L’ap­pel de Saint-Hippo­lyte (Haut-Rhin)

Commentaire (0) Appels à témoin

 

Le vendredi 8 mai 2015, en la Salle des Fêtes de Saint-Hippo­lyte, la muni­ci­pa­lité a orga­nisé une confé­rence sur les incor­po­rés de force qui sont allés sur le front de Norman­die. Cette confé­rence a été donnée par deux Normands, membres de l’As­so­cia­tion SNIFAM (Soli­da­rité Normande aux Incor­po­rés de Force d’Al­sace-Moselle). Plus d’une centaine de personnes consti­tuait l’au­di­toire. Bien évidem­ment, le sujet, beau­coup trop vaste, n’a pu être traité tota­le­ment en deux heures. Sur les quelques 200 évasions connues d’Al­sa­ciens-Mosel­lans ayant eu lieu en Norman­die, près de 150 sont authen­ti­fiées. Faute de temps, seule­ment près de 30 évasions ont été portées à la connais­sance du public.

Des incor­po­rés de force étaient présents dans la salle, parmi eux deux étaient venus en Norman­die où ils parvinrent à s’éva­der. L’un n’a pas souhaité être nommé. Nous connais­sons son histoire, elle est belle et surtout très auda­cieuse. Mais Robert (tel est son prénom), débor­dant de vergogne et, disons le, à l’ins­tar de beau­coup d’autres, habille de modes­tie, l’hé­roïsme qui fut le sien. Oui, il a voulu rester anonyme ; nous le regret­tons, mais cela est son droit le plus absolu.

Nombre de personnes, en fin de soirée, affi­chèrent leur mécon­nais­sance sur ces drames et actes de bravoure qui eurent lieu en Norman­die. Peu ou pas savaient le compor­te­ment patrio­tique de ces garçons nés pour leur grande majo­rité en 1926 et mis de force dans la « Das Reich ».
Souli­gnons que la Norman­die était le seul front où les évasions étaient possibles : moins de danger pour les familles, possi­bi­lité de passer pour mort, et surtout d’être aidé par une popu­la­tion parlant la même langue et de même natio­na­lité.

L’aide précieuse, donc la large contri­bu­tion de la Presse d’Al­sace, a faci­lité l’in­for­ma­tion de la popu­la­tion alsa­cienne et mosel­lane, sur tous les faits qui se dérou­lèrent en Norman­die. Nous tenons à remer­cier vive­ment les jour­naux : l’ALSACE, les DNA, l’AMI HEBDO, et le site MALGRE-NOUS.EU. Sans ces jour­naux, rien ne serait connu aujourd’­hui.

La confé­rence a débuté par une minute de silence en mémoire des victimes du nazisme. Elle s’est ache­vée par la Marseillaise.

