« Pèle­ri­nage Tambov » à Châte­nois, par Marie Goerg-Lieby

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L’as­so­cia­tion « Pèle­ri­nage Tambov » a réuni dimanche 8 mars une soixan­taine d’adhé­rents à Châte­nois. Un excellent accueil a été réservé à l’as­sem­blée géné­rale où les projets liés au pèle­ri­nage en Russie au mois d’août sur le site de l’an­cien camp d’in­ter­ne­ment de Tambov, ont été expo­sés.

L’église de Châte­nois était remplie pour l’of­fice œcumé­nique, concé­lé­bré par le curé Philippe Linck ainsi que le père Jean-Luc Weiss et le pasteur Chris­tian Balt­zin­ger, fidèles accom­pa­gna­teurs des voyages de Pèle­ri­nage Tambov. Plusieurs porte-drapeau, venant même du Luxem­bourg, ont ensuite accom­pa­gné le cortège jusqu’au monu­ment aux morts. Des gerbes de fleurs y ont été dépo­sées et le maire, Luc Adoneth, a rappelé l’im­por­tance de se souve­nir du drame de l’in­cor­po­ra­tion de force : « Les jeunes Alsa­ciens-Mosel­lans sont contraints d’en­dos­ser l’uni­forme des oppres­seurs qui prônaient une doctrine tota­le­ment oppo­sée à l’hu­ma­nisme chré­tien qui baignait, la société alsa­cienne. Des jeunes de 16 ans voir 15 ans et demi comme mon père, sont envoyés en forma­tion et ensuite au combat (…). Beau­coup sont faits prison­niers par les Russes qui avaient bien du mal à comprendre que des Français parlant mal le français combattent sous l’uni­forme hitlé­rien (…). Pendant cette guerre, 79 enfants de Châte­nois mour­ront seuls dans le froid et la boue, 70 sous uniforme alle­mand et 9 sous uniforme français auxquels il faut rajou­ter 17 victimes civiles. »
L’his­to­rien Claude Herold présenta les noms et prénoms des hommes dispa­rus âgés de 18 et 44 ans. Grâce au talent de Fran­cis et Chris­tian Farner, un montage vidéo évoqua leur visage, les lieux de leurs dispa­ri­tion : Grèce, Rouma­nie, Litua­nie, Esto­nie, Pologne, Molda­vie, Yougo­sla­vie, Letto­nie, Géor­gie, Biélo­rus­sie, Alle­magne, France, Ukraine, Prusse orien­tale. Photos aussi de cime­tières mili­taires dont ceux de Tambov et Kirsa­nov où reposent cinq citoyens de Châte­nois, sites si bien entre­te­nues par l’as­so­cia­tion.

Voyage à Tambov

De nombreuses inscrip­tions ont déjà été prises pour le 14e pèle­ri­nage en Russie à Tambov, ville à 400 km envi­ron de Moscou. Le groupe de jeunes partira du 19 au 26 août pour entre­te­nir les sépul­tures de la forêt de Rada, où se trou­vait l’an­cien camp d’in­ter­ne­ment sovié­tique pour prison­niers de guerre, là où des milliers d’in­cor­po­rés de force, Français d’Al­sace et de Moselle, moururent.
L’an dernier, Pèle­ri­nage Tambov a financé des travaux afin que les fosses communes soient dotées de bordures et d’al­lées. Le comité a aussi décidé d’éri­ger une statue. De style clas­sique, « La Pleu­reuse » repré­sente une femme en larmes, mère, épouse ou fian­cée d’un de ces hommes inhu­més là. « C’est un sculp­teur russe qui se charge de réali­ser cette statue » précise Marlène Dietrich, prési­dente de « Pèle­ri­nage Tambov ». « Il y aura aussi une croix sur chacune des fosses communes » L’en­semble sera inau­guré le 25 août lorsque le groupe de jeunes sera rejoint par les pèle­rins qui seront sur place du 22 au 29 août, à part un jour à Moscou.
« En 1997, quand “e carré français“ a été offi­ciel­le­ment inau­guré, plusieurs élus alsa­ciens étaient présents. Mais depuis 20 ans, aucun élu ne s’est déplacé pour hono­rer ces victimes du nazisme ! Alors qu’un grand nombre d’Al­sa­ciens-Mosel­lans reposent en terre russe à Tambov, nous ne compre­nons vrai­ment pas pourquoi nos élus se désin­té­ressent de cette page d’his­toire » déplore Marlène Dietrich.
La prési­dente de l’as­so­cia­tion regrette aussi que la délé­ga­tion de jeunes d’Ora­dour sur Glane, invi­tée en 2016 à parti­ci­per à un pèle­ri­nage à Tambov, soit aux abon­nés absents. Par contre, l’as­so­cia­tion a des liens forts depuis près de 30 ans avec ses parte­naires russes dont un groupe, Valéri, Irina et d’autres, a été accueilli en Alsace cet automne.
Louis Mutschler, 96 ans, ancien de Tambov, était lui bien présent à Châte­nois. Mais Hubert Meyer, lui aussi un ancien du camp 188 dit « des Français » (il était retourné plusieurs fois à Tambov, retrou­vant même l’an­cienne scie­rie où il avait travaillé comme détenu) est décédé en janvier. Un témoin de moins pour une histoire pathé­tique à laquelle l’as­so­cia­tion reste atta­chée, en mettant tout en œuvre pour qu’elle ne sombre pas dans l’in­dif­fé­rence.

Marie Goerg-Lieby

Pour plus de rensei­gne­ments sur les deux pèle­ri­nages : 09 52 09 12 85

 

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