Le Souvenir Français a choisi la commémoration du 8-Mai à Quatzenheim pour annoncer le lancement prochain d’une souscription visant à financer des projets autour de l’incorporation de force.
Au pied du monument aux morts de Quatzenheim, ce vendredi 8 mai en milieu de matinée, l’ambiance est au recueillement. Plusieurs dizaines de personnes sont massées pour commémorer le 81e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale. La commune n’a pas été épargnée durant le conflit. En raison de leur judéité, vingt-sept de ses habitants ont perdu la vie après avoir été déportés. Vingt-et-un autres ont été incorporés de force dans l’armée allemande, rappelle Jacky Wagner, son maire, en insistant plus largement sur « l’importance de faire connaître et reconnaître l’histoire » des 130 000 Malgré-nous alsaciens et mosellans. Et par là même celle des quelque 15 000 Malgré-elles obligées d’intégrer des organisations de travail nazies.
Une trop récente reconnaissance
Portés disparus, morts au combat ou en détention, quelque 40 000 Malgré-nous ne sont jamais rentrés chez eux. Si leur sort est « une tragédie régionale, leur histoire fait partie de l’histoire nationale », insiste Madeleine Perez du comité du Souvenir Français de Truchtersheim. « Leur histoire a néanmoins souvent été oubliée dans les manuels scolaires », glisse Justin Vogel, le maire de Truchtersheim. Les choses commencent heureusement à changer. « Leur reconnaissance a fait un grand pas », souligne même Fabrice Janouën, le délégué général du Souvenir Français du Bas-Rhin, en se référant à deux récents temps forts. Lors des 80 ans de la Libération de Strasbourg, le 23 novembre 2024, le président de la République, Emmanuel Macron, a affirmé que « la tragédie des Malgré-nous doit être nommée, reconnue et enseignée car elle est celle de la Nation ». Le 11 novembre dernier, le Chef de l’Etat a encore dévoilé, aux Invalides à Paris, une plaque « en mémoire des Alsaciens et Mosellans tombés au cours de la Seconde Guerre mondiale et des incorporés de force ».
Monuments aux morts et thèsesDans le prolongement de ces reconnaissances, le Souvenir Français veut désormais « faire de l’incorporation de force un sujet mémoriel de portée nationale », comme Fabrice Janouën a choisi d’annoncer depuis Quatzenheim. Pour ce faire, l’association va « lancer une souscription nationale dans les prochains mois » (comprendre avant la fin de l’année). L’argent collecté servira à trois types d’actions distinctes mais complémentaires. Primo, il sera utilisé pour accompagner les communes désirant graver les noms de leurs Malgré-nous sur leur monument aux morts. Secundo, les dons perçus permettront de financer des actions culturelles, à l’instar de voyages scolaires dans des cimetières – en France ou à l’étranger – où reposent les dépouilles d’incorporés de force. Tertio, cette souscription viendra « aider à la recherche académique », s’enthousiasme Fabrice Janouën qui vise notamment des travaux de thèse. Une commission composée exclusivement d’Alsaciens et de Mosellans va être mise en place pour piloter cette souscription et déterminer les projets qui seront soutenus.
Philippe Wendling

