L’in­cor­po­ra­tion de force, un crime contre l’hu­ma­nité ?

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En réunis­sant jeudi 27 octobre ses membres à Hand­schu­heim, l’as­so­cia­tion des Orphe­lins de Pères Malgré Nous d’Al­sace Moselle (OPMNAM) a fran­chi une étape supplé­men­taire dans son combat contre la mécon­nais­sance de l’in­cor­po­ra­tion de force. L’OPMNAM, avec son président Gérard Michel,son secré­taire Roland Schmit­thaeus­ler et son tréso­rier Jean Hueber ont décidé le prochain envoi d’une « motion de protes­ta­tion » conjointe à l’ac­tion en justice enga­gée par Mme Renée Baudot qui veut faire recon­naître l’in­cor­po­ra­tion de force comme « crime contre l’hu­ma­nité ».

Saluée par l’as­sem­blée et notam­ment Alphonse Troest­ler, ancien délé­gué à la mémoire régio­nale et l’his­to­rien haut-rhinois André Hugel, Mme Baudot est venue de Nancy pour expliquer sa démarche à l’OPMNAM. Enga­gée depuis quelques années dans ce combat pour lequel elle s’ap­puie sur un avocat alle­mand, elle a fait état d’une lettre des auto­ri­tés de l’Al­le­magne reçue en mai. Or cette missive évacue tota­le­ment la problé­ma­tique de l’in­cor­po­ra­tion de force. En tant que nièce d’Ar­mand Gangloff, né en 1914 à Sarre­gue­mines et soldat dans l’ar­mée française au début de la Deuxième guerre mondiale, cette dyna­mique retrai­tée porte la souf­france fami­liale liée au décès de ce céli­ba­taire, incor­poré de force en 1943 dans l’ar­mée alle­mande et mort au front en Biélo­rus­sie le 30 juin 1944. Jean-Laurent Vonau, ancien univer­si­taire de la faculté de droit de Stras­bourg, la rejoint dans son analyse: « Sur la forme, cette lettre a un langage admi­nis­tra­tif mais sur le fond, c’est un vrai scan­dale! Honnê­te­ment je me demande si les Alle­mands ne sont pas en train de se moquer de nous… » Et l’an­cien élu du Bas-Rhin énumère ses argu­ments, parta­gés par l’his­to­rien haut-rhinois André Hugel: oui l’in­cor­po­ra­tion de force doit être consi­dé­rée comme un « crime contre l’hu­ma­nité ». En effet il ne s’agit pas d’un « crime de guerre », violent et subit, mais bien d’un phéno­mène plani­fié à l’échelle euro­péenne (Pologne, cantons de Belgique etc.) sur la durée de 1942 à 1945, repo­sant sur une discri­mi­na­tion raciste entre diffé­rentes caté­go­ries de citoyens alle­mands de souche « Reichs­deutche » et non-Alle­mands ( « Volks­deutsche » et « Beute­deutsche »), en l’oc­cur­rence, pour les Malgré-nous, de 130 000 citoyens français dans les trois dépar­te­ments de l’Est.

Plus de 70 ans après la Libé­ra­tion, la douleur des familles est donc ravi­vée par la révé­la­tion de la posi­tion juri­dique alle­mande sur cet enrô­le­ment sous contrainte de citoyens non-alle­mands. Mais il n’est pas ques­tion d’in­dem­ni­sa­tion finan­cière. La démarche enga­gée pour la recon­nais­sance de « crime contre l’hu­ma­nité » vise avant tout une recon­nais­sance morale.

M.G-L

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