MENGUS Paul

Commentaire (0) La vie quotidienne dans les provinces annexées

 

Paul Mengus rassemble ici ses souve­nirs de l’éva­cua­tion à Limoges, d’un père combat­tant dans les Vosges, de sa scola­rité en Alsace annexée, de l’in­cor­po­ra­tion forcée de son frère aîné ou encore de la Libé­ra­tion.

« Pour le gamin de 6 ans que j’étais, la vraie guerre commença par l’éva­cua­tion, le 3 septembre 1939, à Limoges. Maman, fonc­tion­naire des PTT était affec­tée dans ce chef-lieu de la Haute-Vienne et devait donc s’ex­pa­trier avec ses trois enfants en emme­nant sa mère, Papa ayant été incor­poré depuis quelques semaines dans l’Ar­mée française. Après de rapides prépa­ra­tifs, nous voilà dans le train – Maman, Grand’Mère, Jean-Pierre (15 ans), moi-même (6 ans) et Claude (4 ans) – avec seule­ment quelques bagages à main.

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Soldats français captu­rés après la bataille du Donon en 1940. Le Retour ligne auto­ma­tique 1er soldat du 1er rang à partir de la gauche est, très certai­ne­ment,Retour ligne auto­ma­tique Auguste Mengus. (Coll. parti­cu­lière)

Ce départ faisait suite à un premier « exer­cice », en 1938, où nous avions été évacués, de nuit, à Still (vallée de la Bruche) sur une char­rette tirée par deux chevaux.

Entre-temps, nos parents mirent les objets de valeur (tels que tableaux, vais­selle en porce­laine, couverts en argent, etc.) en sûreté chez des viti­cul­teurs de Blien­sch­willer. Bon réflexe au demeu­rant. Hélas, après guerre, ces gentils paysans leur décla­rèrent que tous leurs biens avaient été volés (après enquête auprès de voisins, il appa­rut que rien d’autre n’avait disparu, ce qui peut corro­bo­rer la thèse du doute). Le dossier « Dommages de guerre » consti­tué en vue de rembour­se­ment fut rejeté. Pour quelles obscures raisons ce dossier n’était-il pas conforme pour répondre aux critères de spolia­tion ? Nous l’igno­rons toujours.

Mais, reve­nons à Limoges où l’ac­cueil fut mitigé. Mais peut-on en vouloir à des autoch­tones, sans doute peu au fait des ques­tions de géogra­phie et d’his­toire de France, de ne pas accueillir à bras ouverts cette masse de « Teutons » ?

La Noël 1939 nous permit de revoir Papa venu en permis­sion pour quelques jours en uniforme français. Il rejoi­gnit ensuite son unité sur un front furtif et fut fait prison­nier par les troupes alle­mandes dans les Vosges, dans la région du Donon.

Volk­schule et bombar­de­ments

Arrivé à la maison (au 14, rue Edouard Teutsch, rebap­ti­sée par les Alle­mands « Lützel­stei­ners­trasse »), la vue de l’uni­forme français de Papa accro­ché au porte-manteaux, dans l’en­trée, me rassura. Papa ne tarda d’ailleurs pas à nous rejoindre. Il avait trouvé un travail de vendeur/ache­teur chez son frère aîné, Eugène, qui diri­geait une coopé­ra­tive de cordon­niers (cuirs et outillages), en atten­dant de trou­ver un emploi défi­ni­tif.

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Les décombres de l’im­meuble de la « Librai­rie Gangloff » au 20, place de la Cathé­drale, le 25 septembre 1944 (coll. Archives Muni­ci­pales de Stras­bourg)

