’irai en Russie »

Marie Goerg-Lieby


Hubert Meyer, ancien de Tambov, avec Anne Sanders.


La délégation du groupe de jeunes qui se rendra à Tambov en août prochain.


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