MALGRE-NOUS, par Pierre Blaes

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Malgré – Nous

 Dix neuf cent trente six, année déli­rante,

 qui a suscité tant de joie et tant d’es­poir,

 un peuple d’hommes et de femmes te chante,

 cette vie nouvelle, tous voulaient la voir.

 Ce fut l’an­née des tout premiers congés payés,

 la décou­verte de la mer pour bien des gens,

 les deux premières semaines de liberté,

 pour beau­coup quinze jours en famille seule­ment,

 au bout de tant d’an­nées de labeur acharné,

 lueur d’es­poir dans ce monde entre-déchiré.

 Pour les Alle­mands, ce fut l’apo­théose,

 celle des fameux jeux olym­piques d’été,

 en miroir du fascisme ils sont détour­nés,

 utili­sés pour l’in­tox à forte dose,

 Hitler et sa dicta­ture se font char­meurs,

 Couvrant d’un voile pudique les atro­ci­tés,

 Celles en cours et celles déjà plani­fiées,

 Endor­mant dans les démo­cra­ties toute peur.

 Bien avant l’ar­ri­vée de Hitler au pouvoir,

 à se défendre, l’hexa­gone se prépare,

 l’es­prit défen­sif l’em­porte dès le départ,

 tous les ingré­dients sont donc réunis pour choir.

 La ligne Magi­not en est l’illus­tra­tion,

 une suite de formi­dables ouvrages,

 du béton, des fossés anti-chars à foison,

 mais qui s’ar­rêtent net, et c’est bien dommage,

 à la fron­tière de notre allié belge.

 Erreur magis­trale, on le verra plus tard,

 car commencent pour nous les plus sombres pages,

 la grande histoire ne souffre pas de retard.

 Les futurs Malgré-Nous ne se doutent de rien,

 pour l’ins­tant, ils vivent rela­ti­ve­ment bien,

 ceux nés en vingt-deux, qui les premiers parti­ront,

 font ou leur commu­nion ou leur confir­ma­tion,

 d’autres, plus âgés, terminent leurs études,

 la majo­rité, sans trop d’inquié­tude,

 les ouvriers sont déjà dans la vie active,

 la crise de vingt-neuf s’es­tompe douce­ment,

 et sur la ligne Magi­not on s’ac­tive,

 c’est une source d’em­ploi pour beau­coup de gens.

 Les Espa­gnols, eux, n’ont pas de congés payés,

 Franco, aidé de Musso­lini et Hitler,

 La démo­cra­tie essaye de renver­ser,

 Trois très longues années de feu, de sang, de fer,

 Très lourd tribut de cette guerre civile,

 champ d’es­sai gran­deur nature pour fascistes,

 premier échec des démo­cra­ties dociles,

 les dicta­teurs se montrant bien plus réalistes.

 L’An­schluss de l’Au­triche, les accords de Münich,

 l’aban­don honteux à Hitler des Sudètes,

 tout cela mettra les démo­cra­ties en friche,

 elle sera lourde à payer, cette dette.

 Nos compa­triotes accueille­rons Dala­dier et Cham­plain

 en grands sauveurs, alors que tous deux sont en train,

 une paix bien boiteuse de nous concoc­ter,

 ce n’est que recu­ler pour mieux encore sauter.

 Et un an plus tard, toute l’Eu­rope bascule,

 Hitler qui se prend pour un nouveau Hercule,

 Attaque la Pologne le premier septembre,

 Ses armées bombardent, détruisent, démembrent,

 Avec l’aide des troupes sovié­tiques;

 L’An­gle­terre et la France lui répliquent,

 La guerre est décla­rée mais nul n’avance,

 nous ne saisis­sons pas notre dernière chance.

 Les deux tyrans, ce pauvre pays se partagent.

 Las, à l’ouest c’est le calme plat, oh, rage,

 Staline ordonne même le massacre,

 des milliers d’of­fi­ciers, de sous-offi­ciers,

 sont abat­tus sans autre forme de procès,

 un diktat du père des peuples et c’en est fait.

 Après-guerre il ira jusqu’au simu­lacre,

 faisant croire lors de la décou­verte du char­nier,

 à la seule culpa­bi­lité des alle­mands,

 qui, pour cette vile­nie, sont bien inno­cents,

 eux, qui pendant la guerre avaient tant massa­crés,

 partout, en Pologne, Russie, dans les Balkans,

 ternis­sant l’image du peuple alle­mand.

 Katyn, tu restas si long­temps un mystère,

 mais la vérité est venue à la lumière,

 Hitler ou Staline, lequel des deux est le pire ?

 Bien malin celui qui saura vrai­ment le dire.

 Pour nous, ce n’est encore que la drôle de guerre,

 qui frappe pour­tant l’Al­sace Moselle dans sa chair.

 Premier septembre, les cloches sonnent à tout va,

 demain il faut partir, partir vers l’in­connu.

 Pire, deux heures pour ceux habi­tant au-delà,

 au-delà de la Ligne, no mans land tout nu.

 L’éva­cua­tion bien que très tôt prépa­rée,

 saisit d’ef­froi tous les habi­tants concer­nés.

 Les évacués quittent ce qui leur est cher,

 vers des régions au départ inhos­pi­ta­lières,

 forcés d’aban­don­ner maison, bétail, emploi,

 plusieurs jours sur les routes, souvent sans un toit.

 Une fois sur place, que dire de l’ac­cueil,

 ne parlant que le dialecte, quel écueil,

 les premières semaines furent très dures,

 mais mettez vous égale­ment à la place,

 des hôtes, par ces gens enva­his qu’ils furent.

 Mais petit à petit, rompant enfin la glace,

 tissant des liens nombreux et de plus en plus forts,

 de nombreux couples lient ensemble leur sort.

 Comme tout hiver, celui de trente-neuf est gris,

 confiance et anxiété se défient,

 la drôle de guerre règne sur le peuple,

 Soldats, ligne Magi­not forment un couple,

 qui, neuf mois plus tard, en mai et juin quarante,

 accouche d’une déroute si cinglante,

 que presque tous croient que la guerre est finie,

 que la victoire est dans le camp ennemi.

 Ligne Magi­not rimait pour­tant avec brio,

 les essais alle­mands de percée directe,

 quels que soient les endroits, sont tous de vrais échecs.

 Pour l’Etat-Major alle­mand, c’en est trop,

 il contour­nera l’édi­fice si bien pensé,

 en balayant toute notre belle armée.

 Nos moyens aériens et de cava­le­rie,

 dissé­mi­nés tout au long de la fron­tière,

 ne peuvent rien face à cette masse de fer,

 Quelques unités ont bien contre-attaqué,

 mille avions abat­tus par l’ar­mée de l’air,

 pour­tant, c’est la défaite pour notre patrie.

 Des milliers de morts et autant de bles­sés,

 des milliers de prison­niers, d’éva­cués,

 un pays ravagé, des familles disper­sées,

 une France à genoux, bles­sée et brisée,

 le glas sonne quand l’ar­mis­tice est signé.

 Rares sont ceux qui entendent cette voix ferme,

 qui, par radio, de Londres, met en germe,

 un blé qui aura beau­coup de mal à mûrir,

 et pour croître, verra tant et tant d’hommes mourir.

 Peu de gens avaient la radio en ce temps,

 des problèmes, il y en avait telle­ment,

 au point que le futur appel histo­rique,

 fut ignoré dans cette vaste panique.

 Pour tous les survi­vants et les évacués,

 un seul mot d’ordre, retour­ner dans leur foyer,

 foyer qu’ils retrou­ve­ront souvent dévasté.

 Retour au foyer vidé, il n’y a plus rien !

 Entre-temps, il y eut ce fatal mois de juin !

 Juin quarante et la terrible débâcle !

 No man’s land, pillards, soldats français, alle­mands,

 tous se sont servis, tables, vais­selle, lits, bancs,

 tout semble perdu, nul besoin d’un oracle !

 Les nazis accueillent tous les évacués

 avec musique, discours, drapeaux et oriflammes,

 tous sont invi­tés à la fête, hommes et femmes,

 les gares alsa­ciennes sont toutes déco­rées,

 aux couleurs nazies en cette folle fin d’été,

 pour le retour de tant de familles disper­sées.

 L’Al­sace et la Moselle deviennent hitlé­riennes,

 et la peur une compagne quoti­dienne.

 car les jours suivants, les nazis montrent leurs dents,

 leur vrai visage, leur poli­tique d’oc­cu­pant.

 Se dessinent deux caté­go­ries de Français,

 les malchan­ceux, vivants en zone occu­pée,

 et les chan­ceux, vivants en zone dite libre.

 Deux sortes ? que non, plusieurs types de Français !

 Les Français de Vichy, les Français occu­pés,

 ceux des colo­nies, ceux ayant rejoints Londres,

 et les oubliés, ni libres, ni occu­pés,

 ces Alsa­ciens et une partie des Lorrains,

 que la France a aban­don­nés sur le Rhin,

 pure­ment annexés par le Reich alle­mand.

