Malgré-nous : « Un sujet mémo­riel de portée natio­nale » – Texte et photo de Philippe Wend­ling

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Le Souve­nir Français a choisi la commé­mo­ra­tion du 8-Mai à Quat­zen­heim pour annon­cer le lance­ment prochain d’une sous­crip­tion visant à finan­cer des projets autour de l’in­cor­po­ra­tion de force.

Au pied du monu­ment aux morts de Quat­zen­heim, ce vendredi 8 mai en milieu de mati­née, l’am­biance est au recueille­ment. Plusieurs dizaines de personnes sont massées pour commé­mo­rer le 81e anni­ver­saire de la fin de la Seconde Guerre mondiale. La commune n’a pas été épar­gnée durant le conflit. En raison de leur judéité, vingt-sept de ses habi­tants ont perdu la vie après avoir été dépor­tés. Vingt-et-un autres ont été incor­po­rés de force dans l’ar­mée alle­mande, rappelle Jacky Wagner, son maire, en insis­tant plus large­ment sur « l’im­por­tance de faire connaître et recon­naître l’his­toire » des 130 000 Malgré-nous alsa­ciens et mosel­lans. Et par là même celle des quelque 15 000 Malgré-elles obli­gées d’in­té­grer des orga­ni­sa­tions de travail nazies.

 

Une trop récente recon­nais­sance

Portés dispa­rus, morts au combat ou en déten­tion, quelque 40 000 Malgré-nous ne sont jamais rentrés chez eux. Si leur sort est « une tragé­die régio­nale, leur histoire fait partie de l’his­toire natio­nale », insiste Made­leine Perez du comité du Souve­nir Français de Truch­ter­sheim. « Leur histoire a néan­moins souvent été oubliée dans les manuels scolaires », glisse Justin Vogel, le maire de Truch­ter­sheim. Les choses commencent heureu­se­ment à chan­ger. « Leur recon­nais­sance a fait un grand pas », souligne même Fabrice Janouën, le délé­gué géné­ral du Souve­nir Français du Bas-Rhin, en se réfé­rant à deux récents temps forts. Lors des 80 ans de la Libé­ra­tion de Stras­bourg, le 23 novembre 2024, le président de la Répu­blique, Emma­nuel Macron, a affirmé que « la tragé­die des Malgré-nous doit être nommée, recon­nue et ensei­gnée car elle est celle de la Nation ». Le 11 novembre dernier, le Chef de l’Etat a encore dévoilé, aux Inva­lides à Paris, une plaque « en mémoire des Alsa­ciens et Mosel­lans tombés au cours de la Seconde Guerre mondiale et des incor­po­rés de force ».

Monu­ments aux morts et thèses

Dans le prolon­ge­ment de ces recon­nais­sances, le Souve­nir Français veut désor­mais « faire de l’in­cor­po­ra­tion de force un sujet mémo­riel de portée natio­nale  », comme Fabrice Janouën a choisi d’an­non­cer depuis Quat­zen­heim. Pour ce faire, l’as­so­cia­tion va « lancer une sous­crip­tion natio­nale dans les prochains mois » (comprendre avant la fin de l’an­née). L’argent collecté servira à trois types d’ac­tions distinctes mais complé­men­taires. Primo, il sera utilisé pour accom­pa­gner les communes dési­rant graver les noms de leurs Malgré-nous sur leur monu­ment aux morts. Secundo, les dons perçus permet­tront de finan­cer des actions cultu­relles, à l’ins­tar de voyages scolaires dans des cime­tières – en France ou à l’étran­ger – où reposent les dépouilles d’in­cor­po­rés de force. Tertio, cette sous­crip­tion vien­dra « aider à la recherche acadé­mique », s’en­thou­siasme Fabrice Janouën qui vise notam­ment des travaux de thèse. Une commis­sion compo­sée exclu­si­ve­ment d’Al­sa­ciens et de Mosel­lans va être mise en place pour pilo­ter cette sous­crip­tion et déter­mi­ner les projets qui seront soute­nus.

Philippe Wend­ling

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