A compter de 1944 (et jusqu’en 1953 avec le procès d’Oradour-sur-Glane), la politique de la France est claire : dénazifier, mais surtout « dégermaniser » définitivement l’Alsace et la Moselle, comme si les Alsaciens et les Mosellans avaient été plus nazis, plus collaborateurs que leurs compatriotes de France occupée. Ainsi, par le seul fait que ces deux provinces avaient été annexées au IIIe Reich (suite à la démission de la « Mère Patrie » en 1940), l’Epuration fut proportionnellement plus sévère et plus dure (mais moins sanglante) qu’ailleurs en France.
Désir de vengeance, cupidité, calomnie, dénonciations, exécutions sommaires, arrestations hâtives et arbitraires, internements et déportations injustes – les camps du Struthof, de Schirmeck ou de Metz-Queuleu sont à nouveau le théâtre d’horreurs ! – touchent des collaborateurs, mais énormément de civils innocents (y compris des enfants) ou encore des Incorporés de force déserteurs de l’Armée allemande. Ces exactions et dénis de justice ont empoisonné une époque où il était « chic de parler français ».
Ce livre constitue une intéressante introduction à l’Epuration en France annexée et le lecteur n’a qu’une envie : en savoir plus sur cette triste période pour laquelle les témoignages sont malheureusement rares et pour laquelle la vérité historique reste à mettre au jour.
NB : Le document analysé par Gabriel Andres aux pages 161–173 est consultable sur le site www.malgre-nous.eu (rubrique Documents – Epuration).
Nicolas Mengus
Antoine Buch est né en 1927 à Bennwihr, un village francophile. Dans l’Alsace annexée, il aide notamment des prisonniers français à passer les Vosges.
Le mot « guerre » fait immédiatement penser aux combattants. Le mot « civil » ne vient à l’esprit qu’en un deuxième temps. Pourtant, eux aussi ont eu à subir bombardements et combats. Et voilà qu’un roman autobiographique s’intéresse à la misère des civils alsaciens pendant la Seconde Guerre mondiale et, plus particulièrement, des Strasbourgeois. C’est le témoignage de Christiane, une petite fille née en 1934. Jeune actrice d’une époque tourmentée, elle se souvient d’abord du Strasbourg d’antan où il était bon de se baigner dans l’Ill. Mais la guerre arrive vite. Marcel, son père, est mobilisé dans l’Armée française pendant que sa mère, sa grand-mère et elle sont évacuées à Châteauroux. Elles vont y subir les attaques de l’aviation italienne et faire connaissance avec un âne nommé Hitler. Puis c’est la vie en Alsace annexée, la main-mise du parti nazi, l’école allemande, les ennuis avec la Gestapo ou encore l’absence du père incorporé de force dans la Waffen-SS et envoyé sur le front russe. Et ce qui a particulièrement marqué toute la vie de la petite fille d’alors, ce sont les terribles bombardements alliés sur la ville de Strasbourg. Ce récit nous offre un tableau vivant du quotidien complexe des Alsaciens jusqu’à la Libération et au retour de la paix tant espérée.
Les objets du quotidien, souvent insignifiants pour les contemporains, revêtent une réelle importance pour les historiens. En effet, pour bien appréhender une époque, les sources de l’Histoire se doivent d’être multiples. Et c’est ce que nous rappelle ce livre qui présente divers objets (archives administratives, tracts, caricatures, brochures, timbres ou jouets) qui sont autant de reflets de la propagande nationale-socialiste et de la résistance antinazie. Ils sont tous « porteurs d’un poids d’un passé ambigu », mais ils sont, avant tout, les témoins de « la grande Histoire dans les petites choses de tous les jours ».
Heureuse initiative de la part de l’association ARCHE (Animation, Recherche, Culture, Hochfelden et Environs) que d’avoir retracé le quotidien des Alsaciens de la région de Hochfelden avant et surtout pendant la Seconde Guerre mondiale. De la « Drôle de Guerre » à la Libération, ce sont tous les aspects de la vie en France annexée qui sont présentés ici par le biais de documents écrits et iconographiques, mais aussi de nombreux témoignages. Des tables chronologiques et des annexes (dont glossaire, liste des morts pour faits de guerre et des incorporés de force) complètent utilement l’ensemble.
Jean-Louis Schroetter est un de ces nombreux Alsaciens qui n’a pas connu son père. Ce dernier n’a pourtant pas été enrôlé de force dans la Wehrmacht. Il n’est pas mort ou porté disparu sur tel ou tel front. Il est mort en France, à Cahors (Lot), alors que les Allemands avaient déjà fui cette ville. Florent Schroetter est natif de Bergheim (Haut-Rhin), porte un nom à consonance germanique, maîtrise la langue allemande et, de surcroît, il est membre des Chantiers de Jeunesse Française. Lorsque Cahors est libéré sans combat (« pas une chicane, pas un coup de feu ») par les FTP le 17 août 1944, tous ces éléments – auxquels il faut ajouter une lettre anonyme – font de lui un collabo en puissance. Le soir du 18 août, un camarade FTP de Florent Schroetter vient le chercher, car le Maquis avait besoin d’un interprète. Sa femme ne le reverra jamais : incarcéré le lendemain, il est fusillé en toute illégalité le 20 août. A travers la longue et difficile quête de Jean-Louis Schroetter pour retrouver les traces de son père, victime de la haine des hommes pour leurs semblables et dont « la seule présence « visible » était une grande photo, celle d’un jeune homme en uniforme, accrochée dans la salle à manger », ce livre contribue à faire connaître la situation complexe des Alsaciens pendant et après la guerre et à soulever un pan du voile qui masque toujours encore le côté obscur de la Résistance.
Si la Résistance en France occupée a fait l’objet de nombreuses publications, celle de la France annexée est restée longtemps dans l’ombre. Il est vrai que la situation était telle en Alsace que les moyens d’action étaient plus limités, moins « spectaculaires » que dans le reste du pays. Pourtant, la Résistance alsacienne, bien réelle, n’a rien à envier à celle des autres régions. L’exemple de Marcel Weinum (décapité en 1942 à Stuttgart, à l’âge de 18 ans), de Ceslav Sieradski (exécuté par balle en 1941 à Schirmeck, à l’âge de 17 ans) et de tous leurs camarades du réseau de résistance de la « Main Noire » nous le rappelle avec force. N’oublions jamais que « la Résistance alsacienne a elle aussi ses héros, et la France a envers eux une dette de gratitude ».
Parmi les troupes allemandes ayant combattu en Normandie en 1944 se trouvaient des incorporés de force (ou « déportés militaires ») alsaciens et mosellans. Ils ont été des centaines à avoir vécu l’enfer dans la « Poche de Falaise » et dans ce trop célèbre « Couloir de la Mort » par lequel les Allemands se sauvèrent de l’encerclement.
