Résistance

Marcel Weinum et la Main Noire

mardi 9 octobre 2007 par Nicolas Mengus

Les éditions Arfuyen documentent le moment héroïque et tragique de la jeune Résistance alsacienne, autour de l’exemplaire figure de Marcel Weinum et du groupe de la Main Noire.

Quelques mois après la publication du très beau mémorial d’Etty Hillesum, jeune juive d’Amsterdam, morte à 29 ans à Auschwitz, dans la paix d’une foi vivante gagnée sur la terreur, les éditions Arfuyen arrachent à l’oubli et à l’ignorance Marcel Weinum, un destin dans sa jeunesse lui-aussi sacrifié, mort pour la France, pour la patrie, pour son pays.
Marcel Weinum avait un âge de presque enfant quand sa tête est tombée sous la guillotine nazie, en avril 1942, à Stuttgart. Marcel Weinum avait 18 ans et payait de sa jeune vie des mois d’active résistance en Alsace, à la tête du réseau clandestin de la Main noire, fédéré à son appel en septembre 1940, qui engagea avec une témérité folle une trentaine de garçons de 14 à 16 ans, dans la lutte contre Hitler et le nazisme. « Main active, main mystérieuse et inquiétante, main dirigée contre les Allemands », dit René Kleinmann, qui en fut l’un des premiers membres.
En ces pages du livre d’Arfuyen, auxquelles introduit notre consoeur Marie Brassart-Goerg, Kleinmann et d’autres témoins fouillent la mémoire de ce jeune réseau d’apprentis et d’étudiants, qui habillèrent parfois leur combat clandestin dans l’uniforme détesté des Hitlerjugend. Ils se souviennent : des opérations d’espionnage et de renseignement ; du sabotage des lignes électriques et du réseau ferré ; des vitrines brisées où trônaient des bustes de Hitler ; des tracts de propagande pour la France ; des croix de Lorraine et inscriptions patriotiques dont ils recouvraient les murs de Strasbourg ; de la lutte armée et des attentats, dont celui qui visa le plus haut représentant d’Hitler en Alsace, le Gauleiter Wagner, sur la voiture duquel furent jetées deux grenades.
Moment héroïque et tragédie. Car ces témoins font le récit, aussi, de la chute du réseau de la Main Noire, après l’arrestation, sur le chemin d’un retour de Bâle, de Weinum et de son ami polonais Ceslav Sieradzki, de qui un codétenu complice du régime nazi extorque par la ruse des renseignements. Ils racontent les arrestations, les interrogatoires par la Gestapo, les sévices, la torture mentale. Et la prison, et le camp d’internement de Schirmeck, où périt le camarade Sieradzki, en décembre 1941. Jean-Jacques Bastian a vu les kapos armés de gourdins, pourchassant « une loque humaine ensanglantée, la tête rasée, piétinée sur le gravier. Mais la frêle silhouette se relève, étend les bras et crie « Vive la France ». Quelques heures plus tard, le haut-parleur du camp annonce que le détenu Sieradzki a été fusillé pour cause de résistance.
Weinum n’aura pas cette mort sans procès ; il meurt jugé, après un procès dont le long acte d’accusation résume bien l’activisme de la Main Noire. Le procès révèle une âme droite et forte, qui ne renie aucun engagement ou conviction et accueille sans faillir sa condamnation à mort. « Courage, Papa, garde la tête haute », souffle-t-il à son père, dans les couloirs du tribunal de Strasbourg.
Avec les quelques lettres du jeune homme prisonnier à sa famille, Arfuyen ajoute à la documentation de l’histoire de cette jeunesse résistante un émouvant portrait de Weinum, qui part « joyeux à la mort », dans le sentiment serein du devoir politique accompli et la croyance en la rédemption éternelle accordée par Dieu. « Je meurs avec un cœur pur. »

Nathalie Chifflet


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