Au cours de la confé­rence, cet appel a été lancé. Nous le formu­lons par écrit. Cela dans le but, d’avoir des rensei­gne­ments aussi précis que possible sur les compor­te­ments extra­or­di­nai­re­ment effi­caces, pour la France, des incor­po­rés de force dans la Waffen SS. «  SUR LE FRONT DE NORMANDIE, IL EXISTAIT UNE FILIERE DE DESERTION AU SEIN DE LA WAFFEN SS POUR LES FRANÇAIS INCORPORES DE FORCE. » Sur son exis­tence, hélas, nous savons très peu.
De nombreux incor­po­rés de force ont utilisé cette filière. Ils passaient dans une commune du dépar­te­ment de la Sarthe : LA CHAPELLE D’ALIGNÉ. Là, des faux papiers leur étaient remis en Mairie. Ainsi, ils pouvaient conti­nuer leur route vers le sud de la France et rejoindre les Forces Françaises Libres. Bien évidem­ment, nous ne sommes pas en mesure de donner le nombre d’éva­dés passés à LA CHAPELLE D’ALIGNÉ.
La muni­ci­pa­lité actuelle de LA CHAPELLE D’ALIGNÉ, conduite par Chris­tian JARIES, cherche et recherche des rensei­gne­ments et des préci­sions. Nous le savons, en 1935 à PRÉCIGNÉ, commune située à 5 km de LA CHAPELLE D’ALIGNÉ, une indus­trie pyro­tech­nique fut instal­lée par des Alsa­ciens. Il s’agit de la Société alsa­cienne d’ex­plo­sifs ALSETEX. Elle fut fondée à RICHWILLER près de MULHOUSE en 1920. Les person­nels, sauf quelques ouvriers d’ori­gine italienne, étaient tous Alsa­ciens.
Dans la nuit du 17 au 18 juin 1940 Monsieur LÉVI, Admi­nis­tra­teur, et Monsieur MORTREUX, Direc­teur, laisse l’usine qui est saisie par les nazis. Au lieu de se rendre en Alsace, par prudence, les person­nels se réfu­gient à Capvern les Bains (Htes Pyré­nées) et ensuite à Vizille (Isère).
Beau­coup des employés restent à PRÉCIGNÉ et à LA CHAPELLE D’ALIGNÉ (Sarthe). Etaient-ils les orga­ni­sa­teurs de la filière de déser­tion ? de ses rami­fi­ca­tions ? dont une passait par ANDOUILLÉ (Mayenne).
Nous ne pouvons le savoir, mais selon le jour­nal L’ALSACE, nous pouvons affir­mer que Monsieur Xavier SPINNER et son épouse en 1936 s’ins­tallent dans la Sarthe (voir enca­dré). D’autre part à quelques 20km de LA CHAPELLE D’ALIGNÉ, est la ville « LA FLÊCHE « . Là, existe une cité scolaire. Elle existe, grâce à la volonté de Charles FEHLMANN, son pilier fonda­teur. Charles FEHLMANN naquit en 1899 à BALDENHEIM dans le Bas-Rhin. En ce temps l’Al­sace était alle­mande. Charles FEHLMANN est incor­poré dans l’ar­mée alle­mande pendant la guerre 1914–1918. Il devien­dra malgré-nous au sens premier du terme. Il déser­tera l’ar­mée alle­mande. Il devient Français, fait ses études à Toulouse et obtient le poste de Prin­ci­pal au Lycée JOUBERT à ANCENIS (Loire Atlan­tique). Le 23 Novembre 1941, il arrive à LA FLÊCHE avec son épouse Marcelle et ses deux enfants Colette et Guy. Il est alors Direc­teur du Collège de garçons et d’une École Supé­rieure, rue Pape Carpen­tier. Il a fait beau­coup pour l’en­sei­gne­ment public à LA FLÊCHE. Le Collège devient Lycée natio­nal en 1959–1960, après que Charles FEHLMANN ait réussi à faire ouvrir les classes néces­saires à cet établis­se­ment.
Nous ne pouvons rien affir­mer bien sûr, nos propos ne sont même pas des asser­tions, loin de là. Mais tout laisse à penser qu’il pour­rait y avoir un lien ou simple­ment un fil conduc­teur entre Charles FEHLMANN, Xavier et José­phine SPINNER et bien sûr tous les autres compa­triotes alsa­ciens restés autour de LA CHAPELLE D’ALIGNÉ pendant l’oc­cu­pa­tion. Si cela était confirmé par des témoi­gnages d’au­then­ti­cité abso­lue, nous aurions alors une preuve de plus, de ce que fut la résis­tance silen­cieuse et combien effi­cace de la popu­la­tion alsa­cienne face au nazisme.

Voilà pourquoi, nous Normands, nous faisons appel à tous nos compa­triotes alsa­ciens et mosel­lans. Nous leur deman­dons des témoi­gnages ou indi­ca­tions incon­tes­tables. Ainsi, en écar­tant le voile de leur modes­tie, ils pour­ront nous appor­ter la preuve qu’in­cor­po­rés de force ou annexés illé­ga­le­ment ils n’ont pas supporté la honte qui leur était impo­sée.

