Commé­mo­ra­tion du débarque­ment en Norman­die : quatre Malgré-Nous invi­tés, tout un symbole

Commentaire (0) Actualité

 

Pour la première fois, quatre incor­po­rés de force alsa­ciens parti­ci­pe­ront offi­ciel­le­ment aux commé­mo­ra­tions du D-Day, vendredi.

Il aura fallu l’in­sis­tance d’un couple normand, Jean et Nicole Bézard qui se démènent depuis des années afin que leurs conci­toyens recon­naissent le drame des malgré-nous, pour que des incor­po­rés de force puissent offi­ciel­le­ment assis­ter aux commé­mo­ra­tions prévues à Ouis­tre­ham pour les 70 ans du débarque­ment. Des centaines d’Al­sa­ciens et Mosel­lans ont été contraints de se battre dans les rangs de la Wehr­macht ou de la Waffen SS. On estime à 150 au moins le nombre de malgré-nous qui se sont évadés lors des combats, avec l’aide des habi­tants. Fonda­teurs d’une asso­cia­tion Soli­da­rité Norman­die aux incor­po­rés de force d’Al­sace-Moselle , Jean et Nicole Bézard ont rassem­blé des témoi­gnages de ces Normands qui ont faci­lité les évasions et de ces Alsa­ciens qui, au péril de leur vie et de celles de leur famille, ont tourné le dos à la barba­rie.
Orga­ni­sa­teur du voyage des quatre malgré-nous en Norman­die avec l’ADEIF (asso­cia­tion des déser­teurs, évadés et incor­po­rés de force) du Bas-Rhin, Gérard Michel, président de l’Op­nam (orphe­lins de pères malgré-nous d’Al­sace-Moselle) a d’ailleurs prévu un détour au lende­main des céré­mo­nies du 6 juin, par la tombe de l’Al­sa­cien inconnu, fusillé dans l’Eure pour déser­tion par les nazis. « Ce soldat, comme beau­coup d’autres, est resté inconnu pour éviter des repré­sailles contre sa famille. On ne peut mieux illus­trer le drame des malgré-nous. »
Les vété­rans quit­te­ront l’Al­sace mercredi et, après la céré­mo­nie de commé­mo­ra­tion, profi­te­ront de leur séjour pour visi­ter les sites de la bataille de Norman­die.

Daniel Fischer

Invité aux célé­bra­tions du D-Day vendredi, le Mulhou­sien Daniel Fischer, enrôlé de force dans les Waffen SS à l’âge de 17 ans et demi se rappelle ces années de guerre mais surtout les années qui ont suivi… « Beau­coup ne compre­naient pas notre statut d’in­cor­poré de force. On nous a soupçon­nés d’être des nazis », tempête ce retraité.
À 88 ans, l’un des derniers survi­vants des malgré-nous de la classe 26, incor­po­rés en 1944 dans la tris­te­ment célèbre « Divi­sion SS Das Reich », ne veut pas que cette histoire tombe dans l’ou­bli. Alors lorsqu’il a reçu ce petit carton blanc avec un cachet de la Répu­blique française sur lequel était écrit « Monsieur Hollande, président de la Répu­blique, prie M. Daniel Fischer, de bien vouloir assis­ter à la céré­mo­nie offi­cielle inter­na­tio­nale du 70e anni­ver­saire du débarque­ment de Norman­die à Ouis­tre­ham, le 6 juin », il a pris cela comme un honneur. « Je ne cherche pas la Légion d’hon­neur, mais c’est une manière de faire comprendre aux gens de vieille France que l’Al­sace n’était pas l’Al­le­magne. L’Al­sace, c’était les patriotes français ! ». En effet, il y a 70 ans, le 11 février 1944, il avait été incor­poré de force avec 950 autres jeunes Alsa­ciens. Comme la plupart de ces malgré-nous, il avait été envoyé dans cette divi­sion SS en cours de recons­ti­tu­tion après les lourdes pertes au front russe. Lui avoue ne pas avoir connu la Russie et c’est d’ailleurs toute sa chance. « J’étais du côté de Toulouse, hospi­ta­lisé. Je n’ai rejoint ma divi­sion en Norman­die que plus tard. Et comme j’étais malade, je n’ai pas fait non plus partie de ceux qui ont été envoyés à Oradour. 700 de ces jeunes Alsa­ciens ont été tués lors des combats de la fin de guerre. Ceux qui en sont reve­nus ont eu la vie sauve parce qu’ils ont déserté ou se sont rendus aux Alliés en signa­lant qu’ils étaient des « Français enrô­lés de force ». C’était le cas du Panzer-Grena­dier Daniel Fischer.

René Gall

« Quand on m’a refusé la médaille des évadés au prétexte que j’étais un déser­teur de l’ar­mée alle­mande, j’ai pleuré pendant trois jours ». Mais après cette période d’abat­te­ment, le carac­tère comba­tif de René Gall reprend le dessus et c’est jusqu’en justice que le malgré-nous réclame la distinc­tion. Il finira par l’ob­te­nir et aujourd’­hui à 88 ans dans sa maison de Nord­house, il la montre agra­fée au côté d’une dizaine d’autres (Légion d’hon­neur, croix du combat­tant,…). Origi­naire de Feger­sheim, il a été enrôlé dans la Wehr­macht à l’âge de 17 ans, après avoir été formé dans un camp « de redres­se­ment » SS où il avait été envoyé pour avoir acci­den­tel­le­ment blessé un jeune de la Hitlerju­gend à Stras­bourg. Ballotté de ci, de là, à patrouiller en Pologne, à la fron­tière hollan­daise, en Russie, il revient en mai 1944 en Alle­magne pour un « stage anti­char » de trois semaines. Son groupe est ensuite mis dans un train et ce n’est qu’en voyant un panneau « Hague­nau » lors d’un passage dans une gare qu’il comprend qu’il est de retour en France. Mais sans savoir que les Alliés ont débarqué en Norman­die… Dès leur arri­vée dans la région de Nancy, ils sont bombar­dés. La retraite est ordon­née mais lui est envoyé en recon­nais­sance en avant, seul. Il croise alors une jeune fille à Barbon­ville et lui demande des vête­ments civils. Ainsi débar­rassé de son uniforme alle­mand, il rejoint des habi­tants qui s’abritent des bombar­de­ments dans une cave. Il est mal reçu mais se porte volon­taire pour combattre un feu de maison ce qui lui vaudra la recon­nais­sance des habi­tants. Lors de la contre-attaque des Alle­mands, il rejoint les FFI et la 1re armée et met à profit ses connais­sances anti­char pour démi­ner le terrain avant de pouvoir rejoindre l’Al­sace.

Maurice Stotz

Maurice Stotz appar­tient à cette classe maudite, celle de 1926, qui sera en grande partie versée dans les Waffen SS. Celui qui avait démarré un appren­tis­sage de méca­ni­cien auto à Mulhouse quitte sa ville natale en février 1944 et se retrouve près de Koenig­sberg où il suit une intense prépa­ra­tion mili­taire. Il revient en France où il atter­rit dans une unité de trans­port et de main­te­nance ratta­chée à la divi­sion Das Reich. Sa section suit le gros des troupes puis fonce vers la Norman­die après le débarque­ment. « Mon unité arri­vait sur les lieux quelques jours après les massacres. Dans les envi­rons de Tulle, ma chenillette a été visée par les FFI. Il y avait une bonne ving­taine d’im­pacts de balles sur le blin­dage mais je n’ai pas été blessé ! »
En Norman­die, Maurice découvre une région en pleine guerre. « Toutes les nuits, nous avan­cions afin de récu­pé­rer les bles­sés, les morts, les véhi­cules endom­ma­gés. J’at­ten­dais le bon moment pour déser­ter mais il fallait faire atten­tion car la sanc­tion, en cas de capture, était immé­diate : on était fusillé ».
Avec un autre incor­poré de force, Maurice échappe à la vigi­lance des SS, au sud de Rouen, à Oissel. Les deux hommes trouvent refuge dans une famille de résis­tants qui les cache et les habille. Maurice rejoint ensuite les FFI et prend part à la libé­ra­tion de quelques villages avant d’en­fi­ler un uniforme améri­cain, en avril 1945, après son enga­ge­ment au sein de la 4e divi­sion maro­caine de montagne.
Celui qui obtien­dra la croix de guerre, la médaille des évadés et celle des combat­tants de la Résis­tance retour­nera ensuite à ses premiers amours, la méca­nique.

