Paulin DERELLE

Commentaire (0) Liste des avis de recherche

 

paulin_derelle_portrait.jpg Je fais des recherches sur mon oncle, Paulin Derelle, prison­nier français en Tché­co­slo­vaquie à Eger. Il a été tué lors du bombar­de­ment de l’usine d’avia­tion où il travaillait le 25 mars 1945.

Il logeait dans des bâti­ments appe­lés « RAD ».

D’après son copain de cette époque, Jean Forcet, il aurait rencon­tré sur place une jeune fille avec qui il aurait eu un enfant . Mais nous n’avons pas de nom, ni de prénom. Ce pour­rait être une jeune fille du RAD ou KHD.

Il semble­rait que la secré­taire du camp était alsa­cienne. Elle pour­rait avoir des infos précieuses.

Je joins un récit plus détaillé, une photo de Paulin (marqué d’une croix), de son ami Forcet avec sa copine (qui est la jeune femme qui a pris la photo et dont voit le sac à main posé dans l’herbe?) ainsi qu’une photo prise dans l’usine d’avia­tion d’Eger où l’on voit des hommes et des femmes travaillant ensemble sur un He 177.

Des « Malgré-Elles » qui auraient travaillé à Eger pour­raient peut-être se souve­nir de quelque chose concer­nant mon grand-oncle ?

Merci d’avance de toute l’aide qui pourra m’être appor­tée.

Bernard Derelle

 meta­ber­nard@­free.fr

forcet_et_paulin.jpgusine_avions_eger.jpg

La capti­vité de Paulin Derelle

Paulin Derelle dépen­dait du STALAG XIII B de Weiden au nord ouest de Nurem­berg, à une ving­taine de kilo­mètres de la Tché­co­slo­vaquie actuelle dans les Sudètes annexées par Hitler dès octobre 1938.
Après un bref séjour au camp central, les prison­niers français sont diri­gés vers divers Komman­dos. Paulin arrivé au Stalag le 17 septembre 1940, est d’abord envoyé dans une ferme à Kron­dorf.
Cette ferme est tenue par la famille Hermann Fritsch. Un autre prison­nier y travaille, mais c’est un polo­nais. Paulin retourne au stalag.

Après quelques mois au stalag à Weiden, Paulin s’aperçoit qu’il ne sera pas relevé. Il accepte la trans­for­ma­tion de prison­nier à civil. Il est affecté à Eger.
Il arrive à Eger, 30 rue Grabens­trasse dans une entre­prise: Fischer-fabrik. Avant la guerre, c’était une entre­prise de fabri­ca­tion de maté­riel agri­cole. En 1942 elle a été recon­ver­tie pour produire des muni­tions. Andreas Bach­mann, bien que serru­rier de forma­tion en est le gardien. Il habite avec sa famille, dont une jeune fille dans le bâti­ment des bureaux. Une quaran­taine de prison­niers français est employée dans cette usine, dont quelques offi­ciers forts cour­tois. Les prison­niers habitent dans des bâti­ments à proxi­mité, ils sont libres de leurs mouve­ments. En 1943, lorsque l’usine d’avia­tion ( la Flug ) est termi­née à proxi­mité, quelque uns se portèrent volon­taires pour y travailler.
Paulin s’est donc porté volon­taire, c’est là qu’il a rencon­tré Jean Forcet de Château­roux, STO arrivé le 14/06/43. Ils vont deve­nir les meilleurs amis et le reste­ront tout au long de cette très longue capti­vité. Ils puise­ront dans cette amitié pour tenir, loin de leurs familles, pour résis­ter aux injures, aux menaces, pour travailler dans la crainte des repré­sailles et de la Gestapo.
Paulin ne pense pas qu’il travaille direc­te­ment à l’ef­fort de guerre alle­mand, mais a-t-il vrai­ment le choix? Son frère Maurice lui a écrit plusieurs fois pour le mettre en garde contre les risques de bombar­de­ment.

Les bombar­de­ments

A partir de février 1945, les avions améri­cains commencent à bombar­der, visant les usines d’avia­tion, faisant des centaines de victimes. Le bombar­de­ment du 14 février 1945 a causé peu de dégâts à l’usine car un seul avion a lâché des bombes.
Le matin du 25 mars 1945, dimanche des Rameaux, Jean Forcet propose à Paulin d’al­ler avec lui par ce temps magni­fique, récol­ter des pissen­lits. Paulin se sent fati­gué, il préfère rester tranquille­ment à proxi­mité du camp; Jean part seul.

A midi, six groupes de bombar­diers améri­cains lancent une attaque sur Eger, afin de détruire à nouveau l’usine Hein­kel. Une partie de la ville est atteinte et l’usine est entiè­re­ment détruite, une partie du camp l’est égale­ment par des bombes grenades. Du fait du temps magni­fique, la majo­rité des prison­niers est en pleine nature à proxi­mité des pistes ou sur le chemin des abris situés à quelques centaines de mètres du camp. Sur 420 hommes, 73 sont tués, auxquels il faut ajou­ter un nombre impor­tant de bles­sés. Paulin est malheu­reu­se­ment du nombre des tués, un éclat de bombe l’ayant touché en pleine poitrine. Son ami Jean Forcet est sain et sauf.
Le père Joseph Garnier, qui disait la messe à Altkins­berg est arrivé à grandes enjam­bées (il avait l’ha­bi­tude de faire 40 Km à pied le dimanche pour dire les messes dans la région de Eger appe­lée Kontrol-Bezirk), il part en direc­tion des pistes, jonchées de corps des bles­sés et des mourants pour appor­ter commu­nion ou abso­lu­tion et fermer les yeux des décé­dés. Des bombes à retar­de­ment sont encore sur le sol. Ernest Prud­homme (prison­nier trans­formé, posses­seur des listes des travailleurs du camp Ober­schön 1), malgré une bles­sure aux jambes, va orga­ni­ser les secours, faire hospi­ta­li­ser les bles­sés et obte­nir une sépul­ture décente au cime­tière de la ville. (Témoi­gnage des anciens prison­niers non trans­for­més)

Les survi­vants vont enter­rer leurs amis, leurs cama­rades dans une grande tombe commune de 50 m de long située dans la section 18 au sud du cime­tière. Les corps sont dépo­sés sur un lit de bran­chages de sapin. Tous ont une plaque d’iden­tité et leur posi­tion dans la tombe a été notée par Marc Allaire de Roude­laix 23700 Auzances, qui a établi le plan de la sépul­ture. Il travaillait à l’ate­lier de pein­ture (au pisto­let) de la Flug.

Le mercredi 28 mars, une céré­mo­nie a lieu au cime­tière, Le père Joseph Garnier et les survi­vants prononcent les homé­lies et chantent  » ce n’est qu’un au revoir mes fières ». Le dimanche après Pâques, le 8 avril puis le 10, d’autres bombar­de­ments détrui­ront tota­le­ment la gare et le noeud ferro­viaire.

C’est Jean Forcet qui annon­cera le décès de Paulin à Maurice Derelle, mon père, lors de son retour en France. Il lui parlera égale­ment de cet enfant né de cette rencontre avec une jeune femme sur place.
Nous appren­drons plus tard que la secré­taire du camp était alsa­cienne. Elle devrait avoir des infor­ma­tions inté­res­santes pour notre recherche.

Partages 0

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *