Article paru dans L’Ami hebdo du 23.6.2024.
HECHT Valentin Victor, de Rouffach
Dossier du PAVCC communiqué par Jean-Marc MUNCH : HECHT Valentin Victor PAVCC
Auberville : « Les liens entre l’Alsace-Moselle et la Normandie » (conférence
Arlette HASSELBACH – présidente des Amis Fondation Mémoire Déportation du Haut-Rhin – nous a sollicités, Soazic et moi-même, pour faire une présentation sur « Les liens entre l’Alsace-Moselle et la Normandie », le 16 juin dernier.
Une trentaine d’Alsaciens-Mosellans participaient à cette réunion, au CCAS-EdF de Auberville. Il s’agissait principalement de retraités d’EdF Mulhouse.
Le plan de la conférence est le suivant :
- Dans quel contexte se sont établis ces liens ?
La bataille de Normandie, la présence d’un millier de MN. Paysans, médecins, prêtres, maires, anonymes ont formé une chaîne de l’espoir pour leur permettre de retrouver leur Liberté et leur Dignité. Opération dangereuse, aussi bien pour le MN qui pouvait être dénoncé que pour le Normand, qui risquait également d’être fusillé.
- Les liens qui se sont formés:
Le souvenir de ces sauvetages a mené à la fondation de la SNIFAM – Solidarité aux Incorporés de Force Alsace-Moselle – par Jean BEZARD et sa compagne Nicole, en 2012. Lui-même avait rencontré 2 MN, à l’âge de 9 ans, dans la maison de son père.
Ses buts :
- Mettre en rapport les familles de MN sauvés par des Normands.
- Faire connaître les MN et l’incorporation de force.
- Créer des jumelages entre les communes d’Alsace-Moselle et la Normandie, à l’image de celui de Thaon et Waldolwisheim.
- Contribuer à une Europe fraternelle.
Une centaine de familles a été identifiée et se rencontre irrégulièrement mais toujours avec beaucoup d’émotion.
Par ailleurs, mise en œuvre des « vergers du souvenir ». Il s’agit d’envoi de greffons de pommiers et de poiriers aux communes sollicitées, soit un arbre pour un MN tué.
- Les actions menées:
- Le colloque, des 27 et 28 septembre 2022, à Caen, sur l’Incorporation de Force 1942–1945. Participation de 10 Alsaciens-Mosellans et d’un Normand, venus témoigner de cette page noire de l’Histoire de France. Une première, pour faire sortir de l’Alsace-Moselle la question de l’incorporation de force. Les intervenants sont tous issus de familles de Malgré-Nous et reconnus comme des spécialistes de cette douloureuse question.
- Dans la foulée – sous l’orchestration de Marlène ESTRADE – un voyage « découverte et « émotion » au mémorial de Schirmeck et au camp du Struthof. Cérémonie à Obernai et à Saint Hippolyte, avec 3 vétérans MN. Visite du Haut Koenigsbourg et du mont Sainte Odile.
- Faisant suite à ce colloque, les témoignages des participants sont collectés sous forme d’un recueil. Document exclusif, regroupant tous les aspects de l’annexion et de l’incorporation de force de la part des Alsaciens-Mosellans le plus qualifiés. ( Vendu au prix coûtant de 27€ ).
- En juin 2023, création d’un mouvement spontané la « Fleur du Souvenir MN », dont l’objet est d’honorer, chaque 25 août, les Malgré-Nous, en France, au Luxembourg et en Russie, en déposant une fleur naturelle sur chaque tombe.
- Conclusions:
Nous nous mobilisons au maximum afin de participer à un devoir d’action au sein de notre terre de Liberté. Nous espérons contribuer à la reconnaissance officielle de ce crime contre l’humanité et de sa parution dans les manuels scolaires.
Les questions et remarques de la part du public ont mis en évidence :
- Parler des MN reste encore un sujet tabou dans bien des familles en Alsace.
- A leur retour de Russie, la majorité des Malgré-Nous se sont tus. Les familles elles-mêmes en savent peu sur leurs MN à cause du silence qui leur a été imposé et qu’ils se sont imposés.
- Le souhait exprimé qu’il y ait plus d’échanges d’écoliers entre les 2 régions.
- La plupart des participants n’avaient pas conscience de l’ignorance des Malgré-Nous par les Normands, ainsi que de l’incorporation de force.
Les ventes effectuées en fin de conférence : 15 recueils « Incorporation de Force 1942–1945 » vendus.
Jena-Pierre Thiry
Oradour, sauve-nous !!!
La parution de trois bandes dessinées sur l’horrible tragédie d’Oradour-sur-Glane – autant de portraits à charge souvent caricaturaux pour les déportés militaires alsaciens – a amené le dramaturge Igor Futterer, auteur de la pièce La Cigogne n’a qu’une tête, unique référence dramaturgique sur la question, à rédiger ce billet d’humeur.
Doit-on encore démontrer, s’il le fallait, la capacité de transmission de la BD mémorielle ? Nul besoin, elle remplit parfaitement son office, quand leurs auteurs n’en sont pas les fossoyeurs par l’instrumentalisation à dessein. Concernant les Alsaciens-Mosellans déportés militaires, il n’avait pas suffi du pathétique Voyage de Marcel Grob (Éditions de Noyelles- Futuropolis, 2018) qui, non content d’empiler les stéréotypes de la « nazisploitation », se singularise par la culpabilité insidieuse et rampante des incorporés de force, avouée ante mortem dans le dernier souffle de la dernière bulle ; que ne voici sur le champ de foire de nos librairies, trois romans graphiques consacrés au massacre d’Oradour-sur-Glane. Oradour. L’innocence assassinée (Éditions Anspach), – Oradour-sur-Glane. 10 juin 1944 (Éditions Petit à petit) et Le dernier témoin d’Oradour-sur-Glane. L’histoire vraie de Robert Hébras (Éditions Harper Collins).
Point commun de ces trois nouveautés, la culpabilité débridée des déportés militaires dans le récit fictionnel, qui atteint son paroxysme dans le vœu pieux de l’appareil pédagogique. Florilège : « …9000 dont beaucoup d’Alsaciens… », « …Vous allez voir de quoi les Alsaciens sont capables. Le sang va couler… », « …800 Alsaciens-Mosellans incorporés pour certains « malgré-eux… » », « …des Alsaciens-Mosellans – qualifiés de « malgré-nous » – sont complices des crimes et exactions commises… ». De grâce… n’en brûlez plus… !!! Pour mémoire et une bonne fois pour toute face au tribunal de l’Histoire : les Alsaciens-Mosellans, déporté(e)s militaires hommes et femmes, ne sont ni coupables, ni responsables et encore moins complices des odieux crimes nazis ! Bien au contraire, ils sont les victimes ultimes et uniques, tant du point de vue physique que psychologique, du mécanisme de perversion nazie exercée sur le territoire national. Le nier reviendrait alors à affirmer que l’entièreté des déportés membres d’un Sonderkommando sont de fait les auxiliaires zélés des nazis dans l’extermination de leurs propres frères et sœurs. Ou plus près de nous, cela reviendrait à dire que la dessinatrice Coco a été la complice volontaire des frères Kouachi dans l’exécution de ses camarades de Charlie Hebdo en donnant le code de la porte blindée pour sauver sa vie…
L’absurdité du propos ne devrait échapper à personne. Aussi, il est grand temps qu’une BD ambitieuse voit le jour, afin de rétablir la vérité auprès du grand public, si tant est que le 80ème anniversaire nous oblige à quelque chose….
Igor Futterer











