Résis­tance et résis­tan­tia­lisme – par Renée Baudot. Suivi du portrait de François de Metz-Noblat, par son fils Frédé­ric de Metz-Noblat

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Dans mon enfance, j’étais fasci­née par les anciens que je voyais dans les céré­mo­nies patrio­tiques, des héros bardés de déco­ra­tions.

Plus tard, ma décep­tion fut grande d’ap­prendre que ceux qui m’avaient impres­sion­née dans ma jeunesse étaient souvent de faux résis­tants, mais de vrais coquins dont le résis­tan­tia­lisme avait servi de trem­plin pour faire de belles carrières qu’ils ne méri­taient pas. 

Nombre d’entre eux furent amis avec l’Oc­cu­pant jusqu’au débarque­ment allié en Norman­die et se justi­fièrent en disant qu’ils trom­paient l’en­nemi en faisant semblant d’être acquis au nazisme !

Ces gens ont fait de leur fausse résis­tance un métier avec la compli­cité des deux grands partis de l’après-guerre :

  • le parti commu­niste qui reven­dique « 75 000 » fusillés, quand l’his­to­rien Henri Amou­roux écrit dans son Histoire des Français sous l’Oc­cu­pa­tion que les Alle­mands ont fusillé 10 000 Français résis­tants ou non.
  • le gaul­lisme pour assoir son auto­rité a exalté la résis­tance dont le président Georges Pompi­dou a dit : « Les Français ont besoin de mythes ».

Pierre Tait­tin­ger écrit dans son livre Paris ne fut pas détruit p.205 : « On est pris de nausée à la pensée qu’au mois de janvier 1945, il y a fait 123 000 demandes d’ho­mo­lo­ga­tion pour le dépar­te­ment de la Seine adres­sées à la direc­tion des FFI. 123 000. Je répète : 3000 hommes au plus ont pris part aux combats de la libé­ra­tion de Paris. L’im­pos­ture est écla­tante. A Marseille, les services de la Résis­tance comp­taient 410 inscrits la veille de la libé­ra­tion. Quinze jours après l’ar­ri­vée des Alliés, ces inscrits étaient au nombre de 95 000. Ils sont main­te­nant 360 000 ! »

En Dordogne, après le débarque­ment allié, l’unité Valmy a attaqué, le 26 juillet 1944, un wagon de la Banque de France et mis la main sur la somme de 2 milliards 280 millions de francs (Les milliards du train de Neuvic, de Guy Renaud, 1945) ! Cela consti­tue-t-il un fait de résis­tance ? quand on sait que les Alliés para­chu­taient  de l’argent et des armes à la Résis­tance ?

L’apo­théose de l’in­dus­trie de la Résis­tance est le décret n°75–725 du 6 août 1975 pris par Jacques Chirac, premier ministre, contre­si­gné par André Bord, mais non par Yvon Bourges, ministre de la Défense natio­nale, qui refusa de contre­si­gner le texte.

Ce décret, pris 30 ans après la fin de la guerre, a permis la suppres­sion des forclu­sions oppo­sables à la recon­nais­sance des droits à la qualité de :

  • Déporté de la Résis­tance
  • Interné de la Résis­tance
  • Déporté poli­tique
  • Interné poli­tique
  • Combat­tant volon­taire de la Résis­tance
  • Réfrac­taire
  • Personne contrainte au travail en pays ennemi, en terri­toire étran­ger occupé par l’en­nemi ou en terri­toire annexé par l’en­nemi
  • Patriote résis­tant à l’oc­cu­pa­tion des dépar­te­ments du Rhin et de la Moselle.

Grâce à ce décret, on comp­tait en 1982 700 000 cartes de combat­tants volon­taires de la Résis­tance attri­buées pour une popu­la­tion de 40 millions en 1940.

 

Ne nous lais­sons pas impres­sion­ner par les faux héros de la Résis­tance. Nous n’avons pas de leçons à rece­voir de la part des résis­tants de la 25e heure.

Célé­brons les véri­tables héros. Je vais en citer deux :

  • à Boulay, Madame Maya Baron qui a hébergé de nombreux prison­niers français évadés dont le plus célèbre fut le président François Mitte­rand échappé du camp de prison­niers du Ban Saint-Martin. Pour la remer­cier, après son élec­tion, il l’in­vita à la récep­tion du 14 juillet 1981. Dommage qu’il oubliât de lui décer­ner la Légion d’hon­neur pour­tant large­ment méri­tée. 
  • à Nancy, Monsieur François de Metz-Noblat, dont le fils Frédé­ric a accepté de retra­cer le parcours. Un patriote engagé volon­taire à 18 ans, au parcours exem­plaire, qui retourna à la vie civile, à la fin de la guerre, sans faire étalage de ses états de service qui n’étaient pas minces.

Ces héros méritent notre profond respect.

 

Renée Baudot, le 13 mars 2021

 

 

Le parcours de François de Metz-Noblat (1921–1981),

par son fils Frédé­ric de Metz-Noblat

 

Engagé volon­taire à 18 ans, mon père parti­cipe à cheval à la première campagne de France. Fait prison­nier le 16 juin 1940, il s’évade d’Al­le­magne le 2 janvier 1941, puis de France par l’Es­pagne en mars 1943. Repris, il est interné plusieurs mois au camp de concen­tra­tion de Miranda d’où, libéré par le Croix-Rouge, il rejoint le Maroc et la 2e DB en forma­tion à Témara. Affecté au 12e RCA en qualité de tireur sur char de combat ‘Sher­man », il sera de tous les combats de la deuxième campagne de France.

  • Bataille de Norman­die. Tireur sur le char « Savoie », détruit à l’en­nemi à Ancinnes le 11 août 1944 dans de violents combats contre le 9e Panzer.
  • Libé­ra­tion de Paris. Tireur sur le char « Dauphiné » détruit à l’en­nemi le 22 août 1944 à Tous­sus-le-Noble où, char de tête de son pelo­ton, concen­trant sur lui les tirs des canons de 88 anti­chars alle­mands, il est atteint  de plein fouet au niveau des réser­voirs et s’en­flamme comme une torche.
  • Bataille des Vosges. Tireur sur le char « Ancinnes » détruit à l’en­nemi le 12 septembre 1944 devant Vittel. Le 1er novembre 1944, le géné­ral Leclerc le cite à l’ordre de la 2e DB, lui décer­nant la Croix de guerre avec étoile d’argent.
  • Bataille de la Sarre. Tireur sur le char « Savoie II » détruit à l’en­nemi avec les trois autres chars de son pelo­ton le 1er janvier 1945 à Gros-Réder­ching, lors de l’opé­ra­tion « Nord­wind » menée par des comman­dos SS de la 17e Panzer­gre­na­dier­di­vi­sion utili­sant du maté­riel US capturé. Les survi­vants de ce combat rece­vront du géné­ral Patton la « Presi­den­tial Unit Cita­tion », hono­rant le sacri­fice de leur unité aux côtés  de leur allié améri­cain.  
  • Libé­ra­tion de Stras­bourg. Il parti­cipa aux combats pour empê­cher la reprise de Stras­bourg par l’ar­mée alle­mande, combats achar­nés par –20° dans 60cm de neige face à des fantas­sins SS rompus au combat anti-char. 

Esti­mant le devoir accom­pli et le serment de Koufra tenu, mon père ne fran­chira pas le Rhin. 

 

Frédé­ric de Metz-Noblat

 

  • Extraits des écrits de François de Metz-Noblat

 

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