ADAM Georges : un déser­teur en Norman­die

Commentaire (0) Les incorporés de force face à leur destin

 

LE RECIT DE BERNARD LE BOIS

J’avais 16 ans en juillet 1944. J’étais chez ma mère à Monta­bot, près de Percy, et nous étions occu­pés par les Alle­mands. Or, un matin, ils sont partis pour le front à Saint-Georges Mont­coq et en sont reve­nus très peu nombreux. C’est alors qu’un de ces soldats, nommé Georges Adam, nous a dit être français, alsa­cien, et qu’il en avait marre, nous deman­dant de lui donner des habits civils (ceux de mon père alors récem­ment décédé).

A la nuit, il a enterré ses vête­ments mili­taires et son fusil dans le plan de pommiers. Ensuite, les mitraillages et les bombar­de­ments deve­nant trop fréquents, il nous a conseillé d’éva­cuer, ce qui nous a conduit, avec jument et carriole, jusqu’à Saint-Aubin-des-Bois (Calva­dos).

A l’ar­ri­vée des Améri­cains, il a eu trop hâte de leur signa­ler qu’il était aupa­ra­vant dans l’ar­mée alle­mande et a été embarqué dans un camion pour le camp de Tour­la­ville.

Nous n’avons plus jamais eu de ses nouvelles et nous serions très heureux d’en obte­nir, malgré toutes ces années passées.

Bernard LEBOIS, Tessy-sur-Vire

LA DÉSERTION DE GEORGES ADAM

La déser­tion de Georges Adam eut lieu début juillet 1944, avec la compli­cité d’un Normand de 16 ans, Bernard LE BOIS, au lieu-dit :  » LA HERBINIÉRE  » sur la commune de MONTABOT, dans le dépar­te­ment de la Manche.

Ce vendredi 25 novembre 2011, nous nous sommes rendus, dans le dépar­te­ment de la Manche à Tessy-sur-Vire, ville située à une ving­taine de km de Notre-Dame-de-Cénilly. Nous avons fait la connais­sance de Bernard LE BOIS, le sauveur de Georges ADAM. Bernard et son épouse Marie-Jo sont des gens char­mants et ils savent rece­voir !

Les lieux de la déser­tion de Georges ADAM ont été filmés, photo­gra­phiés. Ce lieu, sur la commune de MONTABOT est appelé  » LA HERBINIÉRE « . Une compa­gnie de la Waffen-SS avait pris posses­sion de la ferme des parents de Bernard. La cuisine de cette unité était instal­lée dans une des dépen­dances de la ferme, le long d’un chemin très creux à l’époque ; aujourd’­hui, il a été rehaussé de plus d’un mètre. Les arbres bordaient le chemin et faisaient comme une tonnelle. Les soldats ne pouvaient donc pas être vus par l’avia­tion alliée. Les gradés de cette unité logeaient dans un four­nil aujourd’­hui ruiné. La végé­ta­tion roncière recouvre les restes de l’édi­fice. Le four ne devait pas être un four banal, mais proba­ble­ment celui de la ferme.

Les gradés de cette compa­gnie tenaient leurs réunions dans la demeure même de la famille. Pour cela, la famille devait sortir et lais­ser toute entière la maison à dispo­si­tion. Lors de ces réunions, les gradé,s de passage ou non, mangeaient de la crème fouet­tée en quan­ti­tés éton­nantes.

La troupe était répar­tie dans les locaux, étable, écurie, grenier etc., etc. La famille Le BOIS conser­vait l’in­té­gra­lité de ses pièces d’ha­bi­ta­tion. Ni Georges, ni sa mère, ni sa grand-mère, ne savaient que dans cette unité un soldat était français. Pour eux, ils étaient tous alle­mands.

Un soir, la compa­gnie est allée au front près de Saint-Lô, à Saint Georges-de-Moncocq. Bernard enten­dit les soldats exal­tés dire : « Tommies kaput« . Le lende­main, au retour, sur l’ef­fec­tif de la compa­gnie (envi­ron 150 soldats), il ne restait qu’une petite dizaine de survi­vants. Ils avaient combattu contre les Améri­cains et non contre les Anglais.

C’est ce jour que Georges ADAM vint trou­ver la famille LE BOIS et dit :  » Je ne veux pas me battre pour les Alle­mands, j’en ai marre, je suis français d’Al­sace, je veux déser­ter « . D’autres argu­ments furent évidem­ment appor­tés à Bernard et à sa famille. Le temps écoulé ne permet pas de les rappor­ter avec préci­sion. Et comme, il n’est pas permis de défor­mer la moindre page d’his­toire, aucun détail ne peut être donné.

