Les archives russes de Tambow bientôt en Alsace ?
vendredi 1er décembre 2006 par Webmestre
Le camp n°188 de Tambow est l’emblème des souffrances de l’ensemble des incorporés de force alsaciens et mosellans. Il résume à lui seul toute la complexité de la situation des Malgré-Nous. Plus de 60 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, les archives russes sont sur le point d’être transférées dans notre région grâce à l’Association des Anciens de Tambow et autres camps [1].
C’est en 1996 que Charles Klein, président de l’Association du Pèlerinage de Tambow, a pu accéder aux dossiers concernant le camp n°188 et l’hôpital de Kirsanow. Grâce aux nombreux contacts amicaux noués depuis des années entre l’Alsace et l’oblast (région) de Tambow, le maire de cette commune a proposé à Charles Klein d’en effectuer des copies et de les expédier en Alsace.
Une chance pour les familles…
L’ensemble de ces dossiers représente sept mètres linéaires d’archives. Leur contenu exact n’est pas connu, mais l’on sait qu’il s’y trouve des listes d’Alsaciens et de Mosellans qui ont été internés ou qui sont morts à Tambow entre 1943 et 1945. L’une d’elles recense plus de 1000 Alsaciens et Mosellans décédés entre juin 1944 et août 1945.
Jean Benoît et Emile Roegel, respectivement président honoraire et vice président de l’Association des Anciens de Tambow et autres camps, qui suivent également ce projet de rapatriement, rappellent que le taux de mortalité dans le camp était énorme : entre janvier et mai 1945, on a dénombré 1752 décès. D’autres listes font mention des maladies dont souffraient les incorporés de force, mais probablement aussi des déplacements vers d’autres camps ou des commandos de travail.
Leurs souvenirs du camp ont alors afflué. Ils se sont souvenus de tout jeunes incorporés de force : l’un, de Weyersheim, était né en 1927 ; un autre originaire de la vallée de la Bruche, né en 1928, avait été enrôlé peu avant le 22 novembre 1944 ! E. Roegel rapporte que les nouvelles arrivaient à Tambow par le biais de « nouvellistes » qui disposaient d’une radio. Ces derniers passaient de baraques en baraques pour diffuser les nouvelles. C’est ainsi qu’E. Roegel a pu se constituer une carte où figuraient presque toutes les poches de combats le long du Rhin. Ils se souviennent aussi que le général De Gaulle, en visite à Moscou, est passé en train à Tambow sans pouvoir s’y arrêter. Un sentiment d’abandon gagne les trois hommes : « Il savait bien que nous y étions… ». Ce sentiment perdurera après la guerre où « il ne fallait pas fraterniser avec tout ce qui était allemand ». Et J. Benoît, un des 1500 libérés en juillet 1944, a rappelé que François Mitterrand, alors ministre des Anciens Combattants, a été le premier à parler officiellement des « 1500 » en France.
Une question taraude toujours les trois hommes : « Pourquoi les incorporés de force étaient-ils moins bien traités à Tambow que les Allemands ? »
Les trois hommes ont aussi évoqué la récente disparition du peintre Camille Claus qui fut, lui-aussi, captif au camp n°188. Ce dernier avait fait don aux Anciens de Tambow d’un diptyque à la mémoire des incorporés de force décédés pendant la guerre. Cette œuvre a ensuite été donnée au Mémorial d’Alsace-Moselle de Schirmeck, mais elle n’a pu être intégrée dans la muséographie.
… et pour les historiens
L’acquisition de la totalité de ces archives représente une chance pour les familles qui recherchent la trace d’un proche porté disparu et pour les historiens qui s’intéresseront à cette tragédie. En effet, les archives WASt de Berlin n’ayant pas encore été étudiées dans leur globalité, il n’existe aucune liste recensant tous les incorporés de force, ni de synthèse sur les disparus. Les chiffres officiels avancent le nombre de 40.000 Malgré-Nous décédés ou disparus, or seuls la moitié d’entre eux ont été officiellement déclarés morts. Et ces chiffres ne sont que des estimations. Par ailleurs, il est regrettable que notre pays ne se soit pas doté d’une organisation comme le Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge e.V. allemand spécialisé dans la recherche des lieux de sépulture.