Nous ne sommes pas en mesure d’ap­por­ter plus de préci­sions, plus de rigueur dans nos infor­ma­tions. Dans cet appel aux lecteurs de la PRESSE D’ALSACE, nous deman­dons de bien vouloir effec­tuer auprès de toutes les personnes incor­po­rés de force, dans la WAFFEN SS, dans la Wehr­macht etc.…sur le front de Norman­die. Et bien sûr à toutes celles et ceux qui dans leurs familles, sont ou seraient en mesure d’ap­por­ter des préci­sions. Ce que nous savons, nous SNIFAM est très impré­cis.
Nous pouvons seule­ment affir­mer que deux incor­po­rés dans la waffen SS : M. NADEL et P. LUTZ le 14/07/1944 furent habillés en civils et dotés d’une faux et d’un râteau par des agri­cul­teurs de la région de SAINT-LO. Ils passèrent par LA CHAPELLE D’ALIGNÉ où de faux papiers leur furent remis. Notre ami, feu le Père Félix LUTZ nous a donné ces infor­ma­tions. Son souhait était que des personnes ayant aidé des incor­po­rés de force, aient eux aussi le titre de « JUSTE »
Cinq Alsa­ciens s’éva­dèrent à NOTRE-DAME-DE-CÉNILLY, près de COUTANCES. Un sixième pleura et ne partit pas par peur des repré­sailles sur sa famille. C’était le 17 juillet 1944. Ils furent aidés par Roger HÉBERT, Vice-président de notre asso­cia­tion et par feu André LEMARQUIER. Nos évadés dirent vouloir aller dans le dépar­te­ment de la Sarthe et deman­dèrent une carte de France. André LEMARQUIER en préleva une dans son cahier d’éco­lier. Il ajouta des victuailles dont un demi-jambon.
Deux de ces évadés étaient de MASEVAUX. Nous avons retrouvé leurs enfants. Ils sont venus en Norman­die remer­cier les sauveurs de leur père. Ils nous ont confié des photo­co­pies de fausses pièces d’iden­tité, obte­nues à LA CHAPELLE D’ALIGNÉ et à ANDOUILLÉ. Nous pouvons presqu’af­fir­mer que la jeune fille, employée de mairie, sous une iden­tité vraie ou fausse, était la fille d’un très modeste « monsieur ». Il était dit-on « un offi­cier du Géné­ral DE GAULLE ». Soyons prudents, dans de tels cas l’ima­gi­na­tion gambade parfois.

Cette affaire de filière d’éva­sion, pour et par des Français au sein de la Waffen SS revêt un carac­tère d’une excep­tion­nelle impor­tance. Elle doit être portée à la connais­sance de l’ALSACE, de la MOSELLE, de la NORMANDIE, mais aussi du dépar­te­ment de la SARTHE où peu de combats eurent lieu.

Ce serait justice, si ces événe­ments de grand patrio­tisme étaient préci­sés dans toute la France. Cela prou­ve­rait que les Alsa­ciens, méritent beau­coup mieux que les contre-véri­tés déver­sées récem­ment par la télé­vi­sion. Cela pour­rait peut-être égale­ment atti­rer l’at­ten­tion de ceux qui souhaitent diluer, disloquer, l’ALSACE-MOSELLE dans des régions OUTRE-VOSGES.

Cette même confé­rence a eu lieu à Benn­wihr le 30 avril. Elle était orga­ni­sée par la Société d’His­toire locale. Prèe de 80 personnes étaient présentes. Lors des commé­mo­ra­tions de l’ar­mis­tice, les Normands dépo­sèrent à Benn­wihr et à Saint-Hippo­lyte une jardi­nière remplie de terre normande et fleu­rie. Dans une classe de CM2 avec l’ac­cord du Maître, les élèves ont appris ces quelques vers:

« En Norman­die, belle terre de France
D’où est reve­nue notre Liberté
Dans le mensonge, dans la cruauté, dans la souf­france
Du sang alsa­cien a coulé. »

Ce texte dit  » APPEL de SAINT-HIPPOLYTE «  est daté du 8 mai 2015 . il ne contient en réalité que des réponses à un appel: celui du 18 juin 1940. Pour cette raison, nous aime­rions le propo­ser à la REVUE de LA FONDATION DE LA FRANCE LIBRE.

Géogra­phique­ment, nous savons tous qu’une montagne, les VOSGES, séparent l’ALSACE de la FRANCE dite de « l’INTÉRIEUR ». Histo­rique­ment, nous saurons tous un jour qu’une montagne de falsi­fi­ca­tions a été érigée pour sépa­rer l’ALSACE de la FRANCE dite de « l’INTÉRIEUR ».
Ce jour là, sous le soleil radieux de l’EUROPE des NATIONS dans une acco­lade frater­nelle, le sourire sera la langue univer­selle.

Gloire et honneur à celles et à ceux qui, en perdant la vie, nous conduisent à faire naître la vérité.

Saint-Aubin-sur-Mer, le 25 mai 2015

Jean BÉZARD
Secré­taire de la SNIFAM
6 Bd Mari­time
14750 Saint AUBIN sur MER

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