Le massacre de la vallée de la Saulx, un crime de guerre nazi méconnu

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C’est proba­ble­ment le plus méconnu des grands massacres de civils commis en France par les nazis: 70 ans après, les derniers resca­pés de la tuerie de la vallée de la Saulx (Meuse) y pensent encore « tous les jours ».

Ici ni mémo­rial ni musée, mais des monu­ments épars, plaques commé­mo­ra­tives et noms de rues rendant le 29 août 1944 omni­pré­sent dans ces villages recons­truits dans les années 1950, bordés par la Saulx, une petite rivière sinueuse, des champs de céréales et d’épaisses forêts.

« Aujourd’­hui encore, l’odeur du feu me rappelle à chaque fois le village en train de brûler », confie François Rebou­let. Agé à l’époque de 19 ans, il s’était échappé depuis son jardin en rampant dans un fossé, traqué par un side-car alle­mand péta­ra­dant à quelques mètres au-dessus de lui.

Georges Maran­del, 91 ans, évoque ses « sueurs froides » quand des soldats alle­mands ont inspecté l’abri où il se cachait avec des femmes de sa famille, sans le trou­ver.

Et Lucette Purson, 84 ans, se souvient de la dernière fois où elle a vu son père et son frère de 16 ans, quand les Alle­mands sont venus les cher­cher alors qu’ils venaient de se mettre à table.

Furieux en raison de sabo­tages ferro­viaires à répé­ti­tion les jours précé­dents et d’un accro­chage avec des résis­tants le matin même, les Alle­mands décident ce jour-là de terribles repré­sailles: quatre villages de la vallée sont cernés, les hommes arrê­tés, regrou­pés à la sortie des villages puis abat­tus à la mitrailleuse. Partout, la plupart des habi­ta­tions sont incen­diées.

On dénom­brera 86 tués répar­tis sur cinq villages meusiens, surtout à Robert-Espagne et Couvonges. A Beurey-sur-Saulx, des Malgré-Nous – des Alsa­ciens-Mosel­lans enrô­lés de force dans la Wehr­macht – ont prévenu les habi­tants et permis à la plupart de fuir à temps dans les envi­rons. A Mogné­ville, un notaire est notam­ment parvenu à persua­der les Alle­mands de ne pas exécu­ter leurs otages.

Les mêmes soldats sèment la mort dans plusieurs villages de la Marne voisine puis en Meurthe-et-Moselle, portant le bilan de leurs exac­tions à envi­ron 120 tués, selon l’his­to­rien Jean-Pierre Harbu­lot, auteur d’une étude sur le massacre de la vallée de la Saulx.

Ce n’était pas des SS

Comme les exécu­tions sommaires de civils à Maillé (Indre-et-Loire), Tulle (Corrèze) et Ascq (Nord), la vallée de la Saulx fait partie de ces « drama­tiques seconds » souvent occul­tés par la mémoire natio­nale, qui s’est concen­trée sur le symbole d’Ora­dour-sur-Glane (Haute-Vienne) et ses 642 morts.

D’ailleurs, « Oradour a marqué à tel point les mémoires » que pendant des décen­nies, les habi­tants de la vallée ont cru qu’ils devaient eux aussi leur malheur à des SS, selon l’his­to­rien. Une version qui sera long­temps reprise par la mémoire offi­cielle, en dépit de preuves contraires.

« Dans la menta­lité d’alors, un crime SS était le pire qui soit, plus fort qu’un crime de soldats ordi­naires », explique M. Harbu­lot.

En 1952, le tribu­nal mili­taire de Metz condam­nera – par contu­mace – huit mili­taires alle­mands pour ce massacre: quatre à la peine capi­tale, les quatre autres aux travaux forcés. Mais les peines ne seront jamais exécu­tées, aucun d’entre eux n’ayant été retrouvé.

Le juge­ment n’a eu aucun écho dans la vallée de la Saulx à l’époque, d’après les recherches de M. Harbu­lot : « Personne ici ne pouvait ni ne voulait refer­mer ce malheur ».

Aujourd’­hui encore, les resca­pés, leurs enfants et ceux des victimes viennent assis­ter aux commé­mo­ra­tions offi­cielles chaque 29 août.

« Plus le temps passe, plus j’ai l’im­pres­sion qu’il y a de ferveur » autour de ces commé­mo­ra­tions, estime le maire de Couvonges, Daniel Poir­son.

A l’évo­ca­tion du massacre qu’ils n’ont pour­tant pas connu, deux enfants de survi­vants, aujourd’­hui sexa­gé­naires, se taisent et fondent en larmes.

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