BURG Charles

Commentaire (0) Le Livre du Souvenir

 

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Charles BURG est né le 27 décembre 1922 à Winger­sheim. Il a trois frères et une sœur. Il travaille comme ouvrier agri­cole, dans son village. Les évène­ments inter­na­tio­naux vont entraî­ner un jeune homme, alors âgé de 19 ans, dans leur tour­mente et c’est ainsi que Charles Burg se retrouve arrêté par la police alle­mande le 1er septembre 1941 à Winger­sheim pour avoir, avec plusieurs autres jeunes du village, chanté la Marseillaise. Il est alors incar­céré par les services de la sécu­rité mili­taire alle­mande à la prison de Stras­bourg avant d’être dirigé, quelques jours plus tard, vers le camp de Schir­meck. De là, il va, avec les autres jeunes gens arrê­tés en même temps que lui, être dirigé sur l’Al­le­magne pour être incor­poré de force, d’abord dans un service du travail du Reich (RAD), puis dans une unité combat­tante qui va l’en­traî­ner dans l’en­fer de la guerre de Russie. Capturé lors d’une offen­sive sovié­tique, il va être encore une fois incar­céré, mais cette fois-ci par les Russes, dans le tris­te­ment célèbre camp de Tambov. Oublié, comme tant de ses cama­rades alsa­ciens, dans ce camp par les auto­ri­tés françaises pour­tant au courant de ce qui s’y passait, il va rester détenu jusqu’en 1948. Il a la chance d’en reve­nir, privé de 7 années d’une vie de jeune homme, privé de ces années de jeunesse par la folie d’autres hommes avides de pouvoir et d’argent. Reve­nir, oui, mais on ne revient pas faci­le­ment de l’en­fer et toute sa vie sera marquée doré­na­vant par ce qu’il a vécu et souf­fert, dans sa chair, dans son exis­tence. Il en restera ainsi marqué à tout jamais. Il va cepen­dant connaître le bonheur de fonder un foyer, avec sa chère Marie qu ‘il épou­sera le 12 novembre 1955. De ce mariage seront issus quatre enfants, Geor­gette, Irène, Jean Michel et Marie Louise qui tous lui feront encore connaître l’im­mense joie d’être un grand-père heureux. Il va travailler comme ouvrier spécia­lisé aux Ateliers Réunis de Bisch­heim jusqu’à un acci­dent de travail qui mettra bruta­le­ment fin à cette carrière. Le passé le rattrape alors dans sa chair et, lente­ment, inexo­ra­ble­ment, toutes ses souf­frances de cette période de guerre se rappel­le­ront à lui jusqu’à l’in­va­li­dité abso­lue. La recon­nais­sance de cette qualité de déporté poli­tique, d’in­va­lide de guerre, d’an­cien de Tambov, ne sera obtenu de la part des auto­ri­tés qu’a­près des années de démarches et de lutte admi­nis­tra­tive auprès d’une admi­nis­tra­tion étatique semblant toujours repro­cher à ces Alsa­ciens leur origine et leur incor­po­ra­tion dans les forces d’oc­cu­pa­tion. La santé de Char les BURG va lente­ment décli­ner tout au long de ces années et la mort va le déli­vrer de ses souf­frances ce lundi matin du 10 septembre 2001, après une pénible mala­die et un séjour au soins inten­sifs de l’Hô­pi­tal de Stras­bourg. Il restera dans le cœur de tous ceux qui l’ont connu, parents et amis, comme un homme qui a su affron­ter la vie en n’ayant toujours qu’une pensée, de faire de ses enfants des femmes et des hommes respon­sables et fiers du passé de leur père.

A CHARLES (mon père). Tu as choisi de partir un matin sans adieu, sans un signe de la main, tu as choisi de partir ainsi, douce­ment, sans faire de bruit tu es parti, lais­sant ici tes enfants, tu es parti, retrou­ver tes parents. Quelle vie fut la tienne pour­tant Une jeunesse ballot­tée par les vents de la guerre, la folie meur­trière qui si jeune t’éloi­gna de ta mère de l’Al­sace, de ton petit village pour un conflit qu’on croyait d’un autre âge. En Russie, pour­tant un si beau Pays tu as vu un jour bascu­ler ta vie et l’hor­reur vécue au quoti­dien par la faute de ces poli­ti­ciens a marquée ta mémoire à jamais en voyant tant d’amis qui tombaient. Tu devais alors penser parfois  » est-ce possible tout ce que je vois ? Où sont-ils ceux qu’on appelle les hommes ? Je ne vois autour de moi que des fauves, des bêtes de proie où donc Dieu a-t-il caché les Hommes? Oh ma mère, comme tu es loin de moi Je suis seul, comme une bête aux abois Pour ma vie je ne crains pas vrai­ment et de Dieu puis attendre le juge­ment car ici je viens de déci­der que des hommes point ne tuerais. Ils sont enne­mis , mais ce sont mes frères les voyant, je pense à toi ma mère Je ne veux point priver la leur d’un enfant qui est leur seul bonheur. Mon fusil leur cœur ne visera point et ma vie mon Dieu remet entre tes mains. Cette prière exau­cée, Dieu m’a entendu Puisque de l’en­fer je suis alors revenu Meur­tri dans ma chair, et aussi dans mon cœur ma seule ambi­tion, connaître enfin le bonheur être un père et montrer le chemin de la vie pour mes enfants être un phare dans la nuit. Ils sont venus tous quatre, je les vois ici qui entourent ma chère femme Marie Je voudrais leur dire ne crai­gnez point Car cette mort n’est pas pour moi une fin Je suis parti vers la vie éter­nelle il faut vite en répandre la nouvelle. » Mon cher Père je crois que j’ai rêvé qu’un court instant ta voix j’en­ten­dais est ce toi que nous venons d’en­tendre dans nos cœur par le deuil rendus si tendres ou le vent qui mur mure tout là haut à tel point qu’on croit entendre des mots? Je crois bien que tu n’es pas loin et qu’a­vant d’en­tre­prendre ton chemin vers ce Dieu qui un jour t’a entendu nous revoir tu as encore voulu ici même ne te disons point adieu mais au revoir, à bien­tôt dans les cieux.

Irène BURG

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