Communiqué de presse de l’OPMNAM du 24 mars 2008

DEPOT D’UNE REQUETE DEVANT LA COUR EUROPEENNE DES DROITS DE L’HOMME

mardi 25 mars 2008 par Nicolas Mengus

64 membres de l’Association des Orphelins de Pères « Malgré-Nous » d’Alsace-Moselle (OPMNAM) viennent de déposer ce 19 mars 2008, par l’intermédiaire de Maître Arnaud Friederich, avocat au cabinet Alexandre-Levy- Kahn, une requête devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme à Strasbourg, contre l’Allemagne, pour l’indemnisation des préjudices subis, d’ordre moral, psychologique et économique.

Cette annonce a été faite par France 3 Alsace, le mercredi 19 mars dans le journal télévisé à 19h, immédiatement après l’interview de M. Jean-Marie Bockel, le tout nouveau Secrétaire d’Etat à la défense, chargé des Anciens Combattants.

Cette requête fait suite à la décision définitive du Bundestag, suite à plusieurs demandes, rejets, pourvois en appels, sur 2006 et 2007, de s’associer à notre projet d’un Mur des Noms, un lieu de recueillement et de témoignage en mémoire des victimes civiles et militaires de la Seconde Guerre mondiale, dont nos pères et 40 000 de leurs camarades d’infortune ; un devoir moral pour l’Allemagne qui ne nous a jamais rendu les corps de nos pères pour faire notre deuil.

Nous tendions la main, pas la sébile, puisque ce projet devenu commun, avec le recensement de l’ensemble des victimes de 1939 à 1945 (dont les milliers de morts dans les camps russes, y compris après guerre), a été adopté par les Présidents et les collectivités territoriales du Bas-Rhin, du Haut -Rhin, de la Moselle et de la Région Alsace.

Nous avions également des projets de résidences et maisons de retraite, voire une aide aux plus démunis, anciens « Malgré-Nous » et veuves (plus de 80 ans) ou orphelins (62 à 80 ans) pour leur témoigner une solidarité trop longtemps absente.

Le Bundestag a également refusé toute indemnisation pour les orphelins, nous jetant à la figure des millions de DM (qui ne nous ont jamais concernés), dont ceux octroyés à la FEFA (Fondation « Entente franco-allemande »), soit 1387€ pour les anciens « Malgré-Nous » ou une obole à partager entre les veuves et les orphelins.

Cette somme ne peut en aucun cas nous être opposée au titre de l’indemnisation des orphelins de « Malgré-Nous », tellement elle est hors de propos avec les préjudices subis, d’ordre moral, psychologique et économique, liés à la perte de l’affection et du soutien d’un père notre vie durant, du fait des multiples traumatismes causés par l’Allemagne nationale-socialiste, par la déportation et l’incorporation de force dans l’armée barbare d’un pays ennemi.

Le manque cruel de ressources, normalement assurées par le chef de famille, la faillite, la disparition, la spoliation de l’entreprise, du commerce, de l’exploitation agricole, voire l’éviction de la maison familiale, côté père comme côté mère, ont obligé la grande majorité d’entre nous à abandonner les études ou formations qualifiantes, à travailler très jeunes, à occuper des postes subalternes.

On ne peut décemment, sauf à se livrer à une imposture, mettre sur un pied d’égalité ces 1387€ avec le destin de ceux à qui l’ Allemagne nationale-socialiste a ôté la vie et mis en grave péril leurs familles.

Pour paraphraser le président de la Répubique Française, Nicolas Sarkozy, à propos de l’exonération des droits de succession : « Nos pères n’ont pas eu l’opportunité de nous transmettre les fruits du travail d’une vie ».

Jamais un mot, une lettre, une invitation à une commémoration, une aide, une bourse d’études…, rien, comme si nous n’existions pas, comme si nos pères n’avaient jamais existé. « Sag warum »...

Le refus de reconnaissance, le refus de tout dialogue, de ces chanceliers, présidents, députés, dont aucun n’ a jamais daigné parapher la moindre ligne, nous font penser en ces fêtes pascales à Ponce Pilat frappé par la maladie d’Alzheimer.

Au-delà d’une juste indemnisation, nous condamnons très sévèrement l’attitude irresponsable de l’ancienne République Fédérale d’Allemagne qui nous a conduit devant la Cour Européenne pour faire respecter les droits d’hommes et de femmes meurtris par tant d’injustices.

C’est aussi un cri de colère contre l’indifférence et le mépris manifesté depuis plus de 62 ans par les auteurs du crime de guerre de l’incorporation de force et des crimes contre l’humanité, envers les familles prises en otages par la Sippenhaft(1943), une loi de responsabilité des membres du clan familial, sous peine de confiscation des biens et de déportations, en cas d’insoumission ou d’évasion de leurs fils, des crimes imprescriptibles aux yeux de la loi internationale !

« Nous promettons, jamais nous n’oublierons les victimes ! » (le chancelier Gerhard Schröder à Caen, le 6 juin 2004). Mais, finalement, qu’attendent-ils, sinon leur disparition définitive ?

Bernard Ernewein, président et fondateur de l’OPMNAM, orphelin d’un crime de guerre


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