Le « Malgré nous » précha­cais Raymond Dittlo

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Raymond Dittlo a connu une aven­ture extra­or­di­naire. Incor­poré en mars 1944 à Préchac (33), il déserte dès la fin du mois. A la suite d’un très long périple en Aqui­taine et son enga­ge­ment dans la résis­tance, il va se marier et se fixer défi­ni­ti­ve­ment à Préchac où il demeure encore, âgé de 90 ans.

raymond_dittlo_portrait.jpgRaymond Dittlo est né le 22 avril 1926, à Ilkirch-Graf­fens­ta­den, dans le dépar­te­ment du Bas-Rhin. Apprenti dans une usine de fabri­ca­tion de loco­mo­tives, il est convoqué le 15 janvier 1944 devant le conseil de révi­sion. Ayant ignoré cette convo­ca­tion, il y est conduit de force par la Feld­gen­dar­me­rie. Son frère aîné, Pierre, se trouve déjà sur le front russe. Déclaré apte, Raymond Dittlo part en train, le 8 février 1944, pour Bordeaux afin d’être incor­poré au camp de Souge. Il se souvient parfai­te­ment de ces soldats hindous (Légion indienne Azad Hind) qui le gardaient. Après quelques jours d’at­tente dans les baraque­ments, toujours en tenue civile, il embarque dans un camion bâché, avec une quin­zaine d’autres recrues, pour une desti­na­tion incon­nue. Il arrive à Préchac, devant le château Boyreau. Il est logé dans une grande salle chez Darti­golles, boucher et hôte­lier. Après avoir reçu son paque­tage, il a ordre de rendre sa valise qui sera renvoyée à ses parents.

Envi­sa­geant déjà sa déser­tion, il prend soin, avec son cama­rade Charles Deger­man, de garder et cacher l’es­sen­tiel de ses effets civils. Seule une écharpe de laine effec­tuera le voyage retour vers l’Al­sace, dans la valise.

Dési­gné comme chauf­feur, Raymond Dittlo effec­tue ses classes. Lors d’une tran­sac­tion d’achat d’un veau, alors que son copain Charles sert d’in­ter­prète aux Alle­mands, il fait connais­sance de Madame Duron qui prend conscience de leur vie diffi­cile d’en­rô­lés de force. Elle invite secrè­te­ment les deux compères qui n’hé­si­te­ront pas, maintes fois, à faire « le mur » pour parta­ger des repas somp­tueux, à leurs yeux, en regard de l’or­di­naire du soldat alle­mand. Au cours de ces soirées, ils prennent la déci­sion de déser­ter ; ils font aussi connais­sance d’Yvonne Chevas­sier qui épou­sera Raymond Dittlo après la Libé­ra­tion.

charles_degerman_portrait.jpgPortrait de Charles Deger­man.

C’est dans la nuit du 31 mars 1944 que Raymond Dittlo et son ami Charles désertent. Accom­pa­gnés de leur passeur, Monsieur Labesque, ils sont conduits à vélo, de nuit, jusqu’à Saint-Michel-de-Calstel­nau. Cachés dans une ferme landaise, ils échappent de justesse aux Alle­mands qui mènent une opéra­tion contre les maqui­sards. Ils fuient alors à pieds, vers le sud, sans soutien ni nour­ri­ture, avec l’es­poir de passer en Espagne, puis en Afrique du Nord. Mais leur français approxi­ma­tif marqué d’un fort accent alsa­cien les péna­lise dans leur quête de ravi­taille­ment et aussi d’aide pour éviter de tomber aux mains des Alle­mands. Après une longue fuite dans les Landes et les Pyré­nées-Atlan­tiques, ils entrent en rela­tion avec des gendarmes acquis à la Résis­tance. C’est à Arsague qu’ils sont héber­gés et travaillent dans une ferme. Raymond Dittlo et son ami Charles parti­cipent à la libé­ra­tion des Landes, puis de la Gironde, au sein du 1er corps franc des Landes.

Le 27 février 1945, après la libé­ra­tion de l’Al­sace, Raymond Dittlo retourne chez ses parents. Il y retrouve son jeune frère, Bernard, puis Pierre, qui rentre en mai 1945. Amputé de ses orteils gelés, il a échappé à la capti­vité de l’Ar­mée Rouge. Raymond Dittlo veut conti­nuer la lutte, mais ne peut s’en­ga­ger dans la 1ère Armée française, car il n’a pas l’âge requis.

La guerre termi­née, Raymond Dittlo s’en­gage dans l’Ar­mée de l’air et rejoint la base aérienne de Mont-de-Marsan. Il revient à Préchac où il revoit Yvonne Chevas­sier et l’épouse. Son beau-père lui propose de travailler avec lui dans le garage fami­lial. Plus tard, il reprend la suite de l’af­faire et se fixe défi­ni­ti­ve­ment à Préchac, avec son épouse deve­nue insti­tu­trice. Ils y habitent encore.
Tous les ans, dans les derniers jours du mois de mars, il écoute avec émotion le chant du coucou lui rappe­lant le début de l’aven­ture du « Malgré Nous » qui a pu échap­per au sinistre destin de la 2ème Panzer­di­vi­sion SS Das Reich.

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