 Provinces, oh combien convoi­tées, tant et tant.

 L’Al­sace-Moselle change à nouveau de statut,

 il faudra quatre ans pour retrou­ver le salut.

 Mais, seuls, sur leur île, les Anglais résistent,

 contre toute cette Europe fasciste,

 Chur­chill leur a promis des larmes et du sang,

 mais aussi la victoire en tenant leur rang.

 La bataille d’An­gle­terre en est l’illus­tra­tion,

 courage, pugna­cité et obsti­na­tion,

 l’An­gle­terre s’arc-boute derrière ces mots,

 faisant face, seule, à tous ces sombres maux,

 radars et Royal Air Force sont le bras armé,

 de ce peuple à tout jamais déter­miné,

 sans lui, l’op­pres­sion pour toujours aurait gagné,

 perdue la démo­cra­tie pour l’hu­ma­nité.

 Pour l’Eu­rope conti­nen­tale occu­pée.

 c’est la perte totale de la liberté.

 Racisme et surtout anti­sé­mi­tisme,

 c’est l’époque tragique des grands schismes.

 Ration­ne­ment, occu­pa­tion, réqui­si­tion,

 milice, marché noir, colla­bo­ra­tion,

 résis­tance, repré­sailles, arres­ta­tions,

 perqui­si­tions, otages et dépor­ta­tions,

 rafles, service du travail obli­ga­toire,

 pour la majo­rité, il n’y a plus d’es­poir.

 Juin quarante et un, Hitler, insa­tiable,

 lâche son armée sur Ivan, l’al­lié d’hier,

 l’avance rapide semble impa­rable,

 la Wehr­macht atteint Moscou début de l’hi­ver.

 Mais comme Napo­léon, l’ogre alle­mand,

 a trop sous-estimé l’im­men­sité du pays.

 C’est avec du sang que cette erreur se paye,

 trop de sang, beau­coup trop de sang de pauvres gens,

 malheu­reu­se­ment jamais le sang des tyrans.

 Décembre quarante et un, c’est Pearl Harbor,

 l’at­taque surprise nippone sur ce port.

 Blietz­krieg naval et l’ex­pan­sion japo­naise,

 l’axe est à son apogée, pauvre monde !

 Les forces du mal semblent invul­né­rables !

 Les Etats-Unis entrent dans la four­naise,

 leur puis­sance écono­mique formi­dable,

 et leur jeune armée entrent dans la ronde.

 Cepen­dant, en Russie, la Wehr­macht piétine,

 les stra­tèges alle­mands font grise mine,

 le Blietz­krieg se change en guerre de posi­tion,

 pire, Stalin­grad inverse les ambi­tions;

 et la Wehr­macht mobi­lise de plus en plus.

 elle a besoin de soldats, d’où qu’ils fussent.

 Des Wagner, il y en eut de toutes sortes,

 pour la musique, c’est Richard le génial,

 et pour l’Al­sace, hélas, Robert le bestial,

 au point que lui et sa sinistre cohorte,

 au fléau du choléra furent assi­mi­lés, 

 lui, les Kreis­lei­ter et les N.S.D.A.P.

 Robert Wagner, Gaulei­ter épou­van­table,

 eût l’ins­pi­ra­tion fatale et coupable,

 il orga­nise l’in­cor­po­ra­tion des jeunes,

 la Wehr­macht a grand besoin de cette manne,

 Mais la Moselle ne pouvait être en reste,

 dans cette ronde macabre et funeste,

 elle eût Burkel, syno­nyme de peste.

 Tous deux grands adora­teurs du nouveau satan,

 en bel hommage lui firent le don du sang,

 non du leur bien sûr, mais bien celui d’in­no­cents.

 En août quarante-deux, ils les mirent en rang,

 ceux nés en dix neuf cent vingt-deux, les tous premiers,

 subirent cette incor­po­ra­tion forcée,

 et pour qu’il n’y ait pas de jaloux, très vite,

 on mêla, jeunes et vieux à ce nouveau rite.

 Il faut dire que dans ce nouveau rituel,

 les sacri­fices humains étaient souvent mortels,

 les champs de bataille chan­gés en autant d’au­tels,

 le monde n’avait jamais rien connu de tel.

 On voit que les trois dépar­te­ments annexé,

 par le malheur et l’hor­reur furent trop comblés.

 Wehr­macht, Hitlerju­gend und Bund Deut­schermäd­chen –

 das waren leider gar keine schöne Märschen

 la dépor­ta­tion attend les récal­ci­trants,

 pour ceux qui fuient, c’est au tour d’un proche parent,

 dilemme cruel qui évite les déser­tions.