Devant l’intérêt manifeste des Russes pour ce drame humain que représente Tambow, MM. Benoît, Klein et Roegel – qui ont par ailleurs été interviewés en Alsace, il y a quelques semaines, par la première chaine de la télévision russe – ont un autre regret : que les archives françaises ne soient toujours pas accessibles. En tout cas, il ne fait aucun doute que « ce transfert de documents permettra d’éclaircir la situation encore floue et peu chiffrable en l’état actuel sur l’occupation du camp à l’époque, sur le nombre de personnes ayant transitées par ce camp […]. Ce serait impardonnable de ne pas saisir cette chance ».
Les dossiers, une fois photocopiés, seront traduits et exploités en Alsace. Il restera ensuite à définir les modalités de leur consultation par le public. Mais, pour le moment, il s’agit d’obtenir le concours des instances régionales et des collectivités départementales d’Alsace et de Moselle. L’assistance de la Fondation « Entente Franco-Allemande » sera également sollicitée, les associations ne disposant pas des moyens nécessaires ; le prix du traitement d’un dossier est estimé à 27 ou 30 roubles (soit un peu moins d’un euro/dossier) et l’ensemble pourrait être évalué à 5000 euros. L’opération devrait être lancée au début de l’automne 2005.
Nicolas Mengus
[1] Association des Anciens de Tambow et autres camps 11, rue Kuhn 67000 Strasbourg.
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Forum
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Les archives russes de Tambow bientôt en Alsace ?21 août 2007, par ERNEWEIN Bernard
Cher Monsieur MENGUS, le 21 août 2007
Fin 2006 nous avions l’espoir de voir enfin arriver ces fameux fichiers russes,
Qu’ en-est-il ? il faut avouer que c’est un peu comme l’Arlésienne on en parle, on en parle , mais personne à l’horizon !Certes la direction départementale des archives du Haut/Rhin, aurait résolu environ 1200 destins de prisonniers de Tambov, Kirsanov comme me l’a encore confirmé récemment, son directeur Jean - Luc Eichenlaub.
La croix rouge allemande, la Deutsche Rote Kreuz, D.R.K., m’a indiqué en octobre 2006 avoir transmis une liste des incorporés de force Alsaciens- Mosellans, à la croix rouge française.
Celle-ci, intérrogée par l’OPMNAM , n’a jamais réponduD’après M. Eichenlaub il s’agirait du fichier Karner, revendu à plusieurs organismes dont aux archives du Haut/ Rhin
Ce qui est malheureux dans tout cela et vous le signalez, c’est que la France et l’Alsace-Moselle n’aient jamais en 62 ans mis en place une structure pour la recherche des disparus.
La fondation entente franco allemande qui avait les moyens financiers et logistiques s’y refuse, arguant que cette mission ne lui a pas été dévolue par les accords franco-allemands du 31 mars 1981 (lettre disponibles)
Un peu d’initiative de sa part n’aurait pas été superflue plutôt que de s’obstiner à refuser leur juste dû aux RAD/KHD, les Malgré-Elles ou de torpiller dès 2000 nos relations avec l’Allemagne et les projets de notre association pour l’édification d’un lieu de recueillement, le recensement à la vie près des victimes de la seconde guerre mondiale dont les 40 000 Malgré-Nous pour l’édification d’un MUR des NOMS à SCHIRMECK, projet aujourd’hui plébiscité par toutes les familles et adopté depuis le 28 nov. 2006 par les collectivités territoriales.
Le recensement prévu pour 2007/2008 apportera des éléments et une dynamique susceptibles de bousculer bien des préjugés
amitiés, Bernard ERNEWEIN Président de l’OPMNAM
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