Le chanoine Charles Pabst est arrêté en mai 1943 pour avoir tenu des propos antinazis et dit la messe en français. Ces crimes lui valent d’être « rééduqué » au camp de Schirmeck, puis à Gaggenau-Haslach. Il décrit la dure réalité de ces camps.
Le chanoine Charles Pabst est arrêté en mai 1943 pour avoir tenu des propos antinazis et dit la messe en français. Ces crimes lui valent d’être « rééduqué » au camp de Schirmeck, puis à Gaggenau-Haslach. Il décrit la dure réalité de ces camps.
Les membres de la famille Lantz, ayant refusé d’appartenir aux organisations nationales-socialistes, ont été déportés dans des camps disciplinaires. Les témoignages de Jacques Lantz et de deux de ses fils, Jacques et Joseph, décrivent leurs conditions de vies.
Joseph Haller[[Le parcours de Joseph Haller est simplement retracé ici, car il a déjà fait l’objet de plusieurs publications dont R. Epp, L’enfer sur terre: prêtres et religieux d’Alsace internés et déportés par les nazis (1940–1945), Strasbourg, 2000, p. 119–124 ou dans L’Ami hebdo Lorraine du 20.2.2005. La documentation nous a été aimablement fournie par M. Jacky Bergdoll, de Bitche.]] est né à Schrobach (Moselle), le 22 août 1909. En tant que membre de la Congrégation des Rédemptoristes (il a été ordonné prêtre à Luxembourg en 1934), il est administrateur des paroisses des Hambach et de Kerprich-les-Dieuze (ancien nom de Val-de-Bride, avant la fusion de la commune avec celle de Guénestroff en 1973), en Moselle, entre 1940 et 1943.
Joseph Haller appartenait alors à une filière de passeurs. Ce réseau fournissait de faux papiers aux prisonniers de guerre français candidats à l’évasion ou aux réfractaires à l’incorporation de force, puis il les faisait passer la frontière allemande à pied, par Moyenvic (alors tout proche de la frontière), ou par le train de Dieuze jusqu’à Nancy. Joseph Haller avait donné à un de ces jeunes une lettre destinée à son frère qui résidait alors à Bordeaux. Le jeune a été capturé et Joseph Haller a été arrêté dans son presbytère de Kerprich-lès- Dieuze, le 27 décembre 1943.
Accusé d’aider à s’évader des prisonniers de guerre français et des Alsaciens-Mosellans réfractaires à l’incorporation de force ou déjà enrôlés dans l’Armée allemande, il est incarcéré dans au Fort de Queuleu, à Metz.
A peine arrivé, ses yeux sont bandés. On lui défend de l’ôter sous peine de mort. Il est ensuite conduit dans une salle où se trouvent d’autres détenus. Il est assis sur un tabouret, les mains liées. Ayant réussi à faire légèrement glisser son bandeau, il constate qu’il se trouve parmi d’autres détenus. Eux aussi ont les yeux bandés et les mains liées. C’est d’ailleurs ainsi que les prisonniers font leurs besoins naturels, à heures fixes, dans un seau placé derrière un paravent. La salle, bien éclairée, est sous la surveillance d’un jeune gardien armé d’un fusil. Malheur à celui qui s’endort : il est aussitôt réveillé par des coups de crosses sur la tête. La nourriture est maigre. Les prisonniers ont le droit de s’allonger, sur le dos et toujours ligotés, entre 20 heures et 5 heures le lendemain.
Joseph Haller est ensuite transféré dans la prison de la rue du Fil, à Strasbourg, en wagon cellulaire. Il est stupéfait lorsqu’un des gardes SS ouvre la porte et lui tend un casse-croûte en lui disant « Vous êtres prêtre » et en lui souhaitant « bonne chance ». Après quelques jours à Strasbourg, il est transféré, en tant que NN (“Nacht und Nebel ”, « Nuit et Brouillard ») au camp de concentration du Struthof, à Natzwiller. Il y arrive le 19 janvier 1944. Il est le deuxième prêtre, après André Bidaux, à être enfermé dans ce camp. Il préfère cependant se faire passer pour un enseignant.
Le 2 mars 1944, Joseph Haller arrive au camp de Dachau. Il y assiste, le 17 décembre 1944, à l’ordination clandestine de Karl Leisner par Monseigneur Piguet[[Voir, à ce sujet, Josefa Maria Imma Mack, Un ange à
Dachau – Pourquoi j’aime les azalées. Souvenirs du
camp de concentration de Dachau de mai 1944 à avril
1945, Paris, 2005.]]. Il reste à Dachau jusqu’à la libération de ce camp par les Américains, le 29 avril 1944. Joseph Haller est fait chevalier de la Légion d’honneur en 1972. Il décède le 19 octobre 2003, à l’âge de 94 ans, au couvent du Bischenberg, à Bischoffsheim (Bas-Rhin), dont il avait été le recteur de 1953 à 1956 et de 1970 à 1973.
Témoignage émouvant d’une fille de Malgré-Nous dont le père a disparu en 1943, sous l’uniforme allemand, dans le sud de l’Autriche.
Après avoir effectué son RAD, Jean Thuet est enrôlé de force dans la Wehrmacht et envoyé sur le front Est. Il déserte le 3 octobre 1943 au petit matin. Fait prisonnier par les Russes, cela lui a valu d’avoir une très longue expérience visuelle de l’évolution du camp de Tambow.
Né en 1919 à Ernolsheim-lès-Saverne, Ernest Strintz sert dans la Marine française à Beyrouth (Liban) de 1938 et 1941. Sans nouvelles des siens depuis trois ans, il décide de rentrer en Alsace annexée. Il est incorporé dans la Kriegsmarine en 1943 et sert, au Danemark, sur le ravitailleur « Carl Peters », puis sur le « Buea ». Blessé lors d’une manœuvre, il se retrouve hospitalisé à Berchtesgaden. Il se signale aux Américains qui le conduisent à Munich, chez les Français. Son frère, Robert, né en 1921, a été envoyé sur le front russe et a survécu au camp de Tambow.

J. Steck (à gauche) et C. Wurmser En uniformes de la Wehrmacht (début 1943) Photo DR
Déserteur de l’Armée allemande sur le front russe, Joseph Steck est capturé par les Russes, puis envoyé au camp de Tambow. Libéré parmi les « 1500 », il fait un long voyage jusqu’Alger, avant de finalement revenir en France.
Témoignage recueilli par François Fenninger
Incorporé de force dans l’Armée allemande en mai 1943, Marcel Spindler déserte rapidement et rejoint le Maquis vosgien. Capturé par la Gestapo, il est torturé. Il s’évade juste avant d’être déporté en Allemagne et s’engage dans les forces alliées en France.
Résumé d’un texte établi par Jean-Paul Didierjean.
Enrôlé de force dans les Waffen SS, Elimar Schneider est versé dans la division “Das Reich”. Son parcours va le mener de la région de Bordeaux et de Montauban à Tulle – où il sauve deux otages de la pendaison – à Laval et à Dangy. À partir du front de Normandie, la retraite des troupes allemandes va lui faire vivre le Kessel de Cambrai, la retraite de Belgique, puis, après avoir stationné sur la Ligne Siegfried, l’offensive de Rundstedt avant d’être fait prisonnier.
Le général Etienne Leclere dédie sa légion d’honneur à Elimar Schneider et à tous les incorporés de force. Ce dernier explique : « Monsieur le Général Etienne Leclere m’a rendu visite à plusieurs reprises, intrigué par le ou les rapports sur mon compte par l’un ou certains de mes officiers lors de ma période militaire comme réserviste après la guerre. En effet , j’avais fait part à certains officiers français de mon expérience acquise aux fronts de guerre que j’ai vécus, leur précisant les astuces d’un soldat pour survivre et sauver l’armement au front. Par ailleurs j’ai précisé que tout soldat, y compris les officiers passent des moments de peur, mais qu’un officier ne doit pas extérioriser sa peur, car la peur déteint sur son entourage, ce que je n’ai pas manqué de constater en son temps.
Ie.: De nouvelles études faites récemment par les Allemands ont révélé que l’être humain qui a peur émet des phéromones qui sont perçues par son entourage. Mes remarques auraient permis à de nombreux soldats de survivre tant en Indochine qu’en Afrique du Nord.
Le général Leclere m’a donné raison lorsque j’ai prétendu que les survivants les plus intelligents ayant échappé à la mort au front sont décédés au fur et à mesure de leur degré d’intelligence après-guerre des suites du stress vécu, car ils percevaient le danger plus que les moins intelligents. Par contre, il ne fut pas d’accord lorsque je prétendis que les plus bêtes mourront les derniers puisqu’ils ne ressentaient du stress que rarement, ayant eu moins conscience du danger, ce qui leur permettait d’être de meilleurs soldats. On comprendra la réaction du Général puisque lui-même vétéran émérite et moi-même humble troufion, sommes encore en vie…. ».
Mobilisé dès 1942 dans l’Armée allemande, dont il déserte sur le front russe, Joseph Schitter est emprisonné à Tambow. Il sort du sinistre camp russe avec les « 1500 », rejoint l’Armée française en Algérie et participe à la Campagne d’Alsace de l’hiver 1945. Blessé, il est capturé par les Allemands et attend dans un camp d’outre-Rhin sa libération par les forces alliées, avant de rejoindre son unité quelques temps avant la Victoire.
Témoignage recueilli par René Schott en mars 2000. La version présentée ici a été légèrement remaniée par rapport au texte original.