Oradour : les « malgré-nous » condam­nés à l’ou­bli

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Je vous écris d’une île grecque, Kefa­lo­nia, où les Alle­mands ont massa­cré il y a soixante ans, en septembre 1943, plus de 5.000 soldats italiens de la divi­sion « Acqui », lesquels, après la chute de Musso­lini, voulurent rendre les armes et sympa­thi­ser avec les parti­sans grecs. Sur mon iPad défilent les images poignantes de France 2 en direct de la visite « histo­rique » d’un président alle­mand et de son homo­logue français, au village martyr d’Ora­dour-sur-Glane. Ce village de Haute-Vienne fut brûlé avec 642 de ses habi­tants en juin 1944 par la divi­sion « Das Reich » qui remon­tait vers la Norman­die… Alors que sur mon île seul un modeste monu­ment témoigne de la barba­rie nazie envers leurs « alliés » italiens, dans le Limou­sin plus nanti, un Centre de la mémoire rappelle ce que fut le plus grand massacre de civils perpé­tré en France durant la Seconde Guerre mondia­le…

José Meidin­ger

 Pour l’ar­ticle complet : http://www.bvol­taire.fr/jose­mei­din­ger/oradour-les-malgre-nous-condamnes-a-loubli,34813

 Marcel Stein­metz nous a trans­mis ses réflexions suite à la lecture de l’ar­ticle de José Meidin­ger  :

 » L’in­cor­po­ra­tion de force des conscrits d’une région annexée de force (ou vassa­li­sée) dans l’ar­mée du pays vainqueur est un drame odieux, mais les imita­teurs nazis n’avaient rien inventé et n’ont malheu­reu­se­ment pas le mono­pole de ce crime de guerre.

Sous le joug napo­léo­nien, des centaines de milliers d’Al­le­mands furent incor­po­rés de force dans la « Grande Armée » tant honnie et furent contraints de parti­ci­per à l’in­va­sion de la Russie. Même la Prusse occu­pée dut mobi­li­ser ses enfants pour l’oc­cu­pant sous peine de repré­sailles (idem pour l’Au­triche et pour la soi-disant ‘Con­fé­dé­ra­tion Germa­nique’ à la botte de l’Em­pe­reur ). De la chair à canon qui mourut lamen­ta­ble­ment dans la désas­treuse retraite de Russie. Ils tentèrent de déser­ter en masse, ou de passer du côté russe, au péril de leurs vies. Allez expliquer aux cosaques qui vous chargent que vous êtes un malgré-nous Alle­mand incor­poré de force dans la Grande Armée…

Les Hollan­dais, les Flamands, les Cata­lans, les Rhénans, les Luxem­bour­geois, et même les Hambour­geois et les Lube­ckois furent carré­ment annexés contre leur gré au ‘Gross Fran­krei­ch’ et mobi­li­sés en masse comme s’il s’agis­sait de ressor­tis­sants Français. Ils durent même se battre sous l’uni­forme français, sous l’uni­forme de l’oc­cu­pant et du bour­reau qui multi­plia les Oradour dans toute l’Eu­rope.

Je pense par exemple aux habi­tants de Sara­gosse massa­crés à la baïon­nette maison par maison, dans une orgie de sang : hommes, femmes et enfants !

Mais il y a telle­ment d’autres exem­ples…

Je me souviens d’une direc­tive du géné­ral Bona­parte dès la campagne d’Ita­lie, qui disait qu’au moindre acte de résis­tance de la popu­la­tion italienne, comme par exemple sonner le tocsin à l’ar­ri­vée des troupes françaises, il fallait se rendre au village le plus proche, y rassem­bler une dizaine de notables au hasard et les fusiller sur la place publique en guise d’aver­tis­se­ment. Etc…

Voila des méthodes qui en appel­le­ront d’au­tres…

Les Italiens vassa­li­sés devien­dront eux-aussi des malgré-nous incor­po­rés de force dans la Grande Armée pour aller se faire tuer à la Béré­zina, tout comme les Suisses neutres qui n’avaient rien demandé.

Tous ces pauvres malgré-nous resca­pés rentrèrent chez eux en 1814 avec l’étiquette de « traîtres » marquée au fer rouge sur leurs fronts.

Certes, il y avait aussi quelques colla­bos et sali­gauds parmi eux, mais la plupart répu­gnèrent à servir l’oc­cu­pant français. Les chiffres des déser­tions et des rallie­ments aux armées Alliées en atteste.

Si excuses il y a de la part de l’Al­le­magne, elles doivent être réci­proques.
La France doit elle-aussi s’ex­cu­ser pour ce crime anté­rieur, commis contre ses « Beute­deutsche ».

Et je ne parle pas des colo­niaux afri­cains et indo­chi­nois incor­po­rés de force comme ‘sup­plé­tifs » dans l’Ar­mée Française lors des deux guerres mondiales pour aller libé­rer le pays colo­ni­sa­teur qui les avait attaqué et enva­hi…

Quant à l’odieux Massacre d’Ora­dour (env. 600 morts), il n’est malheu­reu­se­ment pas orphe­lin :

Massacres de Sétif en 1945 : de 5.000 (chiffre français avoué !) à 30.000 morts, tous des civils !!!

Massacre de Mada­gas­car en 1947 : de 40.000 à 80.000 morts (chiffres français avoués !), tous des civils !!!

Massacres du Came­roun en 1954–60, occul­tés par la guerre d’Al­gé­rie, plus de 200.000 morts, tous des civils !!!

etc.

L’Al­sace qui a la mémoire courte et sélec­tive fut jadis elle-même victime de multiples Oradours de la part des troupes françaises.

Dans « Une histoire de l’Al­sace, autre­ment », on retrouve les noms exotiques d’une dizaine de villages alsa­ciens qui furent défi­ni­ti­ve­ment rayés de la carte par la terrible solda­tesque de Louis XIV, sans comp­ter tout ceux qui furent systé­ma­tique­ment incen­diés (Hague­nau et Wissem­bourg plusieurs fois). Idem au Pala­ti­nat.

Et je ne remon­te­rai pas jusqu’au duc de Lorraine qui exter­mina traî­treu­se­ment toute la popu­la­tion de Saverne (16.000) après la rédi­tion de la ville.

A ma connais­sance, aucun monu­ment à Saverne ne commé­more ce crime géno­ci­daire. Ah, si les méchants boches en avaient été les auteurs, nous aurions droit à un splen­dide monu­ment vengeur à l’en­trée de la ville et le Préfet vien­drait tous les ans y dépo­ser une gerbe, avec tambours et prise d’arme, en souli­gnant avec des trémo­los dans la voix le carac­tère odieux de ce crime, symbole d’une féro­cité et d’une cruauté toute germa­nique…

Mais les Lorrains ne sont pas des Alle­mands, alors çà change tout… ».

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