Incorporés de force

RAD-KHD, des victimes du nazisme enfin reconnues

mardi 22 juillet 2008 par Nicolas Mengus

Les incorporés de force dans le RAD-KHD – en particulier les femmes, les « Malgré-Elles » - l’attendaient depuis plus de 60 ans : la reconnaissance des souffrances que ces victimes du nazisme ont endurées dans les formations paramilitaires de l’Armée allemande pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le 17 juillet 2008, à Strasbourg, a été signée une convention réglant la question de l’indemnisation des anciens incorporés de force dans les formations paramilitaires non combattantes nazies, à savoir le Reichsarbeitsdienst (Service du Travail du Reich) et le Kriegshilfsdienst (Service auxiliaire de guerre), formations sur lesquelles on consultera avec profit l’ouvrage de Joseph François Gross, Les chantiers : les chantiers de la Jeunesse française - le Reichsarbeitsdienst – les chantiers américains (Drulingen, 2000).

Les signataires de cette convention sont l’Etat, représenté par Jean-Marie Bockel, secrétaire d’Etat à la Défense et aux Anciens Combattants, et la Fondation « Entente franco-allemande » (FEFA), représentée par son président André Bord.

Le montant de cette allocation unique a été fixé à 800 euros (soit 50% revalorisés des 1387 euros déjà versés aux incorporés de force dans des formations militaires) ; elle est financée pour moitié par l’Etat, pour moitié par la FEFA.

Ci-contre : André Bord et Jean-Marie Bockel au moment de la signature de la convention. (Photo Nicolas Mengus)

Victimes du nazisme

Dans son discours, Jean-Marie Bockel a précisé qu’il ne s’agissait pas d’une indemnisation (parce qu’aucun montant n’est représentatif des souffrances endurées), mais d’une reconnaissance du statut de victimes du national-socialisme. Il a également souligné que le président de la République, Nicolas Sarkozy, avait donné « une impulsion forte pour arriver à une solution ».

Plusieurs personnalités, dont Daniel Hoeffel, ont salué l’abnégation et l’engagement du préfet de Région honoraire Mahdi Hacène, auteur du rapport qui a permis de mettre fin à des années d’âpres négociations par un « acte d’équité, un acte d’apaisement ». La parole a été aussi donnée à deux anciennes « Malgré-Elles ». Dans son intervention, Germaine Rohrbach, infatigable présidente de l’association des Anciens et Anciennes du RAD-KHD, a, elle aussi, mentionné le rôle de Nicolas Sarkozy « qui a fait tomber le mur ». Puis Germaine Rivet, présidente de la section mosellane, a rappelé l’action de l’ancien ministre des Anciens Combattants Jean Laurain en faveur des « Malgré-Nous », soulignant également que « tout ce qu’il a fait avait été bloqué par ailleurs ».

Guy-Dominique Kennel, président du Conseil Général du Bas-Rhin, a, lui aussi, fait part de sa satisfaction, car la signature de cette convention répare une « injustice envers toutes ces victimes alsaciennes » incorporées de force dans les formations paramilitaires nazies.

Ainsi, après plusieurs décennies, les anciens et anciennes du RAD-KHD, sont officiellement reconnues comme des victimes du nazisme à part entière.

Ci-contre : Jean-Marie Bockel et Germaine Rohrbach. (Photo Nicolas Mengus)

Questions pratiques

L’allocation unique sera versée aux personnes incorporées de force dans le RAD-KHD qui n’ont pas été appelées dans la Wehrmacht. Elle est donc attribuée selon la règle du non-cumul et versée aux seuls bénéficiaires survivants (ceci exclu les ayants droit ou ayants cause : veufs/veuves, ascendants et descendants)

Les formulaires de demande d’allocation RAD-KHD seront disponibles à compter du 1.9.2008. Ils pourront être retirés auprès des services départementaux de l’ONACVG ou téléchargés sur www.fefa.fr. Une fois dûment renseignés et signés, ils sont à renvoyer, accompagnés d’un acte de naissance ou d’un extrait d’acte de naissance avec mentions marginales, à la FEFA ou à déposer aux services de l’ONACVG.
Attention ! La date de limite du dépôt de la demande, sous peine de forclusion, est fixée au 31.12.2009.

