Les Italiens dans les camps du NKVD

Commentaire (0) Les incorporés de force

 

« Les Italiens dans les camps du NKVD » est un article écrit par Andreï Vassi­liev et a paru dans le jour­nal « Derrière les barreaux » d’août 2010. Il est ici adapté en français par Richard Klein.

Inva­sion de l’URSS par des troupes étran­gères

Il y a une réelle oppor­tu­nité d’étu­dier le sort des troupes alliées de Hitler dans la guerre contre l’URSS. Après tout, tout le monde ne sait pas que, aux côtés de la Wehr­macht combat­tirent près de 1,8 millions de personnes origi­naires de diffé­rents pays euro­péens. D’abord, il y eu l’en­voi des mili­taires des pays « alliés offi­ciels » de l’Al­le­magne nazie : Italie, Rouma­nie, Hongrie, Slovaquie, Finlande et Espagne. Puis de nombreux volon­taires étran­gers en prove­nance du Dane­mark, Hollande, Norvège, Croa­tie, Belgique, ainsi que des répu­bliques sovié­tiques : l’Es­to­nie et la Letto­nie. Ils combat­tirent prin­ci­pa­le­ment dans la Waffen-SS. Dans la Wehr­macht servirent de nombreux Tchèques, Polo­nais, Français, Autri­chiens.

Ici, l’en­fer

L’aug­men­ta­tion de l’aide mili­taire à Hitler fut le fait de son ami et « complice », le Duce italien, Benito Musso­lini. Malgré le fait que l’Ita­lie combat­tait en Afrique du Nord et dans les Balkans, Musso­lini envoya face à l’ar­mée russe envi­ron 220 000 hommes, bien armés et prépa­rés. Ces unités italiennes furent prin­ci­pa­le­ment envoyées dans le sud de l’Ukraine et dans le Caucase du Nord.

En automne 1942, deux armées italiennes se trou­vaient dans la région de Stalin­grad, couvrant les flancs de l’avance alle­mande. Dans les steppes de la Volga se joua la plus grande tragé­die de l’his­toire mili­taire italienne. Après une contre-offen­sive à Stalin­grad, l’Ar­mée Rouge avait repris l’of­fen­sive au cours de laquelle elle encer­cla et mit complè­te­ment en déroute l’ar­mée italienne. Seules les troupes de Montagne, habi­tuées à la neige et au gel, furent en mesure de briser l’en­cer­cle­ment en janvier 1943. Selon les statis­tiques offi­cielles, dans les steppes entre le Volga et le Don, 45 000 soldats italiens furent tués et 70 000 furent captu­rés. Pour eux, le cycle infer­nal commença.

Affai­blis et affa­més, des milliers d’Ita­liens moururent. En raison du manque de trans­port, les prison­niers durent marcher des centaines de kilo­mètres sur des routes ennei­gées par très grand froid. Dans le même temps, à cause de négli­gences de leurs propres diri­geants, 90% des Italiens portaient des uniformes d’été ! Lorsque les prison­niers attei­gnirent la voie ferrée, ils furent entas­sés dans les wagons comme dans des boites à sardines. Le voyage dura pendant des semaines avec des arrêts inter­mi­nables, presque sans nour­ri­ture et sans eau. Quand le train arriva au camp de dépis­tage, il fut temps d’ou­vrir les wagons dans lesquels ne restaient que les survi­vants.

Le NKVD n’était mani­fes­te­ment pas prêt à gérer un tel nombre de prison­niers de guerre et leur trans­port pendant l’hi­ver rigou­reux ; il était égale­ment démuni pour la nour­ri­ture et les soins médi­caux.

Mais les prison­niers étant Italiens, les soldats sovié­tiques les trai­tèrent plus favo­ra­ble­ment que les Alle­mands. Mais l’Union sovié­tique, à cette époque, avait de grandes diffi­cul­tés dans les four­ni­tures de l’ar­mée, pour nour­rir la popu­la­tion civile, dans l’ap­port de médi­ca­ments, de carbu­rant et de vête­ments chauds ; le trans­port ferro­viaire étant à la limite de sa capa­cité.

Il y avait une pénu­rie de maté­riel roulant même pour les besoins de l’Ar­mée Rouge. Tout cela a objec­ti­ve­ment aggravé la situa­tion des prison­niers de guerre italiens. Cepen­dant, les mêmes condi­tions diffi­ciles n’étaient pas seule­ment réser­vées aux Italiens, mais aussi pour les prison­niers roumains et les Hongrois. Mais ces derniers suppor­tèrent mieux le climat rigou­reux de Russie.

Cas de canni­ba­lisme au camp n°188

Les prison­niers italiens furent diri­gés dans l’un des plus grands camps du NKVD , le № 188. Il était situé dans une gare non loin du Parle­ment de Tambov, à 480 kilo­mètres au sud de Moscou.

En six mois, à comp­ter de décembre 1942, y arri­vèrent de 24 000 prison­niers. Cepen­dant, le camp n’était pas adapté pour rece­voir un si grand nombre de personnes. Initia­le­ment, même les gardes dormaient dans des tentes et les prison­niers de guerre dans des grands abris conçus pour 80 personnes.

La morta­lité des prison­niers a été épou­van­table. Les histoires des Italiens qui ont survécu donnent des fris­sons. Le camp fut envahi par la boue, la dysen­te­rie et le typhus endé­mique. Les poux harce­lèrent et il était impos­sible de se débar­ras­ser. Il y avait une pénu­rie des besoins de base – de carbu­rant, des médi­ca­ments, du savon, de couver­tures, de vête­ments chauds. Ce qui produi­sit régu­liè­re­ment des bagarres pour un morceau de pain.

La sauva­ge­rie de certains prison­niers de guerre en arriva à un degré extrême. Le capi­taine Guido Muzi­telli, qui passa l’hi­ver 1942–1943 dans le camp № 188, rappela qu’il y eu des cas de canni­ba­lisme : « Nous avons mangé les morts, et – il m’a dit dans une inter­view – Le sang des morts était encore chaud ». Un jour, un cama­rade apporta un cœur humain dans un sac. Dans un dernier effort, je le frap­pais et il m’a dit : « Capi­taine, essayez-le, il est très savou­reux ».

De tels inci­dents alar­mèrent les gardes, et plusieurs des mangeurs d’hommes qui se prépa­raient à faire de leurs cama­rades de la pizza furent exécu­tés. Au prin­temps 1943, le camp № 188 fut agran­dit et les condi­tions s’y amélio­rèrent. Des cabanes en rondin furent construites, une cantine, un club ou même une chapelle catho­lique. Dans le camp, il y avait des prêtres catho­liques (aumô­niers mili­taires captu­rés) qui firent régu­liè­re­ment les messes de Pâques et de Noël.

 Site inter­net où se trouve cet article : http://tyurma.com/plen­naya-evropa

Ce témoi­gnage est à rappro­cher de celui d’Au­guste G., détenu au camp d’Ischwi, paru dans le livre de Laurent Klein­hentz, Dans les griffes de l’oURSS, paru en 2007 aux Editions Serpe­noise :

« Un autre jour, en passant devant la fosse aux morts, j’ai vu un maccha­bée auquel on avait ouvert le côté droit pour en sortir le foie qui avait été mangé, ce qui prouve que le canni­ba­lisme a bel et bien existé. Dans les baraques, la famine provoquait la mort des occu­pants plus âgés, quelques-uns venant grat­ter et manger les détri­tus sur les tas d’im­mon­dices. »

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