A partir de ce moment se mit en route une vie que chacun accom­moda à sa façon, selon qu’il se sentait fort, faible ou simple­ment équi­li­bré, selon qu’il était enfant, adoles­cent ou adulte.
Le sujet traité étant l’en­fance, je me borne­rais à l’évo­ca­tion de quelques « souve­nirs » restés en mémoire après presque six décen­nies.
Dès les premiers jours d’école – la Volk­schule –, il fallut se rendre à l’évi­dence que la langue apprise à Limoges appar­te­nait désor­mais au passé : le Hoch­deutsch se substi­tuait au français. Chaque matin, le premier quart d’heure était réservé aux commen­taires du maître sur les victoires de l’Ar­mée alle­mande sur les diffé­rents fronts ; la géogra­phie n’avait plus de secret pour les petits Alsa­ciens. Si la majo­rité des membres de l’équipe ensei­gnante était « sympa », il y avait tout de même un quar­te­ron de Nazis qui, lors des diffé­rentes fêtes ou commé­mo­ra­tions, assu­raient leurs cours revê­tus de leur uniforme du parti, la NSDAP (Natio­nal Sozia­lis­tiche Deutsche Arbei­ter Partei). Lors de ces céré­mo­nies, la montée du drapeau à croix gammée, au mât planté au centre de la cour de récréa­tion de la « Schoep­flin­schule », était effec­tuée en présence de l’en­semble des person­nels et des élèves, le bras droit levé.
Les cours étaient bien souvent inter­rom­pus par le hurle­ment des sirènes annonçant le passage d’avions alliés, parfois accom­pa­gnés de bombar­de­ments, avec des rafales de mitrailleuses anti-aériennes lourdes et des déto­na­tions offertes par la DCA (Défense contre les avions) alle­mande implan­tée autour de la ville, notam­ment dans la cein­ture des forti­fi­ca­tions de Vauban comme, par exemple, près de la place de Bordeaux, à l’em­pla­ce­ment de l’ac­tuel Lycée Kléber.
Au cours de ces « récréa­tions impromp­tues », tout le monde se retrou­vait dans les caves de l’école, le mouchoir humi­di­fié comme protec­tion éven­tuelle contre la pous­sière en cas de bombar­de­ment du bâti­ment, ce qui heureu­se­ment ne s’est jamais produit. Pendant la durée de l’alerte, tout ce petit monde était obligé de chan­ter pour atté­nuer le bruit des déto­na­tions et évacuer la peur des plus sensibles.
Il va sans dire que nous subis­sions aussi des alertes aériennes nocturnes. Il nous fallait descendre, encore à moitié endor­mis, les quatre étages de notre immeuble pour nous réfu­gier dans la cave que mon père, avec l’aide d’un voisin – M. Kuntz, dont un fils incor­poré de force fut tué sur le font russe –, avait étayé avec de gros madriers en chêne (Ces madriers en chêne prove­naient des maisons détruites par les bombar­de­ments et étaient distri­bués à cet effet. Mon père travaillait alors au service Wiede­rauf­bau (Recons­truc­tion) auprès du « Chef der Zivil­ver­wal­tung » (Admi­nis­tra­tion civile), implanté à l’époque dans les bureaux des bâti­ments de la rue Brûlée (« Brand­gasse ») conti­gus à l’Hô­tel de la Préfec­ture et rési­dence du Gaulei­ter Wagner.) . Cette char­pente massive était rassu­rante, car la peur d’un effon­dre­ment était perma­nente. A la fin de l’alerte – que nous, gamins, souhai­tions qu’elle eût lieu à minuit passé, car les cours étaient, dans ce cas, reporté à 9 heures –, nous remon­tions nous coucher après avoir scruté le ciel direc­tion nord/nord-est qui, lors des bombar­de­ments de Karls­ruhe, se tein­tait d’une couleur rosâtre.

Lors de l’at­taque aérienne du 11 août 1944, je me trou­vais, avec mon frère Claude, place de la Cathé­drale. Les bombes tombaient drues (chif­frées à 1544 d’après les rapports d’après guerre). La coupole de la cathé­drale était détruite – elle eut d’autres impactes –, le Palais des Rohan fut forte­ment touché et un immeuble, coté Maison Kammer­zel, rasé. Ce fut la première fois que je me trou­vais au centre d’un tel séisme : les fenêtres et les volets furent proje­tés dans la rue, souf­flés par l’ex­plo­sion, suivis d’une fumée grise, puis la façade entière bascula. Les étages de la maison s’af­fa­lèrent pour ne former qu’un grand amas de gravats dans un nuage de pous­sière.

