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Un Stras­bour­geois de la « Char­le­magne »

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img164.jpg Autant que l’on sache, cet homme était origi­naire de Stras­bourg et a fait partie de la douzaine de Waffen-SS français exécu­tés à Bad Reichen­hall le 8 mai 1945.

Merci pour tout rensei­gne­ment complé­men­taire qui pour­rait nous en apprendre plus sur son parcours et les raisons de sa présence dans la divi­sion « Char­le­magne ».

info@­malgre-nous.eu

Préci­sions sur le contexte de l’exé­cu­tion aima­ble­ment trans­mises par Michaël Fuchs:

J’ai effec­tué des recherches quant à cette date du 08 mai, et les circons­tances encore floues sur les condi­tions dans lesquelles cet évène­ment a eu lieu. J’avance lente­ment, mais a priori seuls 11 cadavres avaient été exhu­més en juin 49 ; voici un extrait du témoi­gnage du Père Maxime GAUME, servant à la 2°DB:

« Après que la déci­sion eut été prise à l’état-major de la divi­sion de fusiller les prison­niers sans juge­ment, le père Fouquet, aumô­nier divi­sion­naire, me donna l’ordre d’as­sis­ter ceux-ci dans leurs derniers moments. Le jeune lieu­te­nant qui reçut l’ordre de comman­der le pelo­ton d’exé­cu­tion n’ap­par­te­nait pas d’ailleurs à mon unité et était complè­te­ment affolé d’avoir à exécu­ter un pareil ordre, se deman­dant même s’il n’al­lait pas refu­ser d’obéir. Il réso­lut alors de faire au moins tout ce qui était en son pouvoir pour adou­cir les derniers instants des victimes et commu­nia même avec eux avant l’exé­cu­tion.

Les onze hommes avaient été amenés en camion de Bad Reichen­hall où se trou­vait l’E.M. de la 2e DB, jusqu’à Karl­stein. Un seul refusa les secours de la reli­gion ; trois d’entre eux décla­rèrent n’avoir aucun message à faire trans­mettre à leur famille. La fusillade se fit en trois fois : par groupe de quatre, de sorte que les derniers virent tomber leurs cama­rades sous leurs yeux. Tous refu­sèrent d’avoir les yeux bandés et tombèrent brave­ment aux cris de « Vive la France ».

Parmi les quatre derniers se trou­vaient le lieu­te­nant Brif­faut et, proba­ble­ment, le soldat Payras. Confor­mé­ment aux instruc­tions reçues, je lais­sai les corps sur place, mais je m’adres­sai à des soldats améri­cains canton­nés dans les envi­rons, leur recom­man­dant d’en­ter­rer les corps, ce qui fut fait quelques jours plus tard. »

Voici ce qu’a écrit Eric LEFEBVRE à ce sujet :

« Le 7 ou 8 mai 1945, vers 17 heures, trois pelo­tons d’exé­cu­tion abattent l’un après l’autre trois groupes de quatre français en uniforme alle­mand, à une ou deux excep­tions près celui des Waffen-SS. Chacun de ces pelo­tons a été fourni par une section de combat (celles des sous-lieu­te­nants Floren­tin, Bell et Morvan) de la 4° compa­gnie du Régi­ment de Marche du Tchad, corps orga­nique de la 2° DB. Une compa­gnie formée à partir d’un esca­dron FFI recruté à Paris en 1944 en inté­grant un pelo­ton de la Garde Répu­bli­caine.
Pour l’exé­cu­tion a été choi­sie une petite clai­rière joux­tant le chemin de Kugel­bach, sur le terri­toire de la commune de Karl­stein, limi­trophe de la petite ville de Bad Reichen­hall, en Haute Bavière, non loin de l’Ober­salz­berg. Les 12 hommes ont été véhi­cu­lés jusque là en jeeps, deux par véhi­cules, comme cela a été rapporté 30 ans après les faits par le capo­ral-chef Jean Gabriel Auvray, qui appar­te­nait à la section Floren­tin. Selon lui, tous refusent d’avoir les yeux bandés.
Les 12 Français appar­tiennent à la 33. Waffen Grena­dier Divi­sion der SS « Char­le­magne » et tous ou presque au régi­ment de marche commandé par un offi­cier suisse aléma­nique, le SS-Obers­turm­bannfüh­rer Hein­rich Hersche. Ce régi­ment est parti cinq semaines plus tôt du camp de Wild­fle­cken, en Fran­co­nie, pour rejoindre le reliquat de la divi­sion rassem­blée dans le Meck­lem­bourg après avoir échap­pée de Pomé­ra­nie. Inté­grant lui-même quan­tité de resca­pés de ces combats, quelque­fois bles­sés, le régi­ment Hersche, fort de 1.200 hommes, a dû fina­le­ment prendre le chemin du sud. A la suite de quelques nouveaux combats livrés par néces­sité contre les troupes améri­caines, i la été dispersé en Bavière, la plus grande partie de ses unités parve­nant à gagner à pied la province de Salz­bourg, voire à fran­chir le Bren­ner.
Les 12 hommes se sont-ils trou­vés sépa­rés des éléments du régi­ment Hersche qui, après s’être battu à Moos­burg, ratta­chés à la 38. SS-Grena­dier Divi­sion « Nibe­lun­gen », seront fait prison­niers au sud-ouest de Bad Reichen­hall ? C’est le cas indis­cu­table de la majo­rité d’entre eux. Avant de tomber sous ces balles fratri­cides en chan­tant la Marseillaise, sinon en criant « Vive la France ! », dans une atmo­sphère très pénible, quoique de grande dignité selon les uns, lamen­table selon d’autres, ils ont tous été confes­sés sur les lieux même par l’au­mô­nier du XI./64° RADB, groupe d’ar­tille­rie divi­sion­naire. Ce prêtre, le sous-lieu­te­nant Maxime Gaume, spécia­le­ment dési­gné pour les assis­ter, leur a donné la commu­nion et a recueilli les lettres écrites par neuf d’entre eux. Toute­fois, on lui conseillera d’at­tendre pour les envoyer et il ne les postera pas avant février 1946. Il restera marqué par cette tragé­die sa vie durant.

11 ou 12 fusillés ?

Sur ordre, les cadavres sont lais­sés sur place, tels qu’ils sont tombés, gardés par une senti­nelle en arme. Le père Gaume inter­vien­dra quand même auprès du maire impuis­sant, puis des troupes améri­caines pour les faire enter­rer. Des tombes indi­vi­duelles, surmon­tés de croix de bois, seront creu­sées quelques jours plus tard dans la clai­rière et, dit-on, bénies par un aumô­nier améri­cain.
Toute­fois, quand on exhu­mera les fusillés le 2 juin 1949 pour les trans­por­ter dans une tombe commune du cime­tière Sankt-Zeno de Bad Reichen­hall, l’on relè­vera, s’il faut en croire le compte rendu du Landrat­samt de Berch­tes­ga­den adressé le 24 juin 1949, la présence de 11 corps seule­ment. Simple erreur de trans­crip­tion, la plaque ornant la croix surmon­tant la tombe mentionne bien la présence de 12 corps ? Cette ques­tion, à vrai dire, n’a pas été tran­chée et a permis de suppo­ser que l’un des prison­niers avait été épar­gné au dernier moment. Pour­tant, aucun témoi­gnage n’en fait état.

En 1949, selon le maire de Bad Reichen­hall, deux des croix seule­ment portaient encore un nom. Leurs livrets indi­vi­duels (Soldbü­cher) avaient vrai­sem­bla­ble­ment été reti­rés aux 12 hommes au moment de leur capture. Que sont-ils deve­nus ? De ce fait, l’en­semble des objets trou­vés sur les corps et dépo­sés au poste de gendar­me­rie de la ville (photos, agen­das, porte­feuilles) ne permit appa­rem­ment pas d’en savoir plus, ne serait-ce que à cause de l’état de dété­rio­ra­tion des docu­ments. Seuls les trois offi­ciers purent alors être iden­ti­fiés :

le W-Obers­turmfüh­rer Serge Krotoff, 33 ans, Paris, offi­cier de réserve issu de la Frz. SS-Freiw Sturm­bri­gade, avait fait la campagne de Pomé­ra­nie à la tête de la compa­gnie anti­char lourde du Panzerjä­ger Abtei­lung.

le W-Unters­turmfüh­rer Raymand Daffas, 37 ans, Paris, qui appar­te­nait à l’état-major du groupe d’ar­tille­rie divi­sion­naire.

le W-Unters­turmfüh­rer Paul Brif­faut, 26 ans, Nice, démo­bi­lisé de la Brigade Char­le­magne en décembre 1944, après avoir commandé la compa­gnie de canon du W-Gren Rgt der SS 58. Retiré sur le lac Cons­tance, c’est sans doute par hasard qu’il s’était trouvé réuni à des éléments du régi­ment Hersche.

Un quatrième fusillé, puis un cinquième seront ulté­rieu­re­ment iden­ti­fiés :

le W-Grena­dier Raymond Payras, 22 ans de Touget (Gers)

le W-Unter­scharfüh­rer Jean Robert, 30 ans, Nantes, issus de la LVF.

Parmi les sept autres, l’on trouve semble-t-il un seul sous-offi­cier. Ils sont restés jusqu’à main­te­nant incon­nus.

Quand et comment les 12 hommes sont-ils deve­nus les prison­niers de la 2° DB ?

Selon un enquê­teur alle­mand offi­cieux, Karl Wenz, les 12 hommes, d’abord rassem­blés dans un hôpi­tal, se seraient rendus le 6 mai à des unités améri­caines ne pouvant qu’ap­par­te­nir à la 3° DI US. Inter­nés avec des prison­niers alle­mands dans la caserne des chas­seurs de montagne de Bad Reichen­hall, ils s’en seraient échap­pés en appre­nant la présence des troupes de Leclerc dans la ville et, dénon­cés par des paysans, auraient été captu­rés dans un petit bois proche par une unité non iden­ti­fiée de la 2° DB, a priori la veille de leur exécu­tion.

Pour le père Gaume, par contre, qui a fourni des témoi­gnages écrits et oraux précis de ce qu’il a vu et entendu, ils se seraient rendus aux Améri­cains le matin même du drame et ont été immé­dia­te­ment remis à l’état-major de la divi­sion qui, selon lui encore, s’en est trouvé bien embar­rassé. La teneur de la lettre que le lieu­te­nant Krotoff a rédigé pour sa femme, confirme cette dernière version et semble clore ce débat. A moins que les 12 hommes ne se soient rendus à des dates et dans des circons­tances diffé­rentes.

Une exécu­tion des plus sommaires ?

L’on avance géné­ra­le­ment que cette exécu­tion présenta un carac­tère des plus sommaire. Mais l’on a écrit aussi, récem­ment encore, qu’elle était consé­cu­tive à une déci­sion de justice. Certes, le tribu­nal mili­taire consti­tuant l’or­gane de la justice mili­taire divi­sion­naire du comman­dant Henriquet était proba­ble­ment habi­lité à prononcé des condam­na­tions à mort immé­dia­te­ment exécu­toire à l’en­contre de français consi­dé­rés comme traître en vertu des nouveaux textes entrés en vigueur en France. Mais cette justice mili­taire était resté avec la base divi­sion­naire à Dies­sen au sud-ouest de Munich, à 125 kilo­mètres de là, et les archives de la 2° DB dispo­nibles ne portent aucune trace de la consti­tu­tion d’un tel tribu­nal à ce propos. En outre, les 12 hommes feront en France l’objet d’un mandat d’ar­rêt, seront recher­chés, voire condam­nés, par contu­mance par des cours de justice plusieurs années après. Ce seul constat, malgré la pagaille qui régnait à l’époque dans le domaine judi­ciaire, ne laisse planer aucun doute sur le carac­tère irré­gu­lier de leur exécu­tion.

A Bad Reichen­hall, le matin même de l’af­faire et entre deux dépla­ce­ments vers Berch­tes­ga­den ou l’Ober­salz­berg, le géné­ral Leclerc s’est entre­tenu près de son PC avec les prison­niers trans­por­tés là à cette fin. En témoignent les photos prises par un repor­ter du service cinéma des armées, Henri Malin, présent sur place. L’on y dénombre bien 12 hommes. Mais ces clichés irri­te­ront fort le géné­ral, comme le photo­graphe l’a rapporté à Jean Chris­tophe Notin, auteur d’un biogra­phie : « Leclerc ». Il est attesté que l’in­ter­ro­ga­toire auquel se livra le géné­ral se déroula assez calme­ment. Toute­fois, l’un des prison­niers, à qui il repro­chait de porter l’uni­forme alle­mand, lui rétorqua qu’il se trou­vait bien lui-même en uniforme améri­cain ! Selon les témoins, cette reproche eut le don de l’exas­pé­rer.

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08_mai_1945.jpg

Peut-être Leclerc était-il égale­ment excédé ce jour-là, tant par l’ordre impé­ra­tif d’éva­cuer la région donné par ses supé­rieurs améri­cains, que par leurs remon­trances quant aux pillages immo­dé­rés impu­tables aux troupes françaises. Et puis le carac­tère aussi passionné qu’im­pi­toyable de ce croisé, engagé corps et âmes dans une impi­toyable guerre civile dès 1940 en AEF, ne pouvait qu’être aiguillonné à la vue de ces compa­triotes en tenue enne­mie, les tout premiers que ses hommes et lui rencon­traient depuis leur arri­vée en Alle­magne, moins de quinze jours aupa­ra­vant. Igno­rait-il que le gouver­ne­ment du maré­chal Pétain avait léga­le­ment auto­risé leur enrô­le­ment ? Une circons­tance néces­sai­re­ment aggra­vante à ses yeux, sans nul doute.

Payés pour savoir de quelle façon l’épu­ra­tion s’était dérou­lée en France à l’été et à l’au­tomne précé­dent, les soldats de la 2° DB étaient de toute façons prêts, dans leur majo­rité, à consi­dé­rer comme normale toute solu­tion extrême. Quoique, comme le rapporte encore le père Gaume, certains de ceux qui procé­dèrent à l’exé­cu­tion aient mani­fes­tés ouver­te­ment leur répu­gnance à exécu­ter l’ordre qui leur avait été donné.

La date de l’exé­cu­tion : le 7 ou le 8 mai 1945 ?

L’avant garde du sous-grou­pe­ment B, élément orga­nique de l’un des trois grou­pe­ments tactiques de la 2° DB, n’at­teint Bad Reichen­hall que dans l’après-midi du 4 mai. La mission du sous-grou­pe­ment est de gagner Berch­tes­ga­den.

Bad Reichen­hall, station ther­male abri­tant de nombreux hôpi­taux et maisons de santé a été décla­rée ville du ouverte et occu­per sans combats par des éléments du 1er bataillon du 7° RI de la 3° DI US dès le matin du 7 mai. Elle était alors située dans la zone des étapes de la 352. Volks­gre­na­dier Divi­sion du Gene­ral­major O.E. Schmidt, zone défen­due par quelques kampf­grup­pen de circons­tance. Une ville encom­brée de bles­sés, de réfu­giés, d’en­fants évacués des grandes villes mena­cées, de travailleurs polo­nais requis, de jeunes de la Hitlerju­gend, mais aussi d’élé­ments mélan­gés de la Wehr­macht, de la Waffen-SS et du Volkss­turm que l’in­fan­te­rie améri­caine a désarmé.

L’on sait, grâce à l’étude minu­tieuse des jour­naux de marche de la 2° DB consul­tés au SHAT, que des unités de la divi­sion cantonnent d’une façon perma­nente dans la ville cinq jours durant, du 5 mai 1945 au 10 mai 1945 après-midi, les unités présentes se relayant jusqu’au 8 pour aller visi­ter l’Ober­salz­berg et la propriété d’Adolf Hitler, situés à une ving­taine de kilo­mètres. Gagnant de vitesse les troupes US de la 3° DI et de la 101° Airborne, les hommes de Leclerc y sont arri­vés les premiers.

Le père Gaume écrira que l’éxé­cu­tion a eu lieu la mardi 8 mai, jour qui marque l’an­nonce au monde, à 15 heures, de la capi­tu­la­tion sans condi­tions signée la veille à Reims, les hosti­li­tés ne prenant fin qu’à 23h01, heure d’Eu­rope Centrale. Cette capi­tu­la­tion ne sera rati­fiée que le 9 mai à 0h15 à Berlin. Le rapport du 6 décembre 1948 d’une nouvelle enquête effec­tuée par le Poli­zei-Ober­kom­mis­sar Aigner auprès des témoins alle­mands à la requête de la famille Brif­faut et sur la demande du maire Neumayer, confirme la date du 8, qui sera fina­le­ment inscrite sur la tombe commune et la plaque placée sur le monu­ment aux morts du cime­tière Sankt-Zeno de Bad Reichen­hall.

Pour­tant, si l’on en croit les docu­ments joint aux JMO de la 2° DB, ce jour-là, à l’heure indiquée par tous les témoins, 17 heures, le gros du I./ RMT (chef de bataillon Fosse) et notam­ment la 4° compa­gnie, a évacuée la ville depuis la fin de la mati­née. LA jour­née du 8 est d’ailleurs marquée par une intense acti­vité, tota­le­ment mobi­li­sa­trice, près de mille véhi­cules de la 2° DB traver­sant la ville, la quit­tant ou s’y arrê­tant. Les départs s’éche­lon­ne­ront jusqu’au 10.

Le lundi 7, en revanche, le I./ RMT, cantonné du 6 au 8 à Baye­risch Gmain, commune limi­trophe, reste dispo­nible toute la jour­née, chargé de la sécu­rité de la ville de Bad Reichen­hall et prenant à cette fin ses ordres du 3° bureau divi­sion­naire. De surcroît, l’on sait parfai­te­ment dans la jour­née du 7 que la capi­tu­la­tion alle­mande a été signée à Reims dans la nuit, à 2h41 du matin. L’Etat-major de Leclerc apprend par télé­gramme dès le matin et Radio-Flens­burg l’an­nonce dans l’après-midi à toute l’Al­le­magne par la voie du comte von Schwe­rin-Krosigk, dernier ministre des Affaires Etran­gères du Reich. Ajou­tons que la Heeres­gruppe G alle­mande avait déjà capi­tu­lée, les hosti­li­tés ayant pris fin dans sa zone d’ac­tion le 6 mai à midi.

Par suite de ces divers constats, à moins que le départ de la 4° compa­gnie du RMT n’ait été diffé­rée sans trace écrite, il y a tout lieu de croire que l’af­faire s’est dérou­lée le 7 mai. Sans doute y-a-t-il eu posté­rieu­re­ment confu­sion dans les mémoires des témoins et acteurs, liant l’exé­cu­tion au jour de la capi­tu­la­tion, du fait que seul le 8 mai est resté pour l’his­toire la date offi­cielle de la fin de la guerre.

Décou­vrir un respon­sable ?

Il est établi qu’un contact radio a été assuré avec le minis­tère de la Guerre à Paris au sujet des 12 hommes, ce que confirme Jean Chris­tophe Notin dans son ouvrage. Il fut suivi, selon certains, d’une réponse évasive permet­tant toutes les inter­pré­ta­tions. En tout cas, comme le rapporte encore Notin, Paris, non averti des suites de l’af­faire, devra relan­cer la 2° DB par télé­gramme le 18 mai.

Il est habi­tuel­le­ment suggéré, sinon affirmé, même par les anciens de la 2° DB, que c’est le géné­ral Leclerc en personne qui aurait pris d’au­to­rité, ou du moins provoqué la déci­sion de faire fusiller les 1 2pri­son­niers, sommai­re­ment ou dans d’hy­po­thé­tiques formes légales. Le capi­taine Georges Fouquet, l’au­mô­nier divi­sion­naire, devra admettre, quitte à en faire porter la respon­sa­bi­lité par un offi­cier dont il ne se remé­more plus le nom, que la déci­sion a de toutes façons été prise par l’état-major de la 2° DB, ce que confirme le père Gaume. Il ressort du témoi­gnage parti­cu­liè­re­ment fiable d’un simple soldat de la 97° compa­gnie de QG, qui adres­sera deux photos à la famille du sous-lieu­te­nant Brif­faut, que personne ne l’igno­rait alors !

Le fait qu’un aumô­nier ait été spécia­le­ment dési­gné pour assis­ter les « condam­nés » semble l’at­tes­ter, connais­sant les convic­tions reli­gieuses affi­chées du comman­dant de la 2° DB. D’au­tant que le père Gaume fut investi de cette mission par le père Fouquet, de l’état-major.

A contra­rio, selon l’as­pi­rant Yves Corta­del­las, alors chef du pelo­ton de protec­tion de QG à qui leur garde aurait été confié la veille de l’exé­cu­tion, ordre aurait alors été donné de Paris de les rapa­trier en France pour les juger. Le lende­main, toujours selon le même témoin, des hommes du RMT, munis d’un ordre de trans­port du 3° bureau, auraient pris en charge les prison­niers. Leur exécu­tion aurait fina­le­ment été déci­dée par le comman­dant de la 4° compa­gnie, le lieu­te­nant Maurice Ferrano, un vieux dur à cuire, compa­gnon de la Libé­ra­tion depuis 1942 et récem­ment fait cheva­lier de la Légion d’Hon­neur, qui se serait ensuite fait sérieu­se­ment « laver la tête » par le géné­ral Leclerc. Hélas ! s’il est certain que le lieu­te­nant Ferrano orga­nisa l’exé­cu­tion sur place et dési­gna les pelo­tons, la version de l’as­pi­rant Corta­del­las contre­dit singu­liè­re­ment les témoi­gnages les plus solides sur les points essen­tiels, ce qui nuit à sa crédi­bi­lité. Elle doit néan­moins être versée au dossier, car elle est la seule à vouloir déchar­ger le comman­dant de la 2° DB de toute respon­sa­bi­lité, cher­chant ainsi à dissi­per un malaise qui s’est instauré surtout après coup.

Voir aussi : http://www.cdvfe-divi­sion­char­le­magne.com/ et http://www.cdvfe-divi­sion­char­le­magne.com/upload/C.D.V.F.E.%20Bad%20Rei­chen­hall%208%20mai%201945.pdf

J’ai égale­ment trouvé sur le Net une photo de cette Divi­sion, sur laquelle je pense avoir reconnu ce Stras­bour­geois (cf en PJ) : photo en haut à gauche, l’homme qui semble tenir une gourde, avec une ciga­rette aux lèvres (person­nage de droite, debout). En revanche, aucune indi­ca­tion sur la date et le lieu de la prise photo.

* En PJ, un texte (en italien) établi et aima­ble­ment trans­mis par Roberto Coppo­lino.

* Roberto Coppo­lino signale aussi ce site (avec mention de Jacques Ponnau, victime iden­ti­fiée en 1979)  : http://deutsch.mili­ta­ria.xooit.fr/t8443-Hommage-a-cest-Fran­cais-de-vrai-fran­cais.htm

Nouvelle édition du texte de Roberto Coppo­lino : 8–5–1945 par Roberto Coppo­lino

Préci­sions aima­ble­ment trans­mises par Thibault Brunet, webmestre du site et forum « Histo­rika » :

L’ar­ticle d’Eric Lefèvre, issu du Batailles N°18 d’Oc­tobre 2008 et inti­tulé « Rendez-vous tragique à Bad Reichen­hall », bien que remarquable est à présent obso­lète, suite à la paru­tion chez Gran­cher de la longue enquête menée par l’au­teur et permet­tant de prendre connais­sance des dernières avan­cées en la matière : « Bad-Reichen­hall 8 mai 1945 – Un épisode tragique » d’Eric Lefèvre et Olivier Pigo­reau – Gran­cher – 2010. Voir http://www.malgre-nous.eu/spip.php?arti­cle3937&lang=fr

Le cliché montrant un groupe de Waffen-SS Français fut pris par l’un des SS-KB déta­chés pour couvrir l’en­ga­ge­ment du Ier Bataillon de la Sturm­bri­gade en Gali­cie (Août 1944). De ce fait, il ne peut s’agir d’un élément rela­tif à la Divi­sion Char­le­magne.

Jacques Ponnau fut un temps retenu comme étant l’un des fusillés. Cepen­dant, il s’avère qu’il s’agis­sait du W.-Uscha. Jean ROBERT iden­ti­fié par la suite par sa famille.

Le compa­ra­tif que vous effec­tuez dans le docu­ment suivant : https://www.cala­meo.com/read/00089702271550c50f661 , nous montre deux volon­taires diamé­tra­le­ment oppo­sés. En effet, les dota­tions d’équi­pe­ments étant limi­tées lors de la créa­tion de la Brigade puis Divi­sion « Char­le­magne », les volon­taires français gardèrent dans leur majo­rité l’équi­pe­ment perçu de leur précé­dente unité ; à l’ex­cep­tion des mili­ciens qui furent habillés avec les moyens du bord.
Dans le cas présent, tous les éléments nous indiquent que ce dernier dispose de l’équi­pe­ment type perçu par les membres de la L.V.F. (voir l’exemple du W-.Ustuf. Paul Brif­faut présent sur les mêmes clichés – photo 4 – 1er rang à gauche), et, permettent de le ratta­cher à la Légion et non à la Sturm­bri­gade.

 

 

 


Complé­ments commu­niqués par Matteo D’An­gella :

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ANGELE François (Franz)

Commentaire (0) Avis de recherche, Liste des avis de recherche

Je cherche des rensei­gne­ments complé­men­taires sur le parcours de François ANGELE (* Metz 4.1.1911). Lieu­te­nant dans les para­chu­tistes alle­mands, il est mort à Monte­ro­tondo (Italie) le 9.9.1943. D’après le VDK, il repose au cime­tière de Pome­zia, bloc J, parmi les incon­nus.

D’après mes recherches, son décès a eu lieu lors de l’at­taque lancée par le IIe bataillon du 6e Fall­schirmjä­ger-Regi­ment du Major Walter Gericke pour tenter de reprendre l’aé­ro­port de Monte­ro­tondo, le lende­main de l’ar­mis­tice du 8 septembre. Tran­spor­tés par des JU 52, 650 para­chu­tistes sautent sur Monte­ro­tondo. A la fin de la jour­née, les Alle­mands comp­te­ront 48 tués, dont François Angele.

Merci pour tous rensei­gne­ments complé­men­taires.

 

Matteo D’an­gella

info@­malgre-nous.eu

 

Les para­chu­tistes du 6e FJR à Monte­ro­tondo. (DR)

 

Monte­rondo. Photo de para­chu­tistes tués après le débarque­ment du 57e régi­ment d’in­fan­te­rie italien. (DR)

 

Cime­tière et tombe de François ANGELE (DR)

 


Docu­ments trans­mis par Claude Herold : 

 

NB : les initiales I. G.R.  veulent dire:  Infan­te­rie  Geschoss in den Rücken

 

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SIPP Camille Joseph – D’après son dossier du PAVCC trans­mis par Sylvain Balys

Commentaire (0) Liste des non rentrés, Portraits, Portraits d'incorporés de force/déportés militaires

Né à Than­nen­kirch le 26.7.1920. Rési­dant à Bergheim.

Incor­poré de force : 15.1.1943.

Capo­ral.

N’a pas reparu à son domi­cile depuis septembre 1944.

Dernières nouvelles datés du 1.11.1944 de Sens­dorf, lettre postée à Renchen­berg über Sens­burg (Prusse orien­tale). FPN 21472 D.

4e compa­gnie du 212e bataillon de Fusi­liers.

En novembre/décembre 1944, sa divi­sion est trans­fé­rée dans le secteur de Coblence-Trèves.

Tué par éclats d’obus le 14.2.1945 à Prüm. Témoin oculaire : Joseph Camus, né le 18.1.1925 à Manom, Moselle, et domi­ci­lié à Sarral­troff, Moselle.

NB : Selon d’autres sources, il serait tombé à Alsdorf (Kr. Bitburg, Eifel).

Inhumé au cime­tière mili­taire de Hele­nen­berg, Kreis de Trèves. Tombe n°309. Lettre de la famille Schae­fer-Otten, d’Ide­sheim (Kr. Bitburg) qui l’a long­temps hébergé et qui s’est rendu plusieurs fois sur sa tombe.

Mort pour la France.

Déporté mili­taire.

 

 

 

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CONREAUX (germa­nisé CONRAD) Marcel – d’après son dossier du PAVCC trans­mis par Sylvain Balys

Commentaire (0) Liste des non rentrés, Portraits, Portraits d'incorporés de force/déportés militaires

 Marcel Conreaux

Né à Than­nen­kirch 12.1.1921.

RAD : 1942.

Incor­poré de force 10.1.1943.

Gren. Ausb. Kp. 1/134 Brunn. Infan­te­rie.

1943 : permis­sion de conva­les­cence de 15 jours (bles­sure au pied).

Dernières nouvelles : lettre datée du 19.8.1944 de Sinesti (Rouma­nie). FPN 38410 E.

Décès fixé à la date du 30.8.1944 à Sinesti (Rouma­nie).

Mort pour la France.

Déporté mili­taire.

 

 


COMPLEMENTS DE CLAUDE HEROLD 

Il n’est pas réper­to­rié au VDK.

 

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CONREAUX (germa­nisé Conrad) Edmond Albert – D’après son dossier du PAVCC trans­mis par Sylvain Balys

Commentaires (2) Liste des non rentrés, Portraits, Portraits d'incorporés de force/déportés militaires

 Né à Than­neb­kirch le 26.4.1927.

Céli­ba­taire.

Reich­sar­beits­dienst.

Incor­poré sous la contrainte le 1.7.1944.

Soldat. Panzerjä­ger, 121 Ausb. Kompa­nie, Gnesen (Warthe­land).

N’a pas reparu à son domi­cile depuis le 10.7.1944.

Tué le 17.2.1945 à Veljun (Pologne)

Témoi­gnage écrit de Roger Lehmann, demeu­rant à Eber­sheim.

Mort pour la France

Déporté mili­taire.

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1944–2024 : ORADOUR-SUR-GLANE, LE REGARD DE MICHEL REDON

Commentaire (0) Actualité, L'après-guerre, Mémoire, Opinion, Procès de Bordeaux

Il y a 71 ans se dérou­lait, à Bordeaux, le procès du massacre d’Ora­dour-sur-Glane dont nous commé­mo­re­rons cette année les 80 ans. A l’oc­ca­sion de cet anni­ver­saire très parti­cu­lier, Michel Redon, fils d’un rescapé, revient sur son propre vécu et son ressenti sur ce drame atroce pour lequel la justice n’a fina­le­ment jamais été rendue.

 

Michel Redon, vous êtes le fils de Hippo­lyte Redon, un des resca­pés du massacre d’Ora­dour-sur-Glane, le 10 juin 1944. Pouvez-vous reve­nir en quelques mots sur ce qu’a vécu votre père ce jour-là ?

 A l’époque, mon père est employé à la forge-maré­cha­le­rie chez son oncle Jean Depier­re­fiche, arti­san, commerçant et tambour de ville, à Oradour-sur-Glane, place du Champ de Foire où habite la famille Depier­re­fiche. Ce jour-là, 10 juin 1944, mon père déjeune avec ma mère et mon frère Pierre âgé de 14 ans. Mes parents avaient une buvette de village au hameau des Bordes, situé à envi­ron deux kilo­mètres du bourg. De retour au travail avant 14h, mon père prend ses outils pour répa­rer les persiennes de la phar­ma­cie Pascaud, un bâti­ment accolé à la forge. Il aperçoit la mise en place du rassem­ble­ment sur le Champ de Foire, les femmes et les enfants d’un côté, les hommes de l’autre. Dans  son imagi­na­tion, il pense que les hommes sont réqui­si­tion­nés pour le travail en Alle­magne. Sachant que mon frère devait le rejoindre, il prend son vélo pour reve­nir à la maison et empê­cher Pier­rot de se rendre au bourg. Il sort d’Ora­dour par un petit chemin. Au moment de passer le petit pont du ruis­seau, route des Bordes, il essuie des tirs d’une mitrailleuse posi­tion­née sur le pont, route de Limoges, côté sud du bourg. Une auto­mi­trailleuse était à sa pour­suite, sans pouvoir le rattra­per. Il réus­sit à gagner son domi­cile sain et sauf, tout en préve­nant les habi­tants croi­sés sur son trajet. C’est une dizaine de personnes qui échappent ainsi à la mort. Avec mon père et mon frère, cela fait 12 vies épar­gnées. C’est avec un énorme chagrin que mes parents ont appris que Margue­rite, âgée de 12 ans, leur nièce, fût brûlée vive dans l’église ; elle était réfu­giée chez eux pour être à l’abri des bombar­de­ments sur Paris.

Votre père, comme d’autres resca­pés – je pense à Mathieu Borie ou à Paul Doutre, par exemple – ne se sont guère expri­més dans les médias et leurs témoi­gnages ne semblent pas avoir été spécia­le­ment solli­ci­tés durant des décen­nies, sinon occa­sion­nel­le­ment comme a pu le faire Michel Baury. Pourquoi selon vous ? 

Mon père Hippo­lyte, Mathieu Borie, ainsi que beau­coup d’autres, ne furent pas pris en consi­dé­ra­tion. C’est à croire que les gens de l’ex­té­rieur du bourg n’ont jamais vrai­ment compté dans l’his­toire d’Ora­dour : les Lamaud, Forest, Villé­ger et ses trois filles, Jacques Bois­sou, Chalard le méca­ni­cien du tram­way, Yvonne Gaudy, etc…. A propos du tram­way de 19h, ma grand-mère, Maria Gauthier et son compa­gnon Georges Lacaze étaient à bord. Ils se rendaient chez mes parents, aux Bordes. Elle était tenan­cière du bar du Louvre, face à l’en­trée des Halles de Limoges. Son ami était de Bordeaux. Tous les voya­geurs de se tram­way ne sont-ils pas des resca­pés à part entière ? En effet, arrê­tés à Puy-Gaillard, ils furent trans­fé­rés au PC des SS à la ferme de Masset, enca­drés par des soldats. Après avoir long­temps attendu, un offi­cier alle­mand leur a donné l’ordre de partir en direc­tion des Bordes.

Pour l’his­toire, c’est Mathieu Borie qui a agrandi la brèche dans le mur du hangar Laudy, permet­tant à cinq resca­pés de ce lieu de massacre d’avoir la vie sauve[1]. Pouta­raud, lui, a pris un autre chemin d’éva­sion par la porte et il fut tué quelques mètres plus loin. Pour­tant, au final, c’est Robert Hébras qui a reçu les déco­ra­tions ! Pour Paul Doutre, les raisons de son silence n’ont rien à voir avec le drame d’Ora­dour.

Il faut bien se souve­nir que les resca­pés, tous les resca­pés, ont tout perdu lors du massacre. J’ai entendu de nombreuses fois mon père, dans son bistrot du nouveau bourg, rappe­ler avoir perdu sa petite nièce ainsi que dix-sept membres de la famille, des amis, son emploi. Je me souviens que, quelques années après, le maire et président de l’As­so­cia­tion des familles de martyrs, M. Brouillaud, lui répon­dit, lors d’un tête-à-tête où mon père solli­ci­tait un emploi ou un local pour s’ins­tal­ler comme forge­ron, que s’il n’avait pas de travail à Oradour, il n’avait qu’à aller ailleurs. Sont-ce là des paroles dignes d’un élu ?

Alors, parce que je l’ai entendu bien souvent dans ma jeunesse et parce que c’est mon intime convic­tion, j’af­firme que les petites gens des hameaux ont été lais­sés pour compte.

Dans une de ses dernières inter­views – sauf erreur publiée par Michel Baury -, Marcel Darthout s’est plaint que l’une ou l’autre de ses dépo­si­tions avaient été modi­fiées par les enquê­teurs eux-mêmes. Votre père aurait-il fait la même expé­rience ?

En lisant les dépo­si­tions de mon père, j’ai remarqué que ce ne sont pas des mots qu’il aurait employés, même si la teneur de ses propos est authen­tique.

Quel est votre propre vécu en tant que « fils de rescapé », si vous m’au­to­ri­sez cette déno­mi­na­tion ? Quel a été votre rapport avec les resca­pés, mais aussi avec les ruines elles-mêmes ?

Mon père a survécu, grâce à une énorme chance, au massacre du 10 juin  1944 à Oradour-sur-Glane. En prenant la fuite, il a essuyé des tirs de mitrailleuse. Il ne m’en parlait pas. Il était assez complice avec ma mère et, donc, l’un pouvait savoir ce que le regard fixe de l’autre revoyait, certains jours où l’hor­reur enva­his­sait l’es­prit d’ef­froyables souve­nirs et d’un senti­ment de culpa­bi­lité suite à la dispa­ri­tion de Margue­rite qui vivait aux Bordes avec la famil­le… Margue­rite, brulée vive dans l’égli­se… Le mois de juin était celui des souve­nirs, des pensées et des inter­ro­ga­tions. Dans ma jeunesse, les ruines étaient un site de décou­verte : la vieille église calci­née, les caves voûtées et étranges qui faisaient penser à un souter­rain du Moyen Age, les fruits dans les jardins… Dans les années 50, hormis la recons­truc­tion et les maisons vides non habi­tées, Oradour n’avait pas d’autres acti­vi­tés que l’école, le caté­chisme, les ruines et les bois pour faire des cabanes. Dans ce nouveau bourg, mes parents avaient un petit bistrot, ce qui m’a permis de connaître les familles d’Ora­dour sinis­trées, resca­pées, et d’écou­ter les conver­sa­tions, très souvent en patois limou­sin, où l’on maudis­sait les Alle­mands recon­nais­sables à leur « D » à l’ar­rière du véhi­cule. Toute cette rancœur n’existe plus en moi, car je sais qu’ils ont aussi terri­ble­ment souf­fert de la guerre. Les enfants ne sont pas respon­sables des erreurs des parents. Aujourd’­hui je ne recon­nais plus Oradour qui est devenu un lieu de récu­pé­ra­tion poli­tique, de voyages commé­mo­ra­tifs. Les commé­mo­ra­tions sont deve­nues un spec­tacle afin que certains puissent capter la lumière. Il faut se rappe­ler que, dans ma jeunesse, le bourg martyr était devenu le vivier élec­to­ral des commu­nistes et des socia­listes. Combien d’au­to­bus pleins arri­vaient chaque jour ? Combien de fois ai-je entendu : « J’étais là le lende­main », les vantards oubliant que les Alle­mands étaient restés sur place plusieurs jours en effec­tifs réduits…

Je crois que nous sommes tous d’ac­cord sur un point : la justice n’a pas été rendue lors du procès de 1953. Savez-vous ce qu’en pensait votre père ? Et vous-même ?

Le Procès de Bordeaux… Oui, nous sommes tous d’ac­cord pour parler d’un procès orienté. Combien d’of­fi­ciers SS présents ? Aucun ! Il n’y avait que des sous-fifres lais­sés en pâture. J’ai toujours entendu parler d’une « trahi­son » de l’Etat, du gouver­ne­ment, de certains parle­men­taires.

Sur ce procès, mon père ainsi que la tota­lité des sinis­trés présents ont bien compris qu’ils n’avaient pas été écou­tés : les inté­rêts de l’Etat primaient sur les souf­frances endu­rées par les survi­vants. Il est évident que mon père était frus­tré par cette masca­rade de procès.

Parmi les Waffen-SS, la présence d’Al­sa­ciens – incor­po­rés de force pour l’im­mense majo­rité d’entre eux – est bien connue. Quelle était l’opi­nion de votre père à leur égard ? Et la vôtre ? 

Le 10 juin 1944, certaines vies ont été épar­gnées, comme celles des enfants Pinède, et, côté nord, des gens ont été forcés de faire demi-tour. Nous pensons bien sûr que ce sont les Malgré-Nous qui l’ont permis. Sachez que je connais votre belle région pour avoir été affecté pendant 16 mois au 15/2 de Colmar et que j’adhère à l’as­so­cia­tion des Diables Rouges.

Cela étant, mon père n’avait pas et ne pouvait pas avoir de compas­sion pour les Malgré-Nous. Lui, comme bien d’autres qui avaient tout perdu. Un nom reve­nait souvent dans les échanges du café : Paul Graff. De mémoire, il me semble qu’il était borgne. Serait-il venu dans la commune comme réfu­gié et le 10 juin comme acteur du massacre ? Je ne sais pas[2].

Au fil des années, mon juge­ment sur les incor­po­rés de force a évolué : certains ont « joué le jeu », d’autres ont sauvé des gens. Je me doute bien qu’ils devaient êtres surveillés, tout comme leurs familles restées en Alsace. Par contre, il y avait un sergent alsa­cien engagé volon­taire. Je n’ai aucune indul­gence pour lui.

Certains de ces Alsa­ciens avaient, avant le procès de 1953, déjà été jugés et avaient obtenu un non-lieu en 1948. Un des motifs étaient qu’ils avaient, malgré l’étroite surveillance des gradés, sauvé des vies à Oradour-sur-Glane. Le saviez-vous et qu’en pensez-vous ?

Je suppose que le soldat qui a laissé partir les enfants Pinède devait être un Alsa­cien. En tout cas, Albert Daul, accom­pa­gné de son collègue Elsaes­ser, postés à la sortie ouest du bourg avec comme consigne de ne lais­ser entrer et sortir personne, auraient permis de sauver de la mort une femme et ses deux enfants, qui circu­laient à bicy­clettes, en leur conseillant de partir. Cette dame a remer­cié Daul par l’en­voi d’un cour­rier bien plus tard.

Quel regard portez-vous aujourd’­hui, 80 ans après les faits, sur ce drame et sur l’hé­ri­tage qu’il nous a laissé ?

Les commé­mo­ra­tions à Oradour ne sont plus celles que j’ai connues. La venue des poli­tiques de tout bord et la sur-média­ti­sa­tion, c’est pour moi de la récu­pé­ra­tion. Je ne vais plus aux céré­mo­nies ; je les regarde à la télé. Même la messe ne se fait plus sur le parvis de l’an­cienne église : ils préfèrent le confort de la nouvelle église où l’on est bien au chaud et à l’abri de la pluie. Il faut croire que les « person­na­li­tés » sont fragiles.

J’adresse un grand merci à Michel Baury pour son travail sur Oradour-sur-Glane. Malheu­reu­se­ment, ses livres ne sont pas dispo­nibles au Centre de la Mémoire : l’As­so­cia­tion des familles des martyrs s’op­pose à leur vente et ceux de Robert Hébras y prennent une place impor­tante.

Je ne renou­vel­le­rai plus mon adhé­sion à partir de l’an­née 2024, après bien 40 ans de coti­sa­tion. Je rejette la manière dont l’as­so­cia­tion fonc­tionne actuel­le­ment. Selon moi, elle ne corres­pond pas du tout à l’es­prit qui devrait l’ani­mer.

J’ai énor­mé­ment progressé sur ce drame grâce au travail de Michel Baury. Tout ce que je souhaite, c’est que les oubliés retrouvent leur honneur. En effet, qui parle encore du mécano-élec­tri­cien Marce­lin Chalard, du tram­way de main­te­nance, qui fut abattu en début d’après-midi et dont le corps fut jeté dans la Glane ? Une plaque ne devrait-elle pas être posée sur le pont, lieu de son exécu­tion ? Le but de mon enga­ge­ment est de faire savoir que des gens – en parti­cu­lier les habi­tants des hameaux – ont été volon­tai­re­ment oubliés pendant que d’autres – je pense à Robert Hébras ou à Marie Margue­rite Senon, la passa­gère du tram­way – ont été couverts de médailles, ont obtenu des rues à leur nom, voire davan­tage. Mathieu Borie ainsi que mon père ont sauvé la vie à des personnes, mais n’ont jamais reçu de féli­ci­ta­tions, encore moins de médaille ; ils n’étaient peut-être pas assez dignes de les porter ?

A l’ave­nir, René Borie, Jean Lamaud et moi-même, ainsi que les sans-noms des hameaux, allons tout mettre en œuvre pour que les « oubliés » puissent retrou­ver leur place légi­time dans les récits des « récu­pé­ra­teurs ».

Propos recueillis par Nico­las Mengus

 


[1] Note de N. Mengus : Michel Baury a notam­ment publié, avec Marie-Noëlle et René Borie, le témoi­gnage de Mathieu Borie, Oradour-sur-Glane : Le récit d’un survi­vant en 2018. Il a aussi publié le vécu de Hippo­lyte Redon consul­table sur le Net en format pdf : http://michel­baury.i.m.f.unblog.fr/files/2020/04/dossier-hyppo­lite-redon.pdf

[2] Note de N. Mengus : Il a souvent été dit, à tort, que Paul Graff avait résidé à Oradour-sur-Glane en 39–40 comme réfu­gié. Il est par contre exact qu’un Alsa­cien, en uniforme Waffen-SS, y soit venu en permis­sion au prin­temps 1944 pour voir des amis, Emile et Odile Neumeyer, réfu­giés de Schil­ti­gheim restés à Oradour. Voir Compren­dre… l’in­cor­po­ra­tion de force n°3 et n°5, hors-séries de L’Ami hebdo, 2014, et 2017 p.38–39 et p.43–46.

 


Les resca­pés d’Ora­dour-sur-Glane. Un tableau dressé par Gérard Laïb : Oradour – Les Resca­pés et survi­vants

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