Bernard Aman : un Alsa­cien qui a libéré la France

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Bernard Aman est né en Alsace. En pleine Seconde Guerre mondiale, il a tout fait pour se sous­traire à l’uni­forme alle­mand et parti­ci­per à la libé­ra­tion de la France. Un courage qui lui vaut aujourd’­hui la médaille des Évadés.

Le 20 novembre 1927, Bernard Aman naît à Hagen­thal, dans le Haut-Rhin. Une jeunesse dans une famille alsa­cienne comme tant d’autres. Un père tuilier, une maman au foyer pour s’oc­cu­per des Bernard, son frère et ses deux sœurs. Le rythme est bercé par l’école, la maison et les jeux en campagne.

Arrive l’oc­cu­pa­tion alle­mande, Bernard va devoir se plier aux ordres de la nouvelle admi­nis­tra­tion germa­nique.

« À l’âge de quinze ans, en 1942 j’ai dû choi­sir le métier que j’al­lais exer­cer, confie-t-il. J’avais le choix entre les Chemins de Fer, la Poste ou ce qui allait deve­nir l’ONF. Ainsi je suis devenu postier avec d’autres cama­rades ! ».

L’éva­sion de son frère Joseph le 6 mars 1943, pour se sous­traire à l’in­cor­po­ra­tion de force, déclen­chera toute une suite d’évé­ne­ments pour le jeune alsa­cien, soucieux de se sous­traire à l’uni­forme « Feld­grau ».

Quelles ont été pour vous les réper­cus­sions de cette évasion ?

Bernard AMAN : « Avec mes parents et mes sœurs, nous avons été dépor­tés au camp SS de Schelk­lin­gen, dans le Bade Wurtem­berg actuel. Puis j’ai été trans­féré à Laïchin­gen, dans le Wurtem­berg. Depuis ce camp, j’ai été incor­poré le 4 mai 1944 dans les unités para­mi­li­taires, et renvoyé dans mes foyers le 11 septembre ».

Il s’agis­sait d’une quasi-libé­ra­tion, non ?

B. A. : « J’avais volon­tai­re­ment omis de préci­ser que Hagen­thal se situait en « Elsass », ce qui n’a pas posé de problème pour la déli­vrance du bon de trans­port ! J’ai profité d’un dispo­si­tif concer­nant seule­ment les familles ne pouvant rega­gner leur domi­cile à la suite des bombar­de­ments et devant rejoindre une nouvelle adresse. J’ai quitté l’Al­le­magne avec la béné­dic­tion des auto­ri­tés ! »

La suite de votre périple n’a pas été de tout repos.

B. A. : « Non, car dans la nuit du 11 au 12 septembre 1944, les bombar­de­ments n’ont pas cessé, bloquant notre train, près de Stutt­gart. Puis à Mülhein, en Bade, nous avons été à nouveau stop­pés. J’ai pris la déci­sion de pour­suivre à pied pour arri­ver à Hagen­thal dans la soirée, où j’ai trouvé refuge chez un oncle. J’étais ferme­ment décidé à rejoindre le maquis de Haute-Savoie pour me mettre au service de la libé­ra­tion de notre pays ».

La fron­tière suisse était bien surveillée ?

B. A. « Un pays neutre, clôturé presque hermé­tique­ment ! Les gardes et les senti­nelles y patrouillaient en perma­nence, accom­pa­gnés de chiens. À cette période, les auto­ri­tés suisses refou­laient les fugi­tifs et les déser­teurs. Caché à Saint-Louis, j’étais informé sur la possi­bi­lité de traver­ser. La réus­site de mon projet était obli­ga­toire pour ne pas faire prendre de risques à ma famille ».

Vous auriez dû vous retrou­ver dans la Wehr­macht ?

B.A. : « Oui. Le 5 octobre 1944, mon ordre d’ap­pel pour servir au 5e Bataillon de chars d’Aug­sbourg est arrivé dans la famille qui m’abri­tait. J’ai immé­dia­te­ment mis mon évasion à exécu­tion pour éviter toutes repré­sailles envers mes proches. Ce même jour vers 17 h, j’ai pris la clé des champs ! Aidé par mon oncle et son fils, j’ai pu fran­chir non sans mal le réseau de barbe­lés à la pointe de Benken, évitant de justesse une senti­nelle alle­mande et son chien ! ».

Un grand pas de fran­chi vers votre mission future.

B.A. : « J’ai été rapi­de­ment repéré par un garde suisse et incar­céré puis conduit à la prison de Lies­thal, et dans un camp de réfu­giés. Après un petit séjour en inter­ne­ment mili­taire et en prison, j’ai été trans­féré en camp de quaran­taine à Lausanne. Auto­risé à rega­gner la France, j’ai pu enfin servir mon pays pour sa libé­ra­tion ».

Bernard Aman servira dans les FFI de Haute-Savoie, du Haut-Rhin puis dans les Volon­taires du Rhin. Après la guerre, il devien­dra rece­veur des Postes à Shor­bach, Lixheim, Lutzel­bourg et Soultz-sous-Forêts avant de prendre sa retraite à Sarre­bourg en 1987, en compa­gnie de Marthe, son épouse.

Le 2 juillet 2015, il a reçu la médaille des Évadés, une déco­ra­tion qui fait aujourd’­hui sa fierté.

Source : http://www.repu­bli­cain-lorrain.fr/edition-de-sarre­bourg-chateau-salins/2015/09/16/bernard-aman-un-alsa­cien-qui-a-libere-la-france

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