Lettres de Malgré-Nous: émotion pour la présen­ta­tion d’un livre à la Maison de la Région

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Pourquoi avoir attendu 70 ans pour qu’en­fin paraisse un ouvrage, réunis­sant 120 lettres de Malgré-nous, autant d’ap­pels sur papier venant de Russie, de Pologne, d’Al­le­magne ou d’ailleurs? Le résul­tat en tout cas est convain­cant, grâce aux efforts conju­gués d’his­to­riens, d’élus, de traduc­teurs béné­voles, d’un éditeur, de la fonda­tion Passion Alsace et… des nombreuses familles ayant confié les lettres d’un fils, d’un mari ou d’un frère, parfois revenu, parfois disparu ou mort au front.

Dans un milieu, l’Al­sace des incor­po­rés de force, où l’har­mo­nie n’a pas toujours régné, c’est au contraire en bonne intel­li­gence que les uns et les autres ont travaillé pour que ce projet abou­tisse en cette année de comm­mé­mo­ra­tion des décrets insti­tuant l’odieuse incor­po­ra­tion de force de 100 000 Alsa­ciens et 30 000 Mosel­lans. Lundi matin, dans l’am­phi­théâtre de la Maison de la Région plein comme un œuf, Philippe Richert a rappelé à quel point la région Alsace était atta­chée à une poli­tique mémo­rielle, afin que les drames qu’elle a traver­sés soient mieux connus et enfin compris. « 70 ans après la déci­sion du Gaulei­ter Wagner, on se rend compte à quel point la mémoire collec­tive des Alsa­ciens-Mosel­lans a été marquée. Beau­coup d’in­cor­po­rés de force ont souf­fert, beau­coup sont morts et il y a eu des victimes colla­té­rales, les femmes, les enfants, les orphe­lins… Peu d’in­cor­po­rés de force ont parlé et leurs lettres, quand elles ont été gardées, ont été confi­nées dans la sphère fami­liale. Avec ce livre, nous aurons plus de faci­li­tés pour parler de ces destins ». D’au­tant que l’ou­vrage est aussi beau que docu­menté, avec son étrange photo-montage de couver­ture. Les lettres sont accom­pa­gnées de photos des Malgré-nous (et de trois Malgré-elles aussi), de préci­sions biogra­phiques et géogra­phiques sur les parcours durant la guerre. Les histo­riens (André Hugel, Nico­las Mengus, Alfred Wahl, Jean-Laurent Vonau, Alphonse Troest­ler, Marcel Spis­ser) ont eu la diffi­cile tâche de sélec­tion­ner parmi les 5000 envois remis par les familles. Ils ont retenu les lettres les plus diver­si­fiées possibles, par le type d’ar­mée (de terre, de mer et d’air) et la région d’Eu­rope d’où la lettre était partie. Leurs commen­taires mettent en pers­pec­tive les textes où l’af­fec­tif se mêle au senti­ment d’injus­tice et de sombre fata­lité. Le comé­dien François Schaef­fer a lu trois lettres de Malgré-nous, deux étant celles de jeunes Alsa­ciens écrites avant leurs morts drama­tiques…De la sorte, l’his­toire de la Seconde Guerre mondiale est abor­dée par le biais de l’hu­main, broyé dans la machine tota­li­ta­riste.

Grâce à la Société d’His­toire de la Poste et de France Tele­com en Alsace

Au départ, l’idée, comme souvent, a surgi du monde asso­cia­tif. Jacques Perrier, président de la Société d’his­toire de la Poste et de France Tele­com n’a pas caché qu’au niveau natio­nal, il avait eu à vaincre des réti­cen­ces…­ba­layées avec la paru­tion du livre. En effet, ces lettres de Malgré-nous, « une docu­men­ta­tion histo­rique consi­dé­rable » ne sont pas à ranger dans le rayon provin­cial mais appar­tiennent à l’his­toire de la France. En voudra-t-elle? André Hugel l’a clai­re­ment dit; « Nous espé­rons que notre travail arri­vera à passer la ligne bleue des Vosges. Si je me suis battu, c’est pour que nos frère de la France de l’In­té­rieur comprennent ce qui nous est arrivé. Quand on n’a pas connu la dicta­ture, on ne peut pas en parler!  ». Fran­cis Hirn, direc­teur géné­ral des Dernières Nouvelles d’Al­sace, a dit sa « fierté » de ce que la Nuée Bleue, qui a déjà publié nombre d’ou­vrages sur l’in­cor­po­ra­tion de force, ait soutenu ce livre: « Il a une place origi­nale dans notre série car les auteurs qui ont tenu la plume sont des Malgré-nous alors que souvent, les livres sur le sujet ont été écrits par d’autres. » Sa convic­tion est que « Ce livre fera date, c’est un évène­ment ». Régio­nal ou natio­nal, suspen­se…En tout cas, si cet ouvrage exem­plaire ne suffit pas à convaincre, il y a encore des milliers de lettres, suscep­tibles de paraître dans un 2e ou 3e volume.

Lettres de Malgré-nous, édité en parte­na­riat avec la Fonda­tion de la poste et la Région Alsace, éditions de la Nuée Bleue, 276 pages, plus de 400 photo­gra­phies, illus­tra­tions et cartes, 25 euros

Marie Goerg-Lieby

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