Georges ADAM, le soir même, vêtu des habits du père de Bernard, décédé en 1939, enter­rait son fusil et ses habits dans le plant de pommiers. Il brûla ses papiers mili­taires. Georges était dans la crainte que l’on devine. Il conseilla vive­ment, et ce à cause des bombar­de­ments et mitraillages, de partir sur les routes de l’exode. Ce qu’ils firent, une jour­née avant toute la popu­la­tion de la commune. La jument atte­lée sur la carriole vite remplie de l’in­dis­pen­sable, ils quit­tèrent « LA HERBINIÉRE ». La grand-mère, la maman de Bernard, Bernard, son petit frère et Georges gros­sirent les cohortes de réfu­giés. Ont-ils parcouru plus de 30 km? Guère plus ! Ils parvinrent en un lieu situé dans le dépar­te­ment du Calva­dos, entre Saint-Aubin-des-Bois et Sept Frères. Ils s’ins­tal­lèrent chez des personnes de connais­sance.

Le 3 août au soir, ils étaient libé­rés. Georges alla se rendre aux Améri­cains. Il déclara être déser­teur de l’ar­mée alle­mande et avoir brûlé ses papiers. Il faillit être abattu, sauvé par des Français, il fut empri­sonné au camp à Tour­la­ville, près de Cher­bourg.

Pour Bernard Le Bois, l’éva­sion de Georges prend fin le 4 août 1944. Il avait déserté dans la première quin­zaine de juillet. L’his­toire s’ar­rête là, car Georges ne donna jamais de nouvelles. Bernard se souvient : Georges lui avait dit qu’il était origi­naire de la région de Saverne. Des liens d’ami­tié naquirent entre eux. Bernard regrette de n’avoir jamais eu de nouvelles de Georges. Il aurait tant aimé pour­tant.

Dans toutes les déser­tions, effec­tuées avec des Normands, il y a quelque chose de constant. Est-ce symp­to­ma­tique ? Jamais, les personnes qui aidèrent des Français d’Al­sace à déser­ter n’en parlèrent à leur famille ou à leurs voisins. Dans le cas présent, Bernard LE BOIS vient de tout révé­ler à son ami et ancien voisin, devenu depuis plusieurs décen­nies, le beau-père d’un de ses fils. Une telle discré­tion ne serait-elle pas le reflet de la modes­tie, de la rete­nue, de ces humbles ayant accom­pli des actes de bravoure ?
Il est permis de le regret­ter, car en effet, cela est certain, de nombreux Alsa­ciens furent aidés par des Normands. Mais comment le savoir ? Il ne serait sans doute pas mauvais d’ob­te­nir l’au­to­ri­sa­tion de faire paraître, un article dans les bulle­tins muni­ci­paux des communes où des déser­tions sont confir­mées. Nous allons tenter d’ob­te­nir satis­fac­tion, en propo­sant un texte histo­rique sur l’Al­sace annexée illé­ga­le­ment, suivi de la narra­tion des déser­tions et des suites.

Après la confé­rence du 8 août 2011 à Agon-Coutain­ville, orga­ni­sée pour rendre hommage au Docteur Guillard, nous avons été contac­tés par diffé­rentes personnes. Toutes et à des titres diffé­rents sont concer­nées ou inté­res­sées par les drames de l’Al­sace qui leur ont été dissi­mu­lés. Parmi ces personnes, évidem­ment Bernard LE BOIS. Dans le jour­nal  » LA MANCHE LIBRE  » est paru un article sur les « Malgré-Nous ». Notre adresse obte­nue, Bernard LE BOIS, nous a dit vouloir recher­cher Georges Adam, un Français incor­poré de force dans la Waffen SS.De là, nous avons contacté le jour­nal « LES DERNIERES NOUVELLES D’ALSACE ». Un article est paru : des neveux et nièces de Georges ADAM, de ses amis et aussi des personnes ayant connu des homo­nymes nous ont contac­tés avec des lettres très émou­vantes et nous ont remer­ciés de leur rendre leur HONNEUR. Je prends la liberté de le dire : lorsque, sur les photos reçues, il y a quelques jours Bernard a reconnu Georges , il n’a pas pu rete­nir ses larmes…!

Georges a été retrouvé. Hélas, il est décédé en 1990, il était né en 1913. Bernard LE BOIS, ce garçon normand, âgé de 16 ans en 1944 a ressenti une peine sincère. Le sauveur et le sauvé prirent de très grands risques avant de se sépa­rer à jamais le 3 ou 4 août 1944.

Des préci­sions sont abso­lu­ment néces­saires, pour porter à la connais­sance de ceux qui ne savent pas : ce que fut le drame de ces Français Alsa­ciens et Mosel­lans, incor­po­rés de force, dans la Wehr­macht ou dans la Waffen SS. Ils sont venus en Norman­die ou sont allés sur tous les fronts à partir du 25 août 1942.

Jean BÉZARD, Saint-Aubin-sur-Mer

 Cour­riel : aubertn@­wa­na­doo.fr

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