Nicolas Mengus

Adresses :

  • Service Départemental de la Moselle de l’ONACVG Cité Administrative Rue du chanoine Collin 57036 METZ cedex
  • Service Départemental du Bas-Rhin de l’ONACVG Cité Administrative 14, rue du maréchal Juin 67084 STRASBOURG cedex
  • Fondation « Entente franco-allemande » 1, rue Saint-Léon 67000 STRASBOURG
  • Service Départemental du Haut-Rhin de l’ONACVG Cité Administrative Bâtiment de la Tour 68026 COLMAR cedex

"A la suite de cette heureuse nouvelle, certaines personnes ont cherché à regarder la vérité par le petit bout de la lorgnette, et, au lieu de se réjouir de cette nouvelle avancée destinée à ressusciter la mémoire des Malgré-Nous, ont aussitôt tenté d’en atténuer la portée au nom de vulgaires modalités financières. Pourtant, ces personnes ne sont pas les premières concernées par l’article en question puisqu’ils ne sont pas des femmes. En revanche, il est à relever les remarques soulignées par l’auteur de l’article et dont on retrouve les échos dans les Dernières Nouvelles d’Alsace :

  • "Dans son intervention, Germaine Rohrbach, infatigable présidente de l’association des Anciens et Anciennes du RAD-KHD, a, elle aussi, mentionné le rôle de Nicolas Sarkozy « qui a fait tomber le mur ». Puis Germaine Rivet, présidente de la section mosellane, a rappelé l’action de l’ancien ministre des Anciens Combattants Jean Laurain en faveur des « Malgré-Nous », soulignant également que « tout ce qu’il a fait avait été bloqué par ailleurs ».

Donc, les principales concernées (à savoir des femmes particulièrement impliquées dans la bataille du souvenir pour les « Malgré-elles ») se réjouissent à raison de cette bonne nouvelle, et ne perdent pas leur temps à faire des comptes.

  • « Dans son discours, Jean-Marie Bockel a précisé qu’il ne s’agissait pas d’une indemnisation (parce qu’aucun montant n’est représentatif des souffrances endurées), mais d’une reconnaissance du statut de victimes du national-socialisme »

En effet. N’est ce pas là l’essentiel ? A savoir la reconnaissance en soi, et non une question d’argent (adresse à ceux qui raisonnent à la manière de maquignons). La souffrance ne peut jamais s’évaluer en termes d’euros. Les victimes de cette souffrance ne réclament pas le trésor du roi Midas, mais le principe même de leur statut de victimes. Parler d’argent en ces circonstances me semblent particulièrement mesquin : quelle monnaie sonnante et trébuchante saura t’elle jamais faire oublier les misères que de nombreuses Alsaciennes ont dû vivre ? Depuis quand l’argent a-t-il le pouvoir de procurer l’amnésie aux victimes de ce conflit et d’effacer leurs malheureuses expériences de leur mémoire ?

Le fait que l’indemnité versée sera estimée « modique » par certains est il vraiment le centre du problème ?

Ma mère a eu la chance de ne pas avoir été « déportée » en Allemagne dans la mesure où la filature de Wasselonne où elle travaillait comme ouvrière fabriquait déjà des pièces pour la Luftwaffe. Mais je suis persuadé que si elle avait affectée à une usine de construction de blindés dans la Ruhr, elle ne mégotterait pas sur l’indemnité actuellement promise. Par chance, ma mère - toujours en vie actuellement - trouverait indécent de parler d’argent là où la revendication première des victimes des nazis est la reconnaissance, et non une histoire de compte en banque... ne plus entendre dire comme l’a fait un petit chanteur de la Croix de Bois que notre famille avait hébergé peu après la guerre à titre charitable car ma famille était très catholique : « Alors comme cela, en Alsace, vous êtes tous des Boches ? »

En cela réside l’essentiel. Et non dans une cupide histoire d’argent."

Pascal FRITSCH (fils de Joseph Emile FRITSCH, malgré-nous en Crimée puis en Ukraine en 1943 et 1944)


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