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La Phar­ma­cie du Cerf aujourd’­hui (Photo N. Mengus)

Un adulte nous poussa sans ména­ge­ment à l’in­té­rieur de la phar­ma­cie du Cerf devant laquelle nous nous trou­vions et nous fit descendre dans la cave qui est incroya­ble­ment profonde dans cette très vieille bâtisse médié­vale. Lorsque le vacarme des explo­sions cessa, il devait être aux envi­rons de 11 heures. Sans attendre la sirène de fin d’alerte, nous remon­tions de la cave pour prendre le chemin de retour à la maison. Un grand nombre de cratères, lais­sés par les explo­sions de bombe, et les maisons effon­drées entra­vaient notre parcours : rue du Parche­min, près de la Poste centrale – qui était, elle aussi, touchée (le central télé­pho­nique au milieu du bâti­ment, heureu­se­ment que Maman n’était pas de service !) –, rue des Arque­bu­siers…. Partout régnait une forte odeur de gaz, d’eau mélan­gée au plâtre et aux gravats, qui prenait à la gorge. Le cratère, au milieu de la rue des Arque­bu­siers, commençait déjà à se remplir d’eau à la suite d’une rupture des cana­li­sa­tions.
Arri­vés rue Ohmacht, nous décou­vrîmes que la Clinique Béthesda avait été touchée. La salle d’opé­ra­tion était détruite, des sœurs bles­sées et la sœur-infir­mière du Bloc opéra­toire, qui m’avait déjà soigné pour de petits bobos, tuée. Quelle tris­tesse !
Enfin la « Lützel­stei­ners­trasse » ! Maman nous atten­dait. On comprend son soula­ge­ment quand elle nous a vu débou­ler à l’en­trée de la rue. Contrai­re­ment à ce que l’on nous montre actuel­le­ment à la télé­vi­sion, les gens restaient calmes et dignes dans la douleur ; pas de cris hysté­riques, pas de grande gesti­cu­la­tions théâ­trales, mais un stoï­cisme impres­sion­nant pour moi, surtout avec le recul.
Papa rentrait lui aussi aux envi­rons de midi. Le repas préparé restait froid. La faim habi­tuelle à cette heure avait disparu.
Le nombre des victimes décé­dées lors de ce bombar­de­ment se monte à plusieurs centaines. Mais la vie repre­nait. Jean-Pierre, le grand-frère, était dans la Wehr­macht, enrôlé de force comme des dizaines de milliers d’Al­sa­ciens-Mosel­lans (depuis le 17 février 1943) .

« Me voilà donc Pimpfe »

Un petit retour dans le temps s’im­pose. Ma scola­rité se passait plutôt bien et il fut envi­sagé que j’ac­cè­de­rai, à la rentrée prochaine, dans le secon­daire, ce qui n’était pas chose acquise à cette époque. Pour entrer en 6e, il fallait passer un examen – qui fut main­tenu après guerre et qui aurait dû être péren­nisé par la suite –, mais il fallait en plus adhé­rer au Jung­volk (JV).

Compte tenu de mon projet scolaire, me voilà donc Pimpfe, nom donné aux jeunes de moins de 14 ans, avant de passer dans la Hitlerju­gend (HJ), ce qui était obli­ga­toire pour pouvoir envi­sa­ger des études secon­daires, voire supé­rieures. Le Pimpfe ne portait pas le Dolch (poignard) comme le HJ, mais se devait d’as­sis­ter aux rassem­ble­ments les mercre­dis après-midi, de parti­ci­per aux multiples quêtes dans la rue, avec les fameuses Sammelbüchse, pour le WHW (Winte­rhilf­swerk), pour les soldats du front (Frontkämp­fer) , pour le parti, etc. Il en fut de même pour les opéra­tions de collecte de vieux chif­fons, papiers, vieilles ferrailles, ainsi que de la cueillette de diffé­rentes plantes médi­ci­nales telles qu’or­ties, plan­tain, etc.
Certains événe­ments ponc­tuaient cette vie deve­nue, par la force des choses, somme toute normale pour des enfants. Par exemple, la condam­na­tion à mort par le Volks­ge­richt­shof de mon cousin René, neveu de Papa, jeune ingé­nieur des mines mêlé à un réseau de résis­tants (René Mengus fut condamné en 1942. Comme il ne fallait surtout pas en parler devant les « enfants », je n’ai pas de détails concer­nant cet épisode. Ce que je sais, c’est que René entra, après la guerre, au Lycée tech­nique (actuel­le­ment Lycée Couf­fi­gnal, à la Meinau) en tant que profes­seur de Cons­truc­tion. Il décéda dans les années 1960 des séquelles de son incar­cé­ra­tion) ou encore l’ar­res­ta­tion de Papa par la Gestapo et inter­rogé pendant trois jours et deux nuits sur dénon­cia­tion du Block­lei­ter Heidt : « Vos fils sifflent la Marseillaise dans la cage d’es­ca­lier (tous les membres d’une famille dont un élément était déporté et interné dans un camp de concen­tra­tion deve­naient suspects. Je suppose que la réten­tion de mon père au siège de la Gestapo, rue Sellé­nick, est en partie liée à cet événe­ment et que le compor­te­ment des deux enfants ne servit que de prétexte.) !! » .
Comme les cours deve­naient de plus en plus aléa­toires, les écoles furent fermées. Pour nous occu­per, nous aidions Madame Wass­mer, l’épi­cière du coin de la rue (dont le mari était, lui aussi, incor­poré de force, et qui avait un fils de mon âge prénommé Jean-Pierre), dans son maga­sin : range­ment des denrées, distri­bu­tion de lait (contre tickets de ration­ne­ment), appro­vi­sion­ne­ment au marché, livrai­sons aux personnes âgées, etc.

Le Volks­turm

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Les libé­ra­teurs de Stras­bourg. (Coll. L’Ami hebdo)

Puis, vint le 23 novembre 1944. Une jour­née froide et maus­sade. Le matin, on enten­dait le canon tonner au loin. Mon père était absent de la maison depuis quelques jours. Lui aussi avait été, à 44 ans, incor­poré dans le Volks­turm (la « tempête popu­laire » !). Le grand Reich voulait lui apprendre le manie­ment de la Panzer­faust (bazooka alle­mand) pour arrê­ter les chars de la 2e DB du géné­ral Leclerc ! Quelle aber­ra­tion ! En compa­gnie de jeunes vieux ou de « vieux » tout court, rassem­blés au Quar­tier Lizé au Neuhof, son enthou­siasme peut se devi­ner aisé­ment.
Ce matin donc, nous n’avions pas le droit de « descendre » dans la rue ! Mais les rumeurs s’am­pli­fiaient de maison en maison, d’étages en étages : ILS sont à l’en­trée de Koenig­shof­fen, ILS viennent par Cronen­bourg, à 3 ou 4 kilo­mètres à vol d’oi­seau.

Les rafales de mitrailleuses lourdes et les coups de canon des chars deve­naient de plus en plus forts. Malgré cela, nous nous risquions à descendre dans la rue d’au­tant que nos copains y étaient. De petits groupes de personnes s’étaient formés et discu­taient, grands gestes à l’ap­pui.
En début d’après-midi, je vis un clochard au bout de la rue qui s’avançait d’un pas décidé. « Mais c’est ton père ! » s’ex­clama une copine. Je n’en croyais pas mes yeux : l’homme portait un vieux feutre enfoncé sur la tête, une veste brune en velours côtelé qui, à l’ar­rière, n’avait plus que la doublure, un panta­lon trop court. Peu impor­tait : il était de retour, ayant réussi dans la débâcle, non seule­ment à s’échap­per, mais aussi à passer entre les colonnes de la 2e DB qui repre­nait notre ville quar­tier par quar­tier (au moment de son évasion du Quar­tier Lizé, mon père portait l’uni­forme alle­mand, ce qui inter­di­sait tout dépla­ce­ment dans Stras­bourg en ce jour histo­rique. Il se réfu­gia dans un immeuble, route du Neuhof (l’équi­valent des « SIBAR » actuelles, loge­ments réser­vés aux fonc­tion­naires), qui était occupé en majo­rité par des familles de la Police muni­ci­pale. Ce sont des épouses compré­hen­sives qui lui trou­vèrent cet accou­tre­ment qui lui permit de traver­ser la ville.) !