Armand Klein

Armand Klein, 90 ans, assis­tera aux céré­mo­nies du débarque­ment, le 6 juin, à Ouis­tre­ham. Lui, l’an­cien incor­poré de force dans la Wehr­macht qui a réussi à s’en­fuir, en Belgique, le 5 septembre 1944.
« J’ai voulu m’en­fuir plus d’une ving­taine de fois, mais ce n’était pas si facile que ça », assure Armand Klein, 90 ans, habi­tant de Jetters­willer (près de Saverne).
« J’ai été incor­poré de force dans la Wehr­macht le 22 mai 1943. ». Il avait 19 ans. « J’ai été affecté à la 116e divi­sion, dans l’in­fan­te­rie moto­ri­sée. J’ai combattu sur le front russe. » Blessé par balle à l’épaule, il se réta­blit en Alsace avant d’être envoyé en Norman­die, en mai 1944. Après avoir combattu dans cette région, son unité se rend en Belgique. Là, il parvient à fuir l’ar­mée alle­mande, le 5 septembre 1944. « J’avais déjà essayé de m’en­fuir par le passé. » Des occa­sions manquées. « Quand on me voyait arri­ver avec mon uniforme alle­mand, les gens prenaient peur. Ils se déten­daient un peu quand je leur parlais français. Et puis c’était dange­reux. Si les Alle­mands m’avaient attrapé, ils m’au­raient tué. » Le 5 septembre 1944, il profite du repli de son unité pour lui faus­ser compa­gnie. Et rentre chez lui, à Jetters­willer, fin novembre 1944.
Le 6 juin, Armand Klein assis­tera, depuis la tribune offi­cielle, aux céré­mo­nies du Débarque­ment, à Ouis­tre­ham. Un retour attendu. Même s’il est déjà retourné en Norman­die, il y a quelques années, avec l’une de ses filles.

Persona non grata en 2004

Il y a dix ans, André Bord, alors président de l’Union des anciens combat­tants du Bas-Rhin, écri­vait à Hamlaoui Meka­chera, ministre délé­gué aux Anciens combat­tants, pour s’éton­ner du refus d’in­vi­ter plusieurs incor­po­rés de force aux céré­mo­nies commé­mo­ra­tives du 60e anni­ver­saire du débarque­ment. Chan­ge­ment de ton dix ans plus tard. Mais il a fallu cette fois l’opi­niâ­treté de Nicole et Jean Bézard pour pous­ser les asso­cia­tions d’in­cor­po­rés de force à renou­ve­ler cette demande. Charles Butt­ner, président du conseil géné­ral du Haut-Rhin, a écrit à Kader Arif, ministre délé­gué aux Anciens combat­tants afin d’ap­puyer cette initia­tive. Cette fois, l’ac­cord a été donné. « En 1945, le géné­ral de Gaulle a décidé d’at­tri­buer la mention “mort pour la France” aux combat­tants alsa­ciens-mosel­lans tombés sous uniforme alle­mand. Par cette déci­sion il déci­dait d’in­té­grer les combat­tants alsa­ciens mosel­lans dans la mémoire française », indique les services de Kader Arif. « En accep­tant la présence des anciens combat­tants incor­po­rés de force aux céré­mo­nies du 6 juin, Kader Arif se situe dans le prolon­ge­ment de cette déci­sion du géné­ral de Gaulle ».

Partages 0

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *