Un appel aux écoliers de la dernière guerre – Des trésors dans vos greniers !

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 Certaines facettes de l’his­toire de l’édu­ca­tion en Alsace pendant les années noires (1940–1945) restent encore mécon­nus. Salomé Troest­ler, étudiante en master franco-alle­mand d’his­toire (EHESS) se penche sur le quoti­dien des écoliers, un aspect encore peu étudié.

 

Salomé Troest­ler, pouvez-vous nous en dire plus sur la genèse de ce projet de recherche ?

Dans le cadre de mes études d’his­toire, j’ai été amenée à réali­ser une inter­view de mon grand-père sur son vécu d’éco­lier pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce travail m’a fait comprendre que j’igno­rais énor­mé­ment de réali­tés de ce vécu scolaire si éloi­gné du mien, et que de m’en­tre­te­nir avec les témoins de ce temps permet­tait d’ob­te­nir des infor­ma­tions uniques sur l’his­toire du quoti­dien. Quand j’ai voulu obte­nir plus d’in­for­ma­tions sur les élèves du primaire pendant l’oc­cu­pa­tion, les rayons des biblio­thèques m’ont déçue. Je pouvais surtout consul­ter des ouvrages sur la poli­tique de nazi­fi­ca­tion et germa­ni­sa­tion de l’école et lire une mono­gra­phie très instruc­tive sur le vécu des insti­tu­teurs et leur (ré)éduca­tion forcée, la Umschu­lung, mais très peu de choses sur les élèves. Il fallait y remé­dier.

 

Vous vous êtes donc inté­res­sée aux élèves. A partir de là, comment avez-vous orienté votre travail de recherche ? Avez-vous une approche parti­cu­lière ?

On a long­temps consi­déré les enfants comme des victimes ou des êtres passifs dans l’his­to­rio­gra­phie. Depuis quelques décen­nies, on les consi­dère aussi comme des acteurs histo­riques. Les élèves alsa­ciens avaient – à leur échelle d’en­fant- une capa­cité à agir sur les autres et le monde. Je me pose la ques­tion de ce que cela signi­fie, aller à l’école en situa­tion d’an­nexion et de guerre entre 1940 et 1945, quand on est un jeune Alsa­cien ou une jeune Alsa­cienne et qu’on a entre six et quatorze ans. Pour mon travail j’uti­lise une approche micro-histo­rique : au lieu de faire des études statis­tiques, je m’in­té­resse à quelques personnes et à leurs carac­té­ris­tiques, pour mieux comprendre leur monde et donner un éclai­rage complé­men­taire et nouveau sur ce que l’on sait déjà. Pour cela j’ai réalisé plusieurs entre­tiens, qui seront mes sources prin­ci­pales.

 

Les témoins racontent des faits qui remontent à il y a plus de 70 ans. Cette mémoire peut-elle vrai­ment consti­tuer une source histo­rique ?

Bien sûr ! J’ai remarqué que cette période de guerre avait marqué profon­dé­ment tous les témoins que j’ai pu inter­ro­ger. Ils en gardent des souve­nirs très précis. Mais ces entre­tiens doivent être analy­sés avec un œil critique et croi­sés avec d’autres sources, notam­ment écrites. Si l’on va plus loin, recueillir cette mémoire n’est pas seule­ment une possi­bi­lité. Je vois aussi cela comme un devoir, celui de fixer ces mémoires sur un support durable et de les conser­ver aussi pour les géné­ra­tions futures. Selon moi, cette préoc­cu­pa­tion est d’ac­tua­lité, cela est même urgent. Les témoins sont encore parmi nous, mais le temps passe et leur nombre décroît.

 

Vous dites devoir consul­ter des sources écrites, de quel type de docu­ments s’agit-il ?

Les archives en premier lieu conservent de nombreux docu­ments très perti­nents, mais beau­coup n’y sont pas entre­po­sés pour diverses raisons. De nombreux docu­ments se trouvent peut-être dans des greniers, des caves ou au fond d’un tiroir. Ce sont des docu­ments produits pendant la guerre dans le cadre de l’école, comme un cahier d’école, un dessin, des lettres ou un Krieg­sta­ge­buch… Mais pas seule­ment. Cela peut aussi être un jour­nal intime où l’on raconte parfois ce qui se passe à l’école. Ce sont des souve­nirs et les gens ne les donnent pas systé­ma­tique­ment aux archives. Quand ces « vieille­ries » arrivent entre les mains des héri­tiers, certains n’hé­sitent pas à mettre à la poubelle ces trésors histo­riques. Je serais infi­ni­ment recon­nais­sante de pouvoir ne serait-ce que consul­ter ces docu­ments !

 

Propos recueillis par André Lamy

 

Si vous souhai­tez ouvrir vos archives person­nelles à Salomé Troest­ler :

Tél. 06 06 88 73 74 ou salo­me­troest­ler@ya­hoo.fr

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