Peu de temps après, enhar­dis, nous pous­sions nos expé­di­tions vers le centre-ville après avoir croisé le premier half-track (camion blindé tout-terrain chenillé à l’ar­rière) près du parc des Contades. Arri­vés à la hauteur de l’ave­nue des Vosges, nous dûmes rebrous­ser chemin. Danger ! ! Des colonnes de chars, comme au défilé, déva­laient cette large avenue qui mène au Pont du Rhin. Au carre­four, sur le trot­toir, se trou­vait une petite Simca 5 verte dont la vitre arrière et le pare-brise étaient en éclats. Sur le siège du conduc­teur, affalé sur le volant, un offi­cier alle­mand, la nuque ensan­glan­tée, était mort. Cet Alle­mand avait essayé de fuir devant l’avan­cée des troupes de Leclerc, dans la direc­tion du Rhin, mais fut atteint par des balles de 12,7 des armes alliées et son véhi­cule percuta le mur en grès rouge d’une maison de la rue du Géné­ral Gouraud. Ce fut, à l’âge de 11 ans, le premier cadavre que j’eus devant les yeux. Hélas, il y en eut d’autres.
Deux jours après ces événe­ments, en repas­sant à l’en­droit décrit plus haut, la petite Simca 5 avait été pous­sée sur la pelouse du Contades et le malheu­reux était couché à même le sol, au bord du trot­toir. Sa tête était recou­verte d’un « chif­fon » et ses chaus­sures avaient été volées. Personne n’avait songé à enle­ver cette dépouille mortelle, nos respon­sables muni­ci­paux avaient certai­ne­ment d’autres prio­ri­tés. Et, après tout, ce n’était qu’un « Schleu ». Pauvre huma­nité ! C’est beau, la guerre ! !

Un pendu

Nos « péré­gri­na­tions » nous emme­naient à traî­ner un peu partout. Nous visi­tions les appar­te­ments qu’a­vaient occu­pés les partis nazis (Orst­gruppe, NSDAP, NSKK, etc.), les case­mates où étaient encore stockés le ravi­taille­ment et autres subsis­tances des Alle­mands. Nous n’étions de loin pas les seuls : ces lieux étaient prisés notam­ment par d’in­nom­brables indi­vi­dus dont certains arbo­raient un bras­sard bleu-blanc-rouge, armés de pisto­lets, de fusils ou de pisto­lets-mitrailleurs, et qui nous chas­saient afin de s’ap­pro­prier les victuailles aban­don­nées par l’ar­mée alle­mande en déroute.
Le troi­sième jour après la Libé­ra­tion, nos expé­di­tions nous menèrent derrière les case­mates de la rue Jacques Kablé (actuel Lycée Kléber). Une infor­ma­tion nous était parve­nue : il y a un offi­cier alle­mand mort, pendu dans le bunker. Arri­vés sur les lieux, il y avait effec­ti­ve­ment un homme en uniforme d’of­fi­cier pendu, la langue coin­cée entre les dents, la bouche entrou­verte. Ce qui me choqua, c’est que l’an­nu­laire droit avait été sectionné pour lui voler son alliance. Personne, dans ce cas aussi, n’avait pensé à le décro­cher. Déci­dé­ment, c’est beau la guerre !!

Plus tard, à la fin de l’hi­ver, les cours repre­naient et je pus enfin entrer en 6e, année forcé­ment écour­tée, après ce fameux examen où l’épreuve de mathé­ma­tiques portait sur le prix de revient des pommes de terre. Je ne connaî­trais jamais le nom de l’au­teur imbé­cile de ce sujet, mais ce qui est sûr, c’est qu’il igno­rait que l’ali­men­ta­tion était ration­née, que le marché noir fleu­ris­sait et qu’il fallait des tickets pour subsis­ter.
Mes parents reprirent leur travail respec­tif dans la fonc­tion publique (Ma mère réin­té­gra, après avoir béné­fi­cié d’un congé paren­tal pour élever ses deux plus jeunes enfants, les PTT en qualité de surveillante au Central télé­pho­nique. Mon père inté­gra le Minis­tère de la Recons­truc­tion et de l’Ur­ba­nisme à Stras­bourg, en 1945, en qualité d’at­ta­ché. Son expé­rience au Wiede­rauf­bau alle­mand lui permit d’être au fait des dossiers immé­dia­te­ment. Il n’exis­tait pas un village dans le Bas-Rhin dont il ne connais­sait l’éten­due des dégâts.) . Mon frère Jean-Pierre, libéré enfin, ne tarda pas à se marier et nous quit­tait à nouveau. Quant à Claude, il repre­nait lui aussi ses études.

Une page de la vie d’un gamin était tour­née, mais le livre ne sera jamais fermé défi­ni­ti­ve­ment ».

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