 Cent trente mille Malgré-nous chan­gés en pions,

 dissé­mi­nés dans les nombreuses divi­sions,

 Panzer, Infan­te­rie, Krieg­sma­rine, S.S., Luft­waffe, etc.

 pour la très grande majo­rité sur le front russe,

 beau­coup sont morts sous cet uniforme haï,

 et presque autant dans les camps de prison­niers,

 pensez à eux tous, qui qu’ils soient, quels qu’ils fussent;

 morts pour une cause qui leur fut impo­sée,

 leur vie fut gâchée et leurs idéaux trahis.

 Certains sont morts pour défendre la liberté,

 Et l’Al­sace française, cette belle idée,

 Dénon­cés, empri­son­nés, souvent tortu­rés

 Par certains mili­ciens, ces français dévoyés,

 Qui, sans scru­pule, les remet­taient à la Gestapo.

 Ils moururent fusillés contre un poteau,

 Parfois sous un faux nom pour proté­ger les leurs,

 Contre des repré­sailles et bien d’autres malheurs!

 D’autres, la majo­rité, sont morts dans le froid,

 le froid sibé­rien, face à l’Ar­mée Rouge,

 les Russes ne connais­sant qu’une seule loi,

 vaincre Hitler en tuant tout ce qui bouge,

 dès qu’il porte l’uni­forme nazi haï,

 but final des soldats et parti­sans unis.

 Les Malgré-Nous portent cepen­dant bel et bien,

 tous, cet uniforme vert de gris hitlé­rien.

 Les Russes ne font guère de diffé­rences,

 entre Alle­mands, Alsa­ciens ou autres.

 Les papiers dont ils disposent, qu’on y pense,

 sont tous établis en alle­mand en outre.

 Ah, pauvres Malgré-nous une fois prison­niers !

 Comment prou­ver leur iden­tité française,

 car il y avait bien un très grand malaise,

 aucun papier n’at­tes­tant cette qualité.

 Malgré-nous partis malgré eux dans ces contrées,

 à des milliers de kilo­mètres du foyer.

 Comment leur prou­ver que l’on vient de France ?

 Pour­tant, c’était bien là, leur unique chance.

 De plus, la plupart ne parlaient guère français,

 et l’Al­sace, personne ne la connais­sait.

 Ni Français, qui pour Alle­mands les prenaient,

 ni Russes, cette région, comme on pense,

 ne faisait pas partie de leurs connais­sances !

 Ils s’en fichaient bien, mettant tous les prison­niers,

 et cela quelle que soit leur natio­na­lité ;

 Alle­mands, Alsa­ciens, Lorrains, Luxem­bour­geois,

 et les autres dans les mêmes camps, quels qu’ils soient.

 A force cepen­dant, quelques regrou­pe­ments,

 un peu avec l’aide de la France libre,

 firent que les alsa­ciens, dans un campe­ment,

 à Tambov, furent regrou­pés en grand nombre,

 leurs condi­tions de vie s’amé­lio­rant un peu.

 Un contin­gent de quinze cents élus heureux,

 suite aux accords France libre et Russie,

 purent rejoindre la France combat­tante,

 beau­coup payant tribut à la mort gour­mande,

 chan­geant encore d’uni­forme, ce fut leur vie,

 FRANÇAIS – ALLEMAND – RUSSE – BRITANNIQUE – ET A NOUVEAU FRANÇAIS ET POUR CERTAINS AMERICAIN.

 Un seul convoi, un seul et unique convoi,

 les Russes ne respec­tant pas leur parole,

 les autres prison­niers alsa­ciens, on le voit,

 guet­tant la fin de cette guerre mondiale,

 restant sur place car n’ayant pas d’autre choix.

 Les déser­tions susci­tées par l’ad­ver­saire,

 étaient des actes qui se payaient très, très cher,

 et dange­reux dans tous les cas de figure :

 le pelo­ton d’exé­cu­tion devant un vieux mur,

 quand on se faisait prendre par les Alle­mands,

 La torture, le coup de grâce par Ivan,

 car une fois dans les lignes sovié­tiques,

 le plus souvent il n’y avait plus d’éthique,

 oubliés les messages doux et chaleu­reux,

 appe­lant à la déser­tion ces malheu­reux.

 Mais l’avance russe est inexo­rable,

 la défaite des nazis devient palpable,

 l’étau se resserre enfin sur l’en­nemi,

 et à l’ouest, le débarque­ment réussi

 permet aux alliés d’ou­vrir un second front,

 mais les combats seront encore très durs et longs.

 Dilemme cruel pour les Malgré-nous enrô­lés,

 obli­gés de se battre contre les alliés,

 astreints de tirer contre les libé­ra­teurs,

 sur la belle terre de France occu­pée,

 par l’en­nemi qui commence à prendre peur,

 dont, malheu­reu­se­ment, certaines unités,

 vont tuer, piller, dévas­ter et massa­crer,

 des centaines de pauvres civils désar­més.

 “ Das Reich ”, ton ombre si malé­fique plane,

 honte sur toi et aussi la malé­dic­tion !

 pour les crimes commis à Oradour sur Glane,

 paisible et inno­cent petit village,

 placé sur la route de cette divi­sion,

 dont tous les habi­tants, quel que soit leur âge,

 furent rassem­blés, exécu­tés et brûlés,

 les S.S. n’éprou­vant aucune pitié.

 Dilemme cruel pour les Malgré-nous enrô­lés,

 dans cette divi­sion, ils sont une poignée,

 jeunes de dix-huit ans, noyés dans la masse,

 obli­gés de parti­ci­per bien malgré eux,

 à cette barba­rie, à ce sinistre feu.

 Peut-on oublier, malgré le temps qui passe ?

 Etre fait prison­nier, hantise ou désir ?

 Si c’était par les Améri­cains ou Anglais,

 que dési­rer de mieux pour ces gens déchi­rés ?

 Si c’était par les Russes, il valait mieux fuir,

 mais c’était si souvent le hasard qui tran­chait !

 Morts, dispa­rus, prison­niers ou bien resca­pés,

 tous vécurent un calvaire beau­coup trop long ,

 soit en Russie soit ailleurs sur un autre front !

 Mai dix-neuf cent quarante cinq, l’ar­mis­tice !

 Le retour au pays pour une majo­rité,

 certains vécurent encore l’injus­tice,

 car tous ne furent pas de sitôt libé­rés !

 Les sovié­tiques libé­raient les prison­niers,

 au compte goutte, certains mourant sur place,

 et d’autres rete­nus encore plusieurs années.

 Détresse, soli­tude, mala­die, et mort,

 tels furent dans cet immense pays de glace,

 leurs maux et leur bien triste et tragique sort.

 Tous les malgré-nous ont tôt fait de décou­vrir,

 les resca­pés et ceux qui vont encore périr,

 le vrai visage du para­dis sovié­tique,

 écra­sant tout et sans aucune distinc­tion,

 chez l’homme, le mental aussi bien que le physique,

 les idéaux, la liberté, la compas­sion.

 Après la guerre, que sont-ils tous deve­nus ?

 Fort heureu­se­ment, beau­coup en sont reve­nus,

 Certains bles­sés, d’autres muti­lés, tous choqués,

 Marqués, hantés à tout jamais par cette vie.

 Long­temps, ils auront du mal à la racon­ter,

 Se sentant mal aimés et surtout incom­pris

 Par la France qui les avait aban­don­nés

 Après cette défaite épou­van­table,

 Et qui, une fois que la victoire eut sonné,

 Envers eux se montrait fort peu chari­table,

 Les suspec­tant le plus souvent de trahi­son,

 Leur repro­chant, à eux, rétro­ac­ti­ve­ment,

 D’avoir été, par elle, lais­sés aux alle­mands,

 Personne ne s’em­bar­ras­sant de leur opinion !

 Libé­rés au compte goutte, souvent très tard,

 Chacun a essayé de reprendre sa vie,

 Cette vie, par le destin tant boule­ver­sée,

 Comme s’il leur refu­sait leur très juste part.

 Tous ont parti­cipé à ce nouveau défi,

 S’in­té­grer dans cette nouvelle société,

 Vivre, même s’ils ne purent jamais oublier !

A la mémoire de tous les morts, fusillés, dispa­rus, tortu­rés, bles­sés, inter­nés, prison­niers, survi­vants Malgré-nous, incor­po­rés de force pour l’im­mense majo­rité d’entre eux dans l’ar­mée alle­mande à partir de 1942, dans les Waffen SS en 1943 et ce jusqu’en 1945, sans qu’on ne leur demande ni leur avis, ni leur accord.

Merci à ceux qui par leur histoire person­nelle m’ont fait connaître cette tragé­die humaine vécue par toutes les familles alsa­ciennes et mosel­lanes, igno­rée par la grande majo­rité de nos compa­triotes et que la plupart d’entre eux nous reproche sans se rensei­gner plus avant.

Pierre BLAES (06 36 93 86 50)

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