NELL Laurent Joseph

Commentaire (0) Portraits d'incorporés de force/déportés militaires

jpg_NellLaurent.jpgCoif­feur (* Marlen­heim, Bas-Rhin, 17.08.1921). Du 9.10.1942 au 30.12.1942, il effec­tue son RAD. Il habite Marlen­heim lorsqu’il est ensuite incor­poré dans la Wehr­macht du 14.01.1943 au 20.06.1945. Il accède au grade de capo­ral le 1.10.1943 et sera décoré de la médaille du blessé le 15.06.1944.

D’après les recherches effec­tuées dans les Archives de la Wehr­macht:
• 14.01.1943: Incor­poré dans la Wehr­macht2. Sanitäts-Ers.Abt. 5, Ulm.
• 31.12.1943: Muté au 3./Gren.Rgt.1028, anc. 2./Gr.Rgt.735.
• 31.05.1944: Griè­ve­ment blessé par éclats d’obus à la cuisse droite avec frac­ture près d’Ar­tena (Italie), trans­féré au parc sani­taire.
• 1.06.1944: Hospi­ta­lisé au Res.Laz.Brünn jusqu’au 5.09.1944.
• 24.03.1945: Blessé par éclats d’obus à la jambe droite, au pied gauche et au dos près d’Obe­rhof.

« Toutes demandes de pension d’in­va­li­dité reje­tées par les Auto­ri­tés Françaises en date du 30.11.1956 ».

Il est décédé le 18.03.1998 et inhumé à Marlen­heim.

Rensei­gne­ments commu­niqués par Jean-Claude Nell, fils de Laurent Nell.

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KOLB Edouard Atha­nase

Commentaire (0) Portraits d'incorporés de force/déportés militaires

jpg_KolbEdouard-2.jpgDroguiste (* Riedi­sheim, Haut-Rhin, 2.12.1914). Il habite Riedi­sheim au moment de son incor­po­ra­tion au 22e Regi­ment 383 Divi­sion (Front­num­mer 46.443 E). Il est engagé sur le Front de l’Est d’où il ne revien­dra pas. Sa dernière lettre a été reçu le 23.06.1944. Les circons­tances de son décès restent incon­nues. Il avait le grade de Gefrei­ter.

Le Tribu­nal de Grande Instance de Mulhouse, par juge­ment du 5.05.1960, fixe la date et le lieu de son décès au 1.06.1945 sur le Front de l’Est.

Il est déclaré « Mort pour la France » le 30.09.1960.

Rensei­gne­ments commu­niqués par Marie-Odile Rott­ner, nièce d’Edouard Kolb

Claude Herold nous a aima­ble­ment trans­mis la fiche du Volks­bund :

 Nach­name: Kolb

 Vorname: Eduard oder Edouard

 Dienst­grad:

 Geburts­da­tum: 02.12.1914

 Geburt­sort: Riedi­sheim

 Todes-/Vermiss­ten­da­tum: 12.03.1944

 Todes-/Vermiss­te­nort:

Nach den uns vorlie­gen­den Infor­ma­tio­nen ist die o. g. Person seit 12.03.1944 vermißt.

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HEILI Louis Aloyse et Paul

Commentaire (0) Liste des non rentrés, Portraits d'incorporés de force/déportés militaires

jpg_HeiliLouis_portrait.jpgCuisi­ner (* Wasse­lonne, Bas-Rhin, 21.05.1916). Marié à Marie Witt­mann, rema­riée Debus; un fils, Jean-Louis. Il effec­tue son service mili­taire au 67e RI de Sois­sons. Il effec­tue ensuite le RAD du 20.05.1943 au 12.08.1944. Il est incor­poré dans la Wehr­macht, dans la 1. Stamm-Bttr/lei. Artl. Ers. Abt. 9 – 2. Bttr/Artl. Rgt. 139 à Franc­fort/Main. Soldat de 1ère classe, il est porté disparu, d’après les recherches de la Croix Rouge, le 12.08.1944 dans le secteur de Kischi­nev (Bessa­ra­bie).

Louis Heili figure sous le n°1954 du Recueil photo­gra­phique des dispa­rus du Bas-Rhin (1948).

Rensei­gne­ments commu­niqués par Jean-Louis Heili, fils de Louis Aloyse Heili.

 

* Claude Herold nous a aima­ble­ment trans­mis la fiche du Volks­bund :

Nach­name: Heili

Vorname: Ludwig

Dienst­grad:

Geburts­da­tum: 21.05.1916

Geburt­sort: Wasseln­heim

Todes-/Vermiss­ten­da­tum: 12.08.1944

Todes-/Vermiss­te­nort:

Nach den uns vorlie­gen­den Infor­ma­tio­nen ist die o. g. Person seit 12.08.1944 vermißt.

Son frère Paul Heili (* Wasse­lonne, Bas-Rhin, 3.7.1922) était scola­risé au lycée St-Joseph d’Epi­nal (Vosges) en 1939. A la decla­ra­tion de guerre, le lycée a renvoyé les élèves chez eux. Paul Heili fait le trajet Epinal-Wasse­lonne à pied, puis à Vélo à partir de Bertri­champs. Il effec­tue le RAD du 8.10 au 30.12.1942. Incor­poré de force dans la Wehr­macht le 13.1943, il est engagé dans les marais du Pripet, près de Minsk, puis en France. Il est fait prison­nier par les Améri­cains le 3.8.1944 en Norman­die. Il est remis aux Anglais le 27.8.1944, puis aux auto­ri­tés françaises le 4.10.1944 où il a droit à un petit discours de la Croix-Rouge : « Vous, les Alsa­ciens, vous êtes des merce­naires non couverts par la Conven­tion de Genève » (!!). Il s’en­gage volon­tai­re­ment dans l’ar­mée française (jusqu’à ce qu’il soit reconnu article 115), puis il a travaillé au Minis­tère des Armées à Nancy jusqu’a sa mort en 1980.

Rensei­gne­ments trans­mis par la fille de Paul Heili.

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ADAM Victor

Commentaire (1) Portraits d'incorporés de force/déportés militaires

jpg_AdamVictor.jpgagri­cul­teur (* La Want­ze­nau, Bas-Rhin, 24.12.1912). Marié à Berthe Bonn; un fils, René et une fille, Denise. Il habi­tait à La Want­ze­nau au moment de son incor­po­ra­tion de force dans la Wehr­macht en 1944. Il est fait prison­nier à Schon­walde (Prusse orien­tale) le 26.01.1945 et mort pour la France le même jour.

Rensei­gne­ments commu­niqués par René Adam, fils de Victor Adam.

* Fiche du DRK trans­mise par Claude Herold :

 Victor Adam wurde noch nicht auf einen vom Volks­bund errich­te­ten Solda­ten­fried­hof überführt.

 Nach den uns vorlie­gen­den Infor­ma­tio­nen befin­det sich sein Grab derzeit noch an folgen­dem Ort: Szczesne – Polen

 Name und die persön­li­chen Daten des Oben­ge­nann­ten sind auch im Gedenk­buch der Krieg­sgrä­berstätte verzeich­net.

 Nach­name:
Adam

 Vorname:
Victor

 Geburts­da­tum:
24.12.1912

 Geburt­sort:
Want­ze­nau

 Todes-/Vermiss­ten­da­tum:
26.01.1945

 Todes-/Vermiss­te­nort:
b. Schön­walde / Ostpr.

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OTT Joseph et Antoine

Commentaire (1) Portraits d'incorporés de force/déportés militaires

Joseph est né en 1921 à Ohlun­gen (Bas-Rhin). Il a disparu à Orel (Russie) en juin 1944.

Antoine est né en 1922 à Ohlun­gen. Il est mort à Swerd­lowka le 9.01.1944.

Rensei­gne­ments commu­niqués par Alfred Ott (* 20.05.1928), le frère de Joseph et d’An­toine.

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HEITMANN René

Commentaire (0) Portraits d'incorporés de force/déportés militaires

jpg_HeitmannRene.jpgtour­neur (* Hoen­heim, Bas-Rhin, 11.09.1919).
Il est mobi­lisé en tant que 2ème classe à Dijon, au Dépôt d’In­fan­te­rie n°81, le 15.04.1940. Le 15.06.1940, il est fait prison­nier à Chalons-sur-Sâone et sera libéré comme Alsa­cien-Lorrain le 29.07.1940.
Il habi­tait à Hoen­heim (Bas-Rhin) au moment de son incor­po­ra­tion de force dans la Wehr­macht (Infan­te­rie) à Heil­bronn le 25.10.1944. Il est versé dans la Stamm. Kp.-Panzer­gre­na­dier-Ers. Btl. 3 le 12.12.1944. Il part pour le front à Ebers­walde près de Berlin en janvier 1945. Il est fait prison­nier le 15.04.1945 à Kustrin (Alle­magne) par l’Ar­mée russe où il sera détenu, avant d’être trans­féré en Pologne, Ural, Sibé­rie (Russie). Il est de retour le 9.05.1946.

Rensei­gne­ments commu­niqués par Bernard Heit­mann, fils de René Heit­mann.

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GOETZ Auguste et Paul

Commentaire (0) Portraits d'incorporés de force/déportés militaires

jpg_GoetzAuguste.jpg employé PTT (* Offen­dorf, Bas-Rhin, 10.05.1921). Il habi­tait à Offen­dorf (Bas-Rhin) au moment de son incor­po­ra­tion de force le 29.10.1943 en tant que Grena­dier à Zegrze-Nord. Il a combattu en URSS ainsi qu’en Pologne. Il est capturé près d’Alexan­drowka le 27.07.1944 et retenu à Tambow. Il est de retour le 6.10.1945.

Son frère, Paul Goetz, est mort en Pologne le 13.08.1944 à 21 ans.

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3e Compa­gnie du Grena­dier Regi­ment 58

Commentaire (0) Les incorporés de force

La liste complète des dispa­rus de la 3e Compa­gnie du Grena­dier Regi­ment 58 comprend cinq Alsa­ciens-Mosel­lans. Après véri­fi­ca­tion, il s’avère qu’ils sont encore portés dispa­rus à l’heure actuelle.

Il s’agit de :

Marck René, né et demeu­rant à Soultz-les-Bains. Recueil des dispa­rus du Bas-Rhin (RDBR) n°3360.

Stoll Alfred, né à Stras­bourg et demeu­rant à Bisch­heim. RDBR n°5411.

Strupp Robert, né et demeu­rant à Mars­pich/Moselle.

Werli Edmond, né et demeu­rant à Blien­sch­willer. RDBR n°5948.

Willig Georges, né et demeu­rant à Wolfi­sheim. RDBR n°6008.

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HESSE Marcel

Commentaire (0) Liste des avis de recherche

Mon père, Marcel Joachim HESSE, (* Barmen, Alle­magne, 26.12.1925 + Liège, Belgique, 25.1.2007), a fait partie fin 1943 du « 309
Grena­dier Ersatz Bataillon »
caserné à Berlin. Il a été grave­ment blessé en Pologne en 1944 et fait prison­nier à Hanau en 1945.

Sa langue mater­nelle étant le français, il s’est lié d’ami­tié avec de
nombreux alsa­ciens et lorrains.

jpg_Hesse-Bieber.jpgCi-contre : Marcel Hesse et Armand Bieber (à gauche). (Coll. M. Hesse)

Il citait les noms d’Armand BIEBER, Marcel LUBITZ, OURY, Robert KRUMP, et racon­tait avoir corres­pondu à l’époque avec une demoi­selle Paulette BIZEY, de Châte­nois (Bas-Rhin). Je possède quelques photos que je suis disposé à commu­niquer à toute personne légi­ti­me­ment inté­res­sée. Certaines se trouvent déjà sur mon site fami­lial (http://www.maxhesse.eu). Je souhai­te­rais égale­ment entrer en contact avec ces personnes ou leurs descen­dants pour, le cas échéant, échan­ger des infor­ma­tions ou des photos.

Merci par avance pour tout rensei­gne­ment.

Max Hesse

Cour­riel : max.hesse@s­ky­net.be

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TAMBOV ET KIRSANOV, MEMOIRE ET RECUEILLEMENT (3/3)

Commentaire (0) Revue de presse

Du 25 au 27 février 2008, une délé­ga­tion du Conseil Géné­ral du Bas-Rhin, sous la conduite du président Philippe Richert, s’est rendue à Tambov et à Kirsa­nov pour rendre hommage aux incor­po­rés de force qui ont tran­sité en ces lieux et remer­cier les auto­ri­tés russes pour leur effi­cace colla­bo­ra­tion. Cela a aussi été l’oc­ca­sion de rencon­trer deux survi­vants du camp de concen­tra­tion de Tambov-Rada et des repré­sen­tants d’as­so­cia­tions patrio­tiques qui faisaient partie de cette délé­ga­tion.

… Emile Roegel, vice-président des Anciens de Tambov

Quelle est la première image qui vous vient quand on évoque le nom de Tambov ?

Tambov est un épisode de la guerre pour l’Al­sace et la Moselle. C’est à la fois une sortie du cauche­mar – l’in­cor­po­ra­tion de force – et une entrée du cauche­mar – la capti­vité. Ce cauche­mar a eu un seul bon côté : la libé­ra­tion des « 1500 » en juillet 1944. Pour les autres prison­niers, la majo­rité, ce fut un échec, une impasse.

Pouvez-vous décrire votre arri­vée au camp ?

Je me suis évadé en août 1944 en Rouma­nie. Ayant rejoint le côté Russe, je suis arrivé, via Stalino (dans le bassin du Don), en octobre 1944 au camp de Tambov, je crois que c’était le 17 octobre. Une petite couche de neige recou­vrait le sol. Il faisait froid.
J’ai débarqué, à l’aube, le long des quais de la gare de Rada ; je ne connais­sais guère mes compa­gnons. Pendant le voyage, nous avons eu un mort. Personne ne le connais­sait. Nous savions juste qu’il était de Drulin­gen. Nous avons débarqué son corps sur le quai d’une gare et l’avons laissé là. Nous n’avons donc pas pu dire à sa famille qu’il était mort, ni à quel endroit parce que le nom de la gare était écrit en cyril­lique.
Nous avons marché pendant deux ou trois kilo­mètres à travers une forêt. Je me suis dit que ça devait être pénible comme ça de marcher à 80 ans. Nous avons atteint une grande clai­rière. Il y avait un amon­cel­le­ment de bois qui était stocké là. Le camp était presque invi­sible, car il était comme noyé dans la forêt. Je me souviens de la clôture de fils de fer barbe­lés et d’une Komman­dan­tur.
Les prison­niers qui pouvaient se dépla­cer sont venus voir les nouveaux arri­vants. Certains étaient là depuis long­temps. Parfois, ils rencon­traient un frère ou un parent parmi les nouveaux. Et ils venaient aux nouvelles. Les seules nouvelles qui nous parve­naient étaient celles diffu­sées par la radio sovié­tique de la Komman­dan­tur et qui nous étaient trans­mises par les nouvel­listes.
Il y avait envi­ron 4000 prison­niers en octobre 1944 ; les « 1500 » étaient déjà partis à cette date.
J’ai décou­vert les baraques à demi enter­rées, très sombres et mal chauf­fées. Deux poêles à chaque extré­mité ne parve­naient qu’à se chauf­fer eux-mêmes. Les frileux s’y agglu­ti­naient. Nous savions qu’ils mour­raient prochai­ne­ment.
Le travail était obli­ga­toire, mais avec une insis­tance toute rela­tive : ceux qui étaient trop maigres ou trop faibles pouvaient rester dans les baraques, assis sur les bas flancs : ce n’est que la nuit que nous avions le droit de nous y coucher.
Il y avait aussi le travail interne, comme la corvée de cuisine. Il exis­tait égale­ment une zone d’ar­ti­sans et une zone d’ar­tistes. Camille Hirtz et Camille Claus s’y trou­vaient, mais je ne les ai pas connu au camp. L’avan­tage de travailler se résu­mait à un bout de pain et du Kacha (terme dési­gnant tout ce qui est solide dans l’ali­men­ta­tion). Nous rece­vions une « soupe » deux fois par jour. On nous donnait beau­coup de maïs, pendant des mois. A un moment, nous avons eu droit à de petits pois­sons. On mangeait même la tête, car le cerveau était riche en chimie noble.
Quant aux malades, ils étaient convoyés en camion jusqu’à l’hô­pi­tal de Kirsa­nov. Certains en reve­naient, couverts d’une couver­ture, à moitié nus. On ne devait pas trop mourir à Tambov, ce n’était pas le lieu. D’après ce qu’on sait, on menait à Kirsa­nov les plus mal en point pour qu’ils ne meurent pas au camp.
C’est à Tambov que les Alsa­ciens ont recom­mencé à parler en français.

Qu’es­pé­rez-vous des archives du camp récem­ment rapa­triées en Alsace ?

Cela fait des années que nous nous inves­tis­sons pour rapa­trier ces archives. Jean Thuet, président de la Fédé­ra­tion des Anciens de Tambov, et d’autres avaient déjà pu avoir accès à telle ou telle partie des archives, mais ce n’étaient que des bribes.
Il faut main­te­nant voir ce qui a été photo­gra­phié aux Archives de Tambov. On peut espé­rer des listes de morts, car c’est très impor­tant que les gens puissent faire le deuil des dispa­rus.
Aujourd’­hui encore, je me demande comment tout cela a pu se faire. Tambov était un camp des plus minable et un camp de rassem­ble­ment des Français. Il était connu de la France libre qui n’a pour­tant pas fait un geste pour essayer d’amé­lio­rer le quoti­dien de ses compa­triotes. Je crois que nous sommes en présence d’un « coulage » fantas­tique. La nour­ri­ture desti­née au camp était en fait commune aux soldats sovié­tiques, aux civils et aux prison­niers. Evidem­ment, les prison­niers rece­vaient ce qui restait, après que leurs chefs aient préle­vés eux-mêmes ce qui les inté­res­sait. Mais ce n’est pas ce qu’ils ont pris qui aurait nour­ris les autres.
Et puis, pendant la guerre, la vie humaine n’avait pas beau­coup de valeur chez les Russes. D’ailleurs, les Sovié­tiques n’ho­no­raient pas les prison­niers : Staline n’avait pas fait libé­rer son propre fils. Quant à De Gaulle, il est passé, je crois le 6 décembre 1944, en chemin de fer près de Tambov pour se rendre à Moscou. Du fait de sa posi­tion très faible, il n’a pas évoqué les Français prison­niers en URSS. Le premier numéro du jour­nal « Le Monde » paru en 1944 avait rendu compte de cette visite de De Gaulle.

jpg_TambowMon.jpgDétail du monu­ment français à Tambov-Rada. (Photo N. Mengus)

… Jean-Paul Bailliard, président de l’ADEIF du Bas-Rhin

Selon vous, que repré­sente Tambov dans l’en­semble de la tragé­die de l’in­cor­po­ra­tion de force ?

C’est, à mon avis, un haut lieu repré­sen­ta­tif de l’in­cor­po­ra­tion de force, puisqu’en­vi­ron 20.000 Alsa­ciens-Mosel­lans ont tran­sité par Tambov avant de rentrer en France. Les condi­tions de vie d’alors sont tout à fait symbo­liques de l’in­cor­po­ra­tion de force dans sa partie la plus horrible : le pour­cen­tage des morts à Tambov est de l’ordre de 30%, c’est-à-dire d’en­vi­ron 5000 décès. C’est quand même énorme !
Le problème de Tambov est qu’il a fallu se battre pour que soit reconnu aux anciens prison­niers des condi­tions d’in­car­cé­ra­tion dans des camps du type les plus durs de la capti­vité française.

Quelles sont les attentes de l’ADEIF quant aux archives russes récem­ment dupliquées et rapa­triées en France ?

C’est un gros problème. D’abord, sont-elles complètes ? Les auto­ri­tés russes nous donnent ce qu’elles veulent bien nous donner. On peut espé­rer que cela permet­tra d’éta­blir la liste de ceux qui ont tran­sité dans le camp de Tambov. Mais il faut se souve­nir qu’il y avait plus de 400 autres camps où des Alsa­ciens-Mosel­lans ont tran­sité. Si le gros des effec­tifs est passé par Tambov, envi­ron 5.000 « Malgré-Nous » ont été rapa­triés d’autres camps.

Sera-t-il possible d’éta­blir une liste des morts à Tambov et à Kirsa­nov ?

On pourra établir une liste de morts, mais sera-t-elle complète ? Et, en temps de guerre, il existe les dispa­rus dont on ne retrou­vera jamais la tombe ou la trace. Leur mort devra faire l’objet d’une décla­ra­tion. Comme toujours dans les archives, on aura 90–95, voire 98% des noms, mais on n’aura jamais 100%. Il y a encore 10.418 Alsa­ciens-Mosel­lans portés dispa­rus, soit 7% de personnes dont on ne sait rien. Certains ont été décla­rés dispa­rus par les Alle­mands. Quelques rares d’entre eux ont été rapa­triés après la guerre : leur dispa­ri­tion était en fait une évasion. Il y a des dispa­rus qui s’avèrent morts : on retrouve toujours des sépul­tures et des corps iden­ti­fiables, mais cela peut encore durer de nombreuses années.

jpg_KirsanovMon.jpgLa plaque rappe­lant le souve­nir des « Malgré-Nous » qui sont morts à l’hô­pi­tal de Kirsa­nov. (Photo N. Mengus)

… Charles Quirin, président de l’UIACAL, section Hague­nau-Wissem­bourg

Etait-ce la première fois que vous veniez à Tambov et qu’é­voque pour vous ce lieu ?

J’ai déjà eu l’oc­ca­sion de me rendre en Russie : Odessa, Moscou, Saint-Péters­bourg, Ouglitsch et Yalta. Mais c’est la première fois que je me suis rendu à Tambov. Pour moi, ce nom évoque le malheur et la souf­france. Entre 15 et 20.000 personnes sont mortes là-bas.

Un proto­cole a été signé pour rendre acces­sibles d’autres fonds d’ar­chives russes. Pensez-vous que cela permet­tra de mieux connaître ces anciens combat­tants que sont les « Malgré-Nous » ?

Ce proto­cole est très utile, puisqu’il ne porte pas unique­ment sur les personnes, mais aussi sur le compor­te­ment des armées ! Il faudrait que les archives de toutes les armées impliquées dans la Seconde Guerre mondiale puissent égale­ment être ouvertes, car les incor­po­rés de force se sont retrou­vés sur d’autres théâtres d’opé­ra­tions que le front de l’Est. Et, en ce qui concerne la Russie, il faut savoir que Tambov n’est qu’un aspect de la capti­vité en URSS, puisque 449 camps y ont été recen­sés ; un camp pouvait se résu­mer à un groupe de prison­niers obli­gés d’ai­der des paysans russes. Ces fonds d’ar­chives ont été rassem­blés à Moscou.
Quand j’étais à Saint-Péters­bourg, j’ai rencon­tré une personne qui recher­chait la tombe de son beau-frère. Par l’in­ter­mé­diaire de la Croix Rouge alle­mande, il a fina­le­ment retrouvé à Tallin, en pleine forêt, la fosse commune où celui-ci repose.
Person­nel­le­ment, j’ai notam­ment perdu deux oncles, Charles et Edouard Laugel, dont on ignore tout de leur destin. Du côté de ma femme, c’est un cousin, François Seltz, qui a été incor­poré de force dans la divi­sion « Das Reich ». On sait qu’il se trou­vait à Saint-Malo. Peu après la guerre, la famille a reçu son porte­feuille troué par une balle et taché de sang. Peut-être a-t-il été assas­siné ?

Pensez-vous qu’il serait souhai­table de réali­ser un jour un monu­ment un peu plus impor­tant – comme un Mur des Noms, par exemple – à Tambov et à Kirsa­nov ?

Aussi long­temps qu’on est sûr que la Mémoire soit vivante, oui.

Propos recueillis par Nico